Lettre de l’Imam Khomeyni à Mikhaïl Gorbatchev                 

Lettre de l’Imam Khomeyni à Mikhaïl Gorbatchev

Christian Bonaud

 

Au Nom de Dieu,
le Tout-Miséricordieux, le Très-Miséricordieux

A Monsieur Gorbatchev[1], Président du Soviet Suprême de l’Union des Républiques Socialistes Soviétiques, avec mes vœux de bien-être et de bonheur pour vous et pour le peuple soviétique.

Depuis votre arrivée aux affaires, on a le sentiment que dans l’analyse des événements politiques mondiaux, et particulièrement en ce qui concerne les questions soviétiques, Votre Excellence s’est engagée dans une nouvelle phase de révision, de changement et d’action, et il se peut fort bien que votre audace et votre hardiesse soient le point de départ de mutations et viennent bouleverser les rapports qui régissent actuellement le monde. De ce fait, il m’a paru nécessaire d’évoquer certaines questions, bien qu’il soit possible que votre réflexion et vos décisions nouvelles ne soient qu’une démarche visant à résoudre vos difficultés de parti et, parallèlementen marge de cela[Y1] , certains des problèmes de votre peuple. Même dans cette mesure, le courage de réviser une doctrine qui a enfermé des années durant les révolutionnaires du monde entier dans des murailles d’airain serait louable, mais si votre réflexion va au-delà, le premier point qui entraînerait à coup sûr votre réussite serait de revoir la politique de vos prédécesseurs visant à l’élimination de Dieu et de la religion de la société, politique qui a sans conteste porté le coup le plus dur et le plus important à la société soviétique. Sachez qu’il n’est pas d’autre voie pour aborder de manière réaliste les questions mondiales.

Certes, il est possible qu’après les méthodes et les actions erronées des précédents dirigeants communistes dans le domaine économique, le “vert paradis” du monde occidental se montre chatoyant, mais la vérité est ailleurs. Si, à ce stade, vous vouliez simplement résoudre les nœuds gordiens de l’économie socialiste et communiste en cherchant refuge dans le club du capitalisme occidental, non seulement vous ne guéririez aucun mal de votre société, mais il faudrait encore que d’autres viennent ensuite réparer vos erreurs, car si le marxisme est aujourd’hui dans une impasse économique et sociale, le monde occidental aussi a des problèmes dans les mêmes domaines – mais d’une autre manière, bien entendu – et dans d’autres domaines encore.

Monsieur Gorbatchev,

il faut faire face à la réalité : le principal problème de votre pays n’est pas la question de la propriété, de l’économie et des libertés, votre principal problème est l’absence d’une véritable croyance en Dieu, ce même problème qui a également entraîné l’Occident – ou qui l’entraînera – dans la dégradation et dans l’impasse. Votre principal problème réside dans votre long et vain combat contre Dieu, principe de l’existence et de la création ! [2]

Monsieur Gorbatchev,

il est clair pour tous que le communisme devra désormais être cherché dans les musées de l’histoire politique du monde, cela parce que le marxisme ne répond à aucun des besoins véritables de l’homme : c’est en effet une doctrine matérialiste, or ce n’est pas avec le matéria­lisme que l’on peut faire sortir l’humanité de la crise d’agnosticisme qui est le mal le plus fondamental dont souffre la société humaine, tant à l’Est qu’à l’Ouest.

Monsieur Gorbatchev,

il se peut que, ne voulant pas à certains égards tourner le dos au marxisme, vous continuiez encore d’exprimer dans des interviews votre entière conviction en lui, mais vous savez bien vous-même qu’il n’en va pas réellement ainsi. Le dirigeant chinois a porté le premier coup au communisme et vous lui avez vous-même assené le second et apparemment dernier : le communisme n’est désormais plus de ce monde[3]. Cependant, je vous prie instamment de ne pas vous laisser prendre au piège de l’Occident et du Grand Satan[4], alors même que vous détruisez les murs des illusions marxistes. J’espère que vous aurez réellement l’honneur d’éliminer de l’histoire et de votre pays les derniers résidus putrides de soixante-dix années de déviation du monde communiste. Désormais, les Etats qui partageaient vos idées, et dont le cœur bat pour leur patrie et pour leur peuple, ne seront plus jamais disposés à utiliser encore leurs ressources agricoles et minières pour établir la réussite d’un communisme dont ils ont entendu les os se briser.

Monsieur Gorbatchev,

lorsque des minarets des mosquées de certaines de vos républiques s’est élevé l’appel « Allâh akbar ! Dieu est plus grand ! » et l’attestation de la mission de Sa Seigneurie le Sceau* des Prophètes, que Dieu prie sur lui et sa famille et leur donne la Paix, cela a fait pleurer d’émotion tous les partisans du pur islam de Mohammad. Il m’a paru alors nécessaire de m’adresser à vous pour que vous reconsidériez les deux visions du monde : la vision matérialiste et la vision métaphysique.

Considérant dans leur vision du monde que les sens sont le critère de la connaissance, les matérialistes excluent du domaine du savoir tout ce qui n’est pas perceptible par les sens, et considérant que l’existence va de pair avec la matière, ils n’accordent pas d’existence à ce qui n’a pas de matière. Inévitablement, ils considèrent sans distinction comme “mythe” tout ce qui relève du domaine suprasensible, comme l’existence de Dieu le Très-Haut, la Révélation, la Prophétie, la Résurrection…

Dans la vision métaphysique, par contre, le critère de la connaissance comprend à la fois les sens et l’intelligence, et ce qui est perceptible par l’intelligence appartient au domaine du savoir, bien que ce ne soit pas perceptible par les sens. Ainsi, l’existence comprend à la fois le sensible et le suprasensible, et une réalité immatérielle peut fort bien exister. Et de même que l’existant matériel a un fondement immatériel, la connaissance sensible repose également sur la connaissance intelligible.

Le Noble Coran critique le fondement de la pensée matérialiste et à ceux qui s’imaginent que Dieu n’est pas, car sinon on le ver­rait – [comme ceux qui disaient au Prophète*] « nous ne croirons pas en toi tant que nous ne verrons pas Dieu de nos propres yeux » (Cor. 2.55) –, il répond : « Les regards ne le saisissent pas, mais Lui saisit les regards : Il est le Subtil, l’Informé ! » (Cor. 6.103). Mais laissons de côté le Noble et Précieux Coran et ses arguments à propos de la Révélation, de la Prophétie et de la Résurrection, car vous n’en êtes qu’aux préliminaires de cette recherche.

Je n’ai aucunement l’intention de vous plonger dans les complexités des questions traitées par les philosophes, en particulier par les philosophes mu­sulmans. Je me contenterai de deux exemples simples, relevant de la nature et de la conscience humaines, et dont même les politiciens peuvent tirer profit :

1. Il est évident que la matière et le corps, quels qu’ils soient, sont inconscients d’eux-mêmes : chaque partie d’une statue de pierre – ou d’une autre matière – représentant un homme est inconsciente des autres parties. Or nous constatons que l’homme et l’animal ont conscience de ce qui les entoure : ils savent où ils se trouvent, ce qui se passe autour d’eux, quelle animation remplit le monde… Il y a donc en l’animal et en l’homme quelque chose d’autre qui est au-delà de la matière, qui n’appartient pas au monde matériel et qui ne meurt pas avec la matière mais survit.

2. De par sa nature originelle, l’homme veut toute perfection de manière absolue. Vous savez fort bien vous-même que l’homme veut être la puissance mondiale abso­lue et qu’il ne s’attache à aucune puissance imparfaite : même s’il tenait le monde entier en son pouvoir et qu’on lui disait qu’il existe encore un autre monde, il voudrait, de par sa nature, tenir aussi cet autre monde en son pouvoir. Et aussi savant que soit un homme, si on lui disait qu’il existe encore d’autres savoirs, par nature, il voudrait les apprendre. Il faut donc bien, pour que l’homme s’y attache ainsi, qu’il y ait une “puissance absolue” et un “savoir absolu” : il s’agit de Dieu le Très-Haut, vers qui nous sommes tous orientés, même si nous l’ignorons. L’homme veut atteindre la Réalité absolue afin de se fondre en Dieu. Et, de fait, l’ardente aspiration à une vie éternelle qui se trouve au fond de tout homme est un signe qu’il existe un monde éternel où la mort n’a pas de place.

Si Votre Excellence souhaitait faire des recherches en ces domaines, vous pourriez ordonner aux spécialistes de ce genre de sciences de se référer, en sus des livres des philosophes occidentaux en ce domaine, aux écrits de philosophie péripatéticienne[5] de Fârâbî[6] et d’Avicenne[7], que Dieu leur fasse miséricorde, pour qu’il apparaisse clairement que le principe de causalité – sur lequel repose toute forme de connaissance – est d’ordre intelligible et non pas sensible, et que la perception des idées et des principes universels – sur lesquels se fonde toute forme d’argumentation – est intelligible et non pas sen­sible.

En se référant également aux livres de philosophie illuminative de Sohrawardî[8], que Dieu lui fasse miséricorde, qu’ils expliquent à Votre Excellence que le corps et tout autre existant matériel ont intrinsèquement besoin [pour exister] de la Pure Lumière qui est au-delà du domaine sensible, et que la conscience intuitive que l’homme a de sa propre réalité n’a rien à voir avec un phénomène sensible.

Et demandez aux grands professeurs de se référer à la philosophie transcendante de Sadr al-Mota’allehîn[9], que Dieu le Très-Haut soit satisfait de lui et le ressuscite avec les Prophètes et les vertueux, pour bien comprendre que la connaissance est en réalité une existence immatérielle et que toute pensée, quelle qu’elle soit, trans­cende la matière et n’est pas assujettie aux lois de la matière.

Je ne vais pas vous importuner plus et je ne citerai pas les livres des gnostiques*, en particulier de Mohye d-dîn Ibn ‘Arabî[10]. Si vous souhaitiez prendre connaissance des questions traitées par cet homme éminent, envoyez à Qom[11] quelques uns de vos experts à l’esprit pénétrant et ayant une solide maîtrise de ce genre de questions, afin qu’en quelques années, en s’en remettant à Dieu, ils prennent connaissance de la profon­deur spirituelle et des subtilités extrêmement fines des étapes de la Connais­sance gnostique*, car il n’est pas possible de prendre connaissance de cela sans ce voyage.

Monsieur Gorbatchev,

après ces questions et préliminaires, je vous demande de faire sérieusement des recherches et investigations sur l’islam, cela non parce que l’islam et les musulmans auraient besoin de vous, mais en raison des su­blimes valeurs universelles de l’islam qui sont capables d’apporter quiétude et délivrance à tous les peuples et de résoudre tous les problèmes fondamentaux de l’humanité. Un examen sérieux de l’islam pourrait vous délivrer définitivement de la question d’Afghanistan et d’autres questions du même ordre de par le monde. Quant à nous, nous considérons les musulmans du monde entier du même œil que ceux de notre pays et nous nous considérons toujours associés à leur destin.

En accordant une relative liberté de culte dans certaines républiques soviétiques, vous avez montré que vous ne pensiez plus que la religion est l’opium du peuple. Vraiment, une religion qui a fait de l’Iran une montagne inébranlable face aux superpuissances est-elle l’opium du peuple ? Est-ce qu’une religion qui aspire au règne de la justice dans le monde et tient à ce que l’homme soit affranchi des chaînes matérielles et immatérielles est l’opium du peuple ? Certes, une religion qui sert à livrer les richesses matérielles et immatérielles des pays musul­mans et non-musulmans entre les mains des grandes et superpuissances et qui crie aux masses que la religion n’a rien à voir avec la politique, [une telle religion] est l’opium du peuple ! Mais ce n’est plus alors la véritable religion : c’est ce que notre peuple appelle “la religion à l’américaine” !

Pour finir, j’exprime clairement que, en tant que plus grande et plus puissante base du monde musulman, la République isla­mique d’Iran peut aisément combler le vide de conviction re­ligieuse qui touche votre régime. Quoi qu’il en soit, comme par le passé, notre pays croit aux règles de bon voisinage et de relations bilaté­rales et les respecte.

« Que la Paix soit avec ceux qui suivent la guidance » (Cor. 20.47)

Rûhollâh al-Mûsawî
al-Khomaynî


 

2

Extraits du testament politico-spirituel
de l’Imam Khomeyni

[12]

Au Nom de Dieu,
le Tout-Miséricordieux, le Très-Miséricordieux,

[13]

Louange et gloire à Dieu ! O mon Dieu, répands Tes Prières sur Mohammad et sa famille, eux en qui apparaissent Ta Beauté et Ta Majesté et qui recèlent les secrets de Ton Livre où l’Unité se manifeste avec l’ensemble de Tes Noms, même celui que Tu T’es réservé et que nul autre que Toi ne connaît ! Et malédiction à ceux qui leur ont fait injustice et qui sont la ra­cine de l’arbre du mal.

[14] [des plus hauts degrés du monde créé] et de là jusqu’aux [degrés purement métaphysiques de] l’état principiel et de ce qui dépasse ma compréhension et la vôtre ; [je n’évoquerai pas] non plus ce qui est arrivé à l’humanité pour avoir abandonné les su­blimes vérités du Trésor suprême et du grand Trésor, lequel est plus grand que tout à l’exception du Trésor suprême qui est “le plus grand” de manière absolue[15], ni ce qui est arrivé à ces deux Trésors par la faute des ennemis de Dieu et des tâghûtî-s narquois, car il n’est pas possible d’en faire le compte pour quelqu’un comme moi, manquant de connais­sance et de temps ; il me semble néanmoins opportun de faire une brève allusion à ce qui est arrivé à ces deux Trésors.

La phrase « ils ne se sépareront pas jusqu’à ce qu’ils viennent me rejoindre au Bassin [paradisiaque] » peut être une allusion au fait que, après la sainte vie de l’Envoyé* de Dieu, que Dieu prie sur lui et sa famille et leur donne la Paix, tout ce qui est arrivé à l’un de ces deux est arrivé à l’autre, que l’abandon de l’un est abandon de l’autre, jusqu’au moment où ces deux abandonnés viendront rejoindre l’Envoyé de Dieu au Bassin ‑ ce Bassin est-il [alors] la station de la jonction du multiple avec l’Un[16], là où les gouttes disparaissent dans l’Océan, ou bien autre chose qui échappe à l’intelligence et à la gnose* humaines ? Or, il faut le dire, le tort fait par les tâghûtî-s à ces deux dépôts confiés par le plus noble Envoyé, que Dieu prie sur lui et sa famille et leur donne la Paix, c’est à la communauté des musulmans, c’est à l’humanité qu’il est fait, et c’est un tort indescriptible !

Il faut mentionner ce fait que le hadith* des deux Trésors est transmis parmi tous les musulmans d’après un grand nombre de témoins sûrs, qu’il se trouve dans les “six livres authentiques” des sun­nites et d’autres de leurs livres, répété en plusieurs occa­sions et rapporté en divers termes par des chaînes de garants ininterrompues depuis le plus noble Envoyé*, que Dieu prie sur lui et sa famille et leur donne la Paix[17]. Ce noble hadith est un argument catégorique pour tous les humains et plus particulièrement pour les musulmans des di­verses écoles doctrinales et juridiques : l’argument étant pour eux accompli, tous les musulmans doivent en ré­pondre, et s’il y a une excuse pour les ignorants qui ne sont pas informés, il n’y en a aucune pour les savants des [diverses] écoles.

Voyons maintenant ce qui est arrivé au Livre de Dieu, ce dépôt divin laissé en héritage par le Prophète* de l’islam, que Dieu prie sur lui et sa famille et leur donne la Paix. Après le martyre de l’Imam ‘Alî*, des choses désolantes à en mourir se sont produites : les tyrans et les tâghûtî-s se sont servis du Noble Coran pour gouverner contre le Coran. Alors que les mots « je laisse parmi vous les deux Trésors » résonnaient encore à leurs oreilles, ils ont, sous divers prétextes et par des machinations préméditées, écarté les commentateurs authentiques du Coran, les connaisseurs des vérités qui avaient reçu l’intégralité du Coran du plus noble Prophète, que Dieu prie sur lui et sa famille et leur donne la Paix. Ils les ont évin­cés, eux et le Coran, ce Coran qui, en vérité, était et reste jusqu’à sa venue au Bassin la plus grande règle de vie maté­rielle et spirituelle pour l’humanité. Ils ont tiré un trait sur le gouvernement de justice divine, qui était et reste l’une des fins de ce Livre Saint, et ont posé les bases de la déviation de la religion de Dieu, du Livre divin et de la Loi divine, les choses en arrivant à un point que l’on a honte à exposer.

Et plus on allait, plus s’accentuaient les déformations et déviations de cette construction difforme, au point que le Noble Coran, descendu de l’état sublime de l’Unité pour devenir le parfait dévoilement de Mohammad en vue du dévelop­pement des habitants du monde et pour être le point de convergence de tous les musulmans, et même du genre humain, afin de conduire l’humanité – ce “fruit de la connaissance des Noms [donnée par Dieu à Adam]”[18] – là où elle doit aller, de la délivrer du mal des démons et des tâghût-s, de conduire le monde à la jus­tice et à l’équité, de remettre le gouvernement aux mains des Awliyâ’ infaillibles – que les Prières de tous, passés et à venir, soient sur eux – afin qu’eux-mêmes recommandent tout ce qui est pour le bien de l’humanité, [ce Noble Coran], ils l’ont tant et si bien évincé qu’on aurait dit qu’il n’a aucun rôle de guidance. Les choses en vinrent au point que le rôle du Coran, aux mains de gouvernements iniques et de mollahs fourbes, pires encore que les tâghûtî-s, devint un moyen pour établir l’iniquité et la corruption et pour justifier les oppresseurs et les adversaires acharnés de la Réalité suprême. Malheureusement, aux mains des ennemis intrigants et des amis ignorants, le Coran, ce livre constructeur d’avenir, n’eut – et n’a encore – plus de rôle en dehors des cimetières et des cérémonies mortuaires. Ce qui devait être le moyen d’unir les musulmans et l’humanité et être leur livre de vie devint un moyen de division et de divergence ou fût totale­ment évincé. Et l’on vit que si quelqu’un parlait de gouver­nement islamique et tenait des propos sur la politique, qui tient tant de place dans le grandiose projet de l’islam, du noble Envoyé*, que Dieu prie sur lui et sa famille et leur donne la Paix, du Coran et de la Sunna*, c’était comme s’il avait commis le plus grand péché : le terme de “religieux politicien” était devenu synonyme de religieux sans foi, et il en est encore ainsi maintenant.

Dernièrement, les grandes puissances sataniques, par le biais de gouvernements déviés et sortis des enseignements de l’islam, au­quel ils se sont mensongèrement ralliés, impriment de belles édi­tions du Coran qu’ils répandent de par le monde dans le but de faire oublier le Coran et de réaliser les objectifs sataniques des superpuissances, et c’est par ce satanique stratagème qu’ils éliminent le Co­ran. Nous avons tous vu le Coran que [le Shâh*] Moham­mad Rezâ Khân Pahlavi, édita : il en mystifia certains et quelques mollahs ignorants des objectifs de l’islam firent même son éloge. Et nous voyons [maintenant] le roi Fahd [d’Arabie] allouer chaque année une part importante des immenses richesses du peuple pour l’impression du Noble Coran et pour des centres de propagande d’une école contraire au Coran : il répand le Wahhabisme[19], cette école tout à fait absurde et sans fondement, pousse les gens et les peuples inconscients vers les superpuissances, et exploite le précieux islam et le Noble Coran pour détruire l’islam et le Coran.

Nous sommes fiers, et notre cher peuple dévoué corps et âme à l’islam et au Coran est fier de suivre une école qui veut sauver des tombes et des cimetières les vérités d’un Coran qui, d’un bout à l’autre, parle d’unité entre les musulmans et même entre les humains, le sauver en tant que plus grand texte [venu] délivrer l’homme de tous les liens qui enserrent ses pieds, ses mains, son cœur et son intelligence et qui l’entraînent à l’annihilation, au néant, à l’asservissement et à l’assujettissement aux tâghûtî-s.

Nous sommes fiers de suivre une école dont l’Envoyé* de Dieu, que Dieu prie sur lui et sa famille, fut le fondateur sur ordre de Dieu le Très-Haut, tandis que le Commandeur* des Fidèles, ‘Alî* fils d’Abû Tâleb, ce serviteur de Dieu libéré de tous liens, reçut la mission de délivrer l’humanité de toutes les entraves et de tous les esclavages.

Nous sommes fiers que soit de notre Imam* infaillible le livre Nahdj al‑balâgha* qui est, après le Coran, la plus grande règle de vie matérielle et spirituelle, le plus éminent livre libérateur de l’homme, celui dont les préceptes de vie spiri­tuelle et de gouvernement sont la plus éminente voie de sa­lut.

Nous sommes fiers que nos guides exemplaires soient les Imams* infaillibles, qu’ils reçoivent mille saluts ainsi que la Paix, depuis ‘Alî* fils d’Abû Tâleb jusqu’au Sauveur de l’humanité, Sa Seigneurie le Mahdî*, Maître de ce temps, qui est vi­vant par le pouvoir de Dieu le Tout-Puissant et qui veille sur toutes choses.

Nous sommes fiers que soient de nos Imams infaillibles, et soient nôtres, les vivifiantes invocations, que l’on appelle “Coran ascendant”, avec l’oraison intime des Imams* [pour le mois] de sha‘bân[20], l’invocation de Hossayn* fils de ‘Alî, que la Paix soit avec eux, [pour le jour] de ‘arafât[21], le Recueil de l’Imam Sadjdjâd, Psaumes de la famille de Mohammad[22], et le Recueil de Fâtema*[23], livre inspiré par Dieu le Très-Haut à la bienheureuse Zahrâ’. […]

Nous sommes fiers que nos Imams* infaillibles, que les Prières et la Paix divines soient avec eux, aient subi empri­sonnement et relégation pour la cause de la suprématie de l’islam et pour la mise en application du Noble Coran, dont l’une des dimensions est la constitution du gouvernement juste, et qu’ils finirent martyrs dans la voie de l’élimination des gouvernements iniques et des tâghûtî‑s de leur temps. Et nous sommes fiers, aujourd’hui, de vouloir réaliser les objectifs du Coran et de la Sunna* : dans cette grande voie constructrice d’avenir, les diverses couches de notre peuple offrent passionnément à Dieu vie, biens et êtres chers.

Nous sommes fiers que les dames et les femmes, jeunes ou âgées, frêles ou robustes, soient présentes sur les terrains culturels, économiques et militaires, et actives, à pied d’égalité avec les hommes ou mieux qu’eux, pour la cause de la suprématie de l’islam et des objectifs du Noble Coran. Celles qui ont la capacité de combattre reçoivent une formation militaire qui, pour la défense de l’islam et du territoire musulman, fait partie des obligations religieuses importantes : elles se sont libérées avec courage et engagement des privations que leur avaient imposées – ou plutôt qu’avaient imposées à l’islam et aux musulmans – les manigances des ennemis et l’ignorance des amis quant aux prescriptions de l’islam et du Coran. Elles se sont dégagées de l’entrave des chimères que les ennemis avaient suscitées, pour leurs propres intérêts, par l’entremise d’ignorants et de certains religieux inconscients des intérêts des musulmans. Celles qui n’ont pas la capacité de combattre sont occupées à servir précieusement aux arrières d’une ma­nière qui fait naître un frémissement d’ardeur et d’enthousiasme au cœur du peuple et qui fait frémir le cœur des ennemis de colère et de rage. Nous avons maintes fois vu des femmes à la grandeur d’âme de Zaynab[24], que la Paix de Dieu soit avec elle, clamer haut et fort qu’elles avaient donné leurs enfants et qu’elles avaient sacrifié tout ce qu’elles avaient pour la cause de Dieu le Très-Haut et de notre précieux islam, fières de ce fait et sachant que ce qu’elles ont obtenu est supérieur aux délices paradisiaques, sans même parler de l’infime plaisir de ce monde.

Notre peuple ainsi que tous les peuples musulmans et les mostaz‘afîn du monde entier, tous sont fiers du fait que leurs ennemis, qui sont les ennemis de Dieu, du Noble Coran et du précieux islam, sont des bêtes féroces qui ne reculent devant aucun crime ni aucune trahison pour arriver à leurs fins sinistres et criminelles et qui, pour accéder à la domination et réaliser leurs viles ambitions, ne connaissent ni ami ni ennemi. A leur tête : l’Amérique, ce terroriste par nature, un pays qui a mis le monde entier à feu et à sang et dont l’allié est le sionisme international qui, pour réaliser ses ambitions, commet des crimes que l’on n’ose décrire et dont on a honte de parler et qui se laisse aller à toutes sortes de crimes à la poursuite du rêve insensé du “grand Israël”.

Les peuples musulmans et les mostaz‘afîn du monde entier sont fiers que leurs ennemis soient [le roi] Hossayn de Jordanie, ce colporteur du crime, [le roi] Hassan [du Maroc] et [le président égyptien] Hosni Mobârak, lesquels mangent au même râtelier que le criminel Israël et ne reculent devant aucune trahison envers leurs peuples pour servir l’Amérique et Israël.

Nous sommes fiers que notre ennemi soit Saddam, disciple de [Michel] ‘Aflaq[25] et connu des amis comme des ennemis pour son acti­vité criminelle et son non-respect du droit international et des droits de l’homme : tous savent que sa trahison envers le peuple opprimé d’Iraq et les Emirats du Golfe n’est pas moindre que sa trahison envers le peuple d’Iran[26].

Nous et les peuples opprimés du monde, nous sommes fiers que les médias et les appareils de propagande du monde entier, sur ordre des superpuissances criminelles, nous accu­sent, nous et tous les opprimés du monde, de tout crime et trahison.

Quel motif de fierté pourrait être supérieur et l’emporter sur le fait que l’Amérique, avec toutes ses prétentions, tout son attirail de guerre, tous ces Etats qui lui sont dévoués, [cette Amérique] qui a mis la main sur les richesses inépuisables des peuples opprimés et sous-développés et qui tient en main tous les médias s’est retrouvée impuissante et déshonorée face à l’ardent peuple iranien et au pays de Sa Seigneurie la Grâce de Dieu [l’Imam Mahdî*] – que nos vies soient la rançon de sa venue –, à tel point qu’elle ne sait plus à quel saint se vouer : chaque fois qu’elle se tourne vers quelqu’un, elle essuie un refus ; et cela n’est que l’effet des assistances surnaturelles de Sa Seigneurie le Créa­teur Très-Haut et Sublime qui a éveillé les peuples, et par­ticulièrement le peuple musulman d’Iran, et les a guidés des ténèbres du despotisme vers la lumière de l’islam.

Je recommande à présent aux nobles peuples opprimés et au cher peuple iranien de s’attacher avec force, fermeté, en­gagement et constance à cette droite voie divine qui ne relève ni de l’Est athée, ni de l’Ouest oppresseur et infidèle, mais qui est la voie que Dieu leur a assignée, sans négliger un seul instant de rendre grâce pour ce bienfait. Que l’infâme activité des agents des superpuissances, que ce soient les agents étran­gers ou les agents de l’intérieur, pires encore que les étrangers, n’ébranle pas leur pure intention et leur volonté de fer, et qu’ils sachent que tout le tapage que font les médias du monde et les puissances sataniques de l’Est et de l’Ouest est la marque qu’ils sont, eux, une puissance divine : Dieu le Très-Grand les récompensera comme ils le méritent en ce monde et dans l’autre, car Il est le Maître des bienfaits et en Sa main est l’empire de toutes choses. Je conjure et supplie instamment les peuples musulmans de s’attacher comme il se doit, de tout leur coeur et de toute leur âme, en faisant don d’eux-mêmes et des êtres qui leur sont chers, aux Purs Imams* et à la culture politique, sociale, économique et militaire de ces illustres guides de l’humanité.

Entre autres, qu’ils ne dé­vient pas d’un iota du droit traditionnel, lequel est le développement de l’école de la Mission prophé­tique et de l’Imamat* et le garant du progrès et de la grandeur des peuples, et cela tant au niveau des prescriptions primordiales que secondaires, qui toutes deux constituent le droit musulman : qu’ils ne prêtent pas l’oreille aux insinuations des adversaires sournois de la vérité et de la religion, et qu’ils sachent que dévier d’un pas sera le pré­lude à la chute de la religion, des prescriptions islamiques et du gouvernement de justice divine. […]

Entre autres [aussi], qu’ils ne négligent jamais les cérémonies de deuil des Purs Imams*, en particulier du Seigneur des opprimés et Prince des martyrs, Sa Seigneurie Abû ‘Abd Allâh al‑Hossayn* – que Dieu, les Prophètes, les Anges et les hommes vertueux prient abondamment sur son noble et vaillant esprit –. Qu’ils sachent que l’ordre donné par les Imams, que la Paix soit avec eux, de commémorer cette épopée historique de l’islam[27] ainsi que les imprécations et malédictions à l’encontre des oppresseurs des Gens de* la Demeure sont la clameur héroïque des peuples face aux gouvernants iniques tout au long de l’histoire pour l’éternité. Sa­chez que les malédictions, imprécations et clameurs en raison de l’iniquité des Omayyades[28], que la malédiction di­vine soit sur eux, alors qu’ils ont disparu et pris le chemin de l’Enfer, est une clameur à la face des oppresseurs du monde entier, et maintenir cette clameur vivante détruit l’oppression. Et il est indispensable de ponctuer les lamentations et les poèmes de deuil ou de louange des Imams de vérité, que la Paix soit avec eux, en rappelant les calamités et iniquités des oppresseurs de toute époque et de tout lieu : en ce siècle, siècle de l’oppression du monde musulman par l’Amérique, l’Union soviétique et tous ceux qui leur sont liés, dont la fa­mille Saoud, ces traîtres au grand sanctuaire divin, que les malédictions de Dieu, de Ses anges et de Ses envoyés soient sur eux, que [cette situation] soit sans cesse rappelée avec force malédictions et imprécations. Tous, nous devons savoir que le facteur d’unité entre les musulmans, ce sont ces cérémonies [à caractère] politique qui pré­servent l’identité communautaire des musulmans, et en particulier des partisans des douze Imams, que les Prières et la Paix di­vine soient avec eux.

Il me reste à préciser que le testament politico-religieux de votre serviteur n’est pas seulement destiné au grand peuple iranien, mais qu’il est une recommandation faite à tous les peuples musulmans et aux opprimés du monde entier, de toute natio­nalité et de toute religion. […]

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[…]

1. Nous savons bien que cette grande révolution, qui a écarté de l’Iran les mains des injustes et des dévoreurs du monde, a triomphé grâce à des assistances divines surnaturelles. N’eût été la toute-puissante main de Dieu, il n’aurait pas été possible à une population de trente-six millions [de faire ce qu’elle a fait dans la situation où elle était] : avec ces propagandes anti-islamiques et anticléricales, en particulier dans les cent dernières années ; avec ces discordes innombrables semées par les orateurs et les écrivains, dans la presse, dans les conférences, dans les réunions et les cercles anti-islamiques et antinationaux sous apparence nationaliste ; avec tous ces poèmes et ces railleries ; avec tous ces centres de corruption, de prostitution et de jeux, ces boissons enivrantes et ces drogues… Tout cela pour que notre jeune génération active – qui devrait s’activer pour l’avancement, l’élévation et le progrès de sa chère patrie – soit entraînée dans la corruption et l’indifférence devant les forfaitures du Shâh* corrompu, de son père inculte et des gouvernements et parlements de complaisance imposés au peuple par les ambassades des puissants. Le pire était la situation des universités, des lycées et des centres éducatifs : les destinées du pays étaient confiées entre leurs mains et l’on y employait des enseignants et des professeurs mentalement colonisés par l’Est ou par l’Ouest, cent pour cent opposés à l’islam et à la culture islamique – et même [à la culture] authentiquement nationale – au nom de la nation et du nationalisme ! Bien qu’il y eut parmi eux des hommes engagés et consciencieux, avec leur nombre terriblement petit et les contraintes qui leur étaient imposées, ils ne pouvaient pas faire de travail positif. Ajoutez à tout cela des dizaines d’autres problèmes, dont l’isolement et la mise à l’écart des clercs ainsi que, à force de propagandes, la “déformation” intellectuelle de beaucoup d’entre eux. Il n’était [donc] pas possible que ce peuple, dans cette situation, se soulève d’un bloc, balaye d’un bout à l’autre du pays toutes les puissances intérieures et extérieures, grâce à une idée unique, grâce au cri de « Dieu est plus grand ! », grâce à des sacrifices extraordinaires et miraculeux, et prenne [enfin] lui-même en main les destinées du pays. Il ne faut donc pas douter que la révolution islamique d’Iran se distingue de toutes les révolutions, aussi bien par sa genèse et par la nature de sa lutte que par le mobile de la révolte et du soulèvement. Il ne fait pas de doute que c’était là un cadeau divin et un présent surnaturel providentiellement octroyé par Dieu le Prodigue à ce peuple opprimé et dépouillé.

2. L’islam et le gouvernement islamique sont des phénomènes divins qui, s’ils sont mis en pratique, garantissent de la meilleure manière le bonheur de leurs fils en ce monde et dans l’autre, qui ont le pouvoir de tirer un trait sur les iniquités, les pillages, les corruptions et les agressions et de conduire les humains à cette perfection à laquelle ils aspirent. C’est une école qui, contrairement aux écoles qui ne relèvent pas du tawhîd, intervient pour les contrôler dans toutes les affaires individuelles et sociales, matérielles et spirituelles, culturelles et politiques, militaires et économiques, qui n’a négligé aucun point, aussi minime soit-il, jouant un rôle dans l’éducation de l’homme et de la société et dans leur progrès matériel et spirituel, et qui a évoqué tous les obstacles et problèmes dans la voie du perfectionnement de la société et de l’individu en s’efforçant de les éliminer. Maintenant que, par la grâce et l’aide de Dieu, la République islamique a été instaurée par la puissante main de ce peuple engagé – or, ce dont il est question dans cette République islamique, c’est l’islam et ses sublimes prescriptions –, il incombe au grand peuple iranien de faire effort pour en réaliser le contenu dans toutes ses dimensions et pour la préserver et la sauvegarder, car la préservation de l’islam est la première de toutes les obligations. C’est dans cette voie que les grands Prophètes*, depuis Adam, que la Paix soit avec lui, jusqu’au Sceau* des Prophètes, que Dieu prie sur lui et sa famille et leur donne la Paix, ont prodigué leurs efforts et fait des sacrifices accablants, aucun obstacle ne venant les détourner de l’accomplissement de cette grande obligation divine ; et après eux, ce sont les compagnons fidèles à leurs engagements et les Imams* de l’islam, que les Prières divines soient sur eux, qui se sont efforcés de le préserver au prix d’efforts éreintants allant jusqu’à l’offrande de leur sang. Aujourd’hui, c’est une obligation pour le peuple iranien en particulier, et pour tous les musulmans en général, de préserver de toutes leurs forces ce dépôt confié par Dieu, qui a été officiellement proclamé en Iran et qui a, en peu de temps, donné de grands résultats, et de faire effort pour que soient réunies les conditions nécessaires à sa survie et que soient écartées les difficultés qui y font obstacle. Il y a espoir que l’éclat de sa lumière ait commencé à rayonner sur tous les pays musulmans et que tous les Etats et les peuples en viennent à s’entendre les uns les autres sur cette chose vitale et écartent la main des superpuissances dévoreuses du monde et des criminels de l’histoire de la tête des opprimés et des victimes de l’injustice dans le monde entier.

Comme c’est le devoir de votre serviteur, qui vit ses derniers instants, je vais évoquer, pour la génération présente et les générations futures, certaines choses qui jouent dans la préservation et la survie de ce dépôt divin et certains des obstacles et dangers qui le menacent, tout en demandant au Seigneur des mondes la réussite et l’assistance pour tous.

a) Sans le moindre doute, le secret de la survie de la Révolution islamique est le secret même de son triomphe, or le peuple sait bien, et les générations futures le liront dans l’histoire, que les deux fondements principaux du secret de ce triomphe sont [d’une part] la motivation divine et le sublime objectif du gouvernement islamique, et [d’autre part] l’union du peuple, d’un bout à l’autre du pays, avec une parole unique, pour cette motivation et cet objectif.

Je recommande à toutes les générations présente et futures, si elles veulent que l’islam et le gouvernement de Dieu règnent et que les mains des coloniaux et des colonialistes de l’extérieur et de l’intérieur soient écartées, de ne pas perdre cette motivation divine sur laquelle Dieu le Très-Haut a insisté dans le Noble Coran : l’alternative à cette motivation, qui est le secret du triomphe et de sa continuité, c’est l’oubli du but, la discorde et la désunion. Ce n’est pas sans raison que les haut-parleurs de la propagande d’un bout à l’autre du monde ainsi que leurs rejetons dans ce pays consacrent tous leurs moyens à répandre des rumeurs et des mensonges facteurs de discorde et dépensent des milliards de dollars pour cela. […] Ce que je recommande aux musulmans et en particulier aux Iraniens, tout spécialement en ce siècle, c’est de réagir face à ces machinations, de renforcer par tous les moyens possibles leur entente et leur union et de désespérer les infidèles et les hypocrites.

b) Un des complots importants qui saute aux yeux dans le dernier siècle, particulièrement dans les dernières décades et surtout depuis la victoire de la Révolution, est la vaste et multiforme propagande pour désespérer de l’islam les peuples, et en particulier le dévoué peuple iranien. Parfois maladroitement, en disant crûment que les prescriptions de l’islam, établies il y a mille quatre cents ans, ne peuvent administrer un pays en notre époque, ou que l’islam est une religion rétrograde, opposée à toute innovation et à tous les aspects de la civilisation, alors qu’à notre époque des pays ne peuvent se tenir à l’écart de la civilisation et de ses aspects, et autres stupides propagandes de cet ordre. D’autres fois sournoisement et avec malignité, en se faisant partisans de la sainteté de l’islam, comme quoi l’islam et les autres religions révélées s’occupent de choses spirituelles, de formation de l’âme, de mettre en garde contre les honneurs de ce bas monde, appelant à laisser ce monde et à vaquer à des pratiques cultuelles, à des invocations et à des prières qui rapprochent l’homme de Dieu le Très-Haut et l’éloignent de ce monde ; que le gouvernement, la politique et la conduite des affaires sont contraires à ce grand objectif spirituel, parce que toutes ces choses ne sont que pour la marche de ce bas monde et que cela est en contradiction avec la démarche des grands Prophètes. La propagande selon cette deuxième méthode a malheureusement eu un effet sur certains religieux et pratiquants mal informés de l’islam qui ont été, et vont peut-être encore, jusqu’à considérer le fait d’intervenir dans la politique et le gouvernement comme péché et impiété. C’est là un grand fléau qui a touché l’islam.

De ce groupe, il faut dire soit qu’ils ignorent tout de la politique, soit que, mus par de mauvaises intentions, ils font croire qu’ils sont ignorants, parce que mettre en application des lois basées sur la justice et l’équité, faire obstacle aux oppresseurs et à un gouvernement inique, répandre la justice individuelle et sociale et empêcher la corruption des mœurs, la dépravation et toutes sortes de déviances, [établir] une liberté basée sur l’intelligence et la justice, sur l’indépendance et l’autonomie, sur l’opposition à la colonisation, à l’exploitation et à l’asservissement, sur le talion*, les peines* légales et les blâmes* discrétionnaires appliqués selon un critère juste pour faire obstacle à la corruption et à la ruine d’une société, [enfin] la politique et la conduite de la société conformément à l’intelligence, à la justice et au droit, et cent autres [choses] de cet ordre, ne sont pas choses à vieillir avec le temps au cours de l’histoire de l’humanité et de la vie en société. Cette prétention reviendrait à dire que les lois intellectuelles et mathématiques doivent être changées en ce siècle et qu’il faut présenter d’autres lois en leur place. […]

Quant à la prétention selon laquelle l’islam serait opposé aux “nouveautés” […], ce n’est qu’une accusation absurde, car si l’on entend par “nouveautés” et “marques de modernité” les inventions, découvertes et industries développées qui jouent un rôle dans le progrès et la civilisation de l’humanité, ni l’islam, ni aucune religion relevant du tawhîd ne se sont jamais opposés à cela ni ne s’y opposeront : bien au contraire, l’islam et le Noble Coran insistent sur le savoir et l’industrie. Mais si l’on entend “innovation” et “civilisation” dans le sens prôné par certains intellectuels de profession, à savoir la liberté dans tout ce qui est blâmable et dans la dépravation […], toutes les religions révélées, tous les savants et tous les gens raisonnables y sont opposés, même si ceux qui sont mentalement colonisés par l’Est ou par l’Ouest propagent cela en les suivant aveuglément.

Quant au deuxième groupe, dont le projet est néfaste et qui considèrent que l’islam n’a rien à voir avec le gouvernement et la politique, il faut dire à ces ignorants que le Noble Coran et la Sunna* de l’Envoyé* de Dieu, que Dieu prie sur lui et sa famille, ne comportent dans aucun domaine autant de prescriptions qu’à propos du gouvernement et de la politique. Bien plus : nombre des prescriptions cultuelles de l’islam sont politico-cultuelles, et c’est leur négligence qui a causé nos malheurs. […] Ce qu’ils ont dit et diront encore – comme quoi les Prophètes*, que la Paix soit avec eux, s’occupaient de choses spirituelles, que le gouvernement et la conduite des affaires de ce monde sont choses réprouvées, que les Prophètes, les Awliyâ’ et les grands personnages s’en gardaient et que nous devons nous aussi faire de même – c’est là une erreur déplorable dont les conséquences sont de conduire à la ruine les peuples musulmans et d’ouvrir la voie aux colonialistes assoiffés de sang : ce qui est rejeté, ce sont les gouvernements sataniques, dictatoriaux et iniques qui sont mus par l’amour du pouvoir et des mobiles déviés et mondains contre lesquels nous avons été mis en garde – amasser des richesses et des biens, rechercher le pouvoir et se comporter en Tâghût… –, bref une mondanité qui rend l’homme inattentif à la sublime Réalité divine. Quant au gouvernement authentique, dans l’intérêt des mostaz‘afîn, pour faire obstacle à l’injustice et à l’iniquité et pour faire régner la justice sociale, c’est cela même pour quoi des hommes tels que Salomon fils de David et le grand Prophète de l’islam, que Dieu prie sur lui et sa famille, ainsi que ses illustres Remplaçants prodiguaient leurs efforts : c’est l’une des plus grandes obligations et le mettre en place est une des plus hautes œuvres de service divin. […]

c) Dans le même ordre de machinations, et peut-être plus nuisibles encore, il y a les vastes rumeurs, dans tout le pays et plus encore en province, comme quoi la République islamique non plus n’a rien fait pour le peuple : « Ce malheureux peuple s’est sacrifié avec tant d’ardeur et de passion afin de se libérer du régime inique du Tâghût, et il se retrouve aux prises avec un régime encore pire ! Les mostakberîn le sont devenus encore plus et les mostaz‘afîn de même ! Les prisons sont pleines de jeunes qui sont l’espoir de l’avenir du pays, les tortures sont pires et plus inhumaines encore que sous le régime précédent et, chaque jour, on en exécute quelques uns au nom de l’islam ! Ah ! si seulement on n’avait pas donné le nom d’islamique à cette république ! Cette époque est pire que celle de Rezâ Khân* et de son fils ! Les gens sont plongés dans des souffrances, des peines et une cherté inouïes, et les gouvernants sont en train de faire de ce régime un régime communiste ! Les biens des gens sont confisqués et le peuple a été privé de liberté en toutes choses ! », et quantité d’autres [rumeurs] de cet ordre qui sont lancées intentionnellement. Ce qui montre qu’il y a là-dessous un dessein et une machination, c’est que chaque fois, à quelques jours d’intervalle, une [nouvelle] rumeur se retrouve sur toutes les lèvres, dans tous les coins et recoins et dans chaque quartier et ruelle : dans les taxis et dans les autobus, partout le même sujet, et dans les attroupements, encore la même conversation, et dès qu’une [rumeur] se fait vieillotte, une autre se répand. Malheureusement, certains clercs ignorants des stratagèmes sataniques s’imaginent, après avoir été contacté par un ou deux de ces comploteurs, qu’il en est bien ainsi. La raison en est que beaucoup d’entre ceux qui prêtent l’oreille à ces histoires et les croient ignorent tout de la situation du monde, des révolutions du monde, des événements post-révolutionnaires et de leurs immenses et inévitables difficultés, tout comme ils ne sont pas non plus correctement informés de transformations qui sont toutes au profit de l’islam : les yeux fermés et ignorants, ils prêtent l’oreille à de telles rumeurs et en prennent le parti, inconsciemment ou volontairement.

Ce que je leur recommande et que je leur demande, c’est de ne pas faire des problèmes, de ne pas lancer des critiques destructrices et de ne pas proférer des insultes avant d’avoir pris connaissance des divers aspects de la question, avant d’avoir étudié la conjoncture mondiale actuelle, d’avoir fait la comparaison entre la Révolution islamique d’Iran et les autres révolutions, avant de s’être familiarisés avec la situation des pays et des peuples dans les périodes révolutionnaires et avec ce qui leur est advenu après leur révolution, avant d’avoir pris en considération les difficultés de ce pays victime des Tâghûts, [difficultés] que les longues années de pillages de Rezâ Khân* et, pire encore, de Mohammad Rezâ, ont laissé en héritage à l’Etat actuel – depuis les considérables et ruineuses dépendances jusqu’à l’état des ministères, des administrations, de l’économie et de l’armée, [en passant] par les centres de plaisirs, les magasins de boissons alcoolisées, le dérèglement sans frein qui a été introduit dans toutes les choses de la vie, l’état de l’enseignement et de l’éducation, l’état des lycées et des universités, l’état des cinémas et des lieux de débauche, l’état de la jeunesse et des femmes, la situation du clergé, des pratiquants, des partisans de la liberté attachés à la religion, des honnêtes femmes bafouées et des mosquées à l’époque du Tâghût… –, avant de s’être intéressés aux dossiers des condamnés à mort et des incarcérés, aux prisons et aux agissements de ceux qui y étaient employés, de s’être intéressés aux biens des capitalistes, des grands propriétaires terriens, des spéculateurs et de ceux qui gonflent les prix, de s’être intéressés à la Justice et aux tribunaux de la Révolution et de les avoir comparés avec l’état antérieur de la Justice et des juges, de s’être intéressés à la condition des députés à l’Assemblée parlementaire islamique, des membres de l’Etat, des gouverneurs de province et des autres fonctionnaires qui sont arrivés aux affaires dans la période actuelle et de les avoir comparés avec la période précédente, de s’être intéressés aux activités de l’Etat et du “Djehâd pour la reconstruction” dans les villages dépourvus de tout, même de l’eau potable et de dispensaire, et d’avoir fait la comparaison avec toute la période de l’ex-régime, cela tout en prenant en compte les difficultés de la guerre imposée [par l’Irak] et de ses conséquences, les millions de déplacés, les familles de martyres, les victimes de guerre et les millions de réfugiés afghans et irakiens…, en considérant aussi le blocus économique et les machinations ininterrompues de l’Amérique et de ses valets à l’extérieur et à l’intérieur, ce à quoi vous ajouterez le manque de prédicateurs au courant des questions dans la mesure du besoin, le manque de juges religieux, les troubles suscités par les opposants à l’islam, par les dévoyés et même par des amis ignorants, et des dizaines d’autres questions… Ayez de la compassion pour la situation de cet islam sans asile qui, après des centaines d’années d’injustice des tyrans et d’ignorance des masses, est aujourd’hui un petit enfant qui fait ses premiers pas entouré d’ennemis à l’extérieur et à l’intérieur. Vous qui faites des problèmes, réfléchissez un peu : ne vaudrait-il pas mieux, plutôt que de détruire, s’efforcer d’aider et d’améliorer ? plutôt que de prendre le parti des hypocrites, des iniques, des capitalistes et des spéculateurs injustes et ignorants de Dieu, prendre celui des victimes de l’injustice, des opprimés et des déshérités ? et plutôt que de prendre indirectement le parti des fauteurs de troubles et des terroristes corrompus, accorder quelque attention aux victimes du terrorisme et aux clercs injustement traités, tant que vous avez encore des serviteurs engagés et injustement traités ?

Je n’ai jamais dit et je ne dis pas qu’aujourd’hui, dans cette république, le vénérable islam est mis en application dans toutes ses dimensions et qu’il n’y a pas des individus qui, par ignorance, par complexe ou par indiscipline, agissent contrairement aux règlements de l’islam. Ce que je dis, c’est que les pouvoirs législatif, judiciaire et exécutif font des efforts éreintants pour islamiser ce pays, que la population qui se compte par dizaines de millions est de leur côté et les soutient, et que si la minorité de faiseurs de problèmes et de saboteurs s’activaient à aider, la réalisation de ces espoirs serait plus facile et plus rapide. Et si, à Dieu ne plaise, ils ne se ressaisissent pas, comme par millions les foules se sont éveillées, ont pris conscience de ce qui est en question et sont présentes sur le théâtre des opérations, si Dieu le Très-Haut le veut, elles se mettront activement à l’ouvrage pour [concrétiser] ces espoirs humains et islamiques, et les égarés et les faiseurs de problèmes ne pourront opposer de résistance à ce flot rugissant.

J’ose prétendre que le peuple d’Iran, qui se compte par millions, est à l’époque actuelle meilleur que celui du Hedjâz[29] à l’époque de l’Envoyé* de Dieu, que Dieu prie sur lui et sa famille, et que celui de Koufa[30] et de l’Irak à l’époque du Commandeur* des fidèles et de Hossayn* fils de ‘Alî, que les Prières et la Paix de Dieu soient sur eux. Le Hedjâz où, à l’époque de l’Envoyé de Dieu, que Dieu prie sur lui et sa famille, les musulmans mêmes ne lui obéissaient pas et, sous divers prétextes, n’allaient pas au front, au point que Dieu le Très-Haut les a fustigés dans plusieurs versets de la sourate “le repentir” et leur a promis châtiment ; et ils lui ont tant menti qu’il est rapporté qu’il les a maudits en chaire ! Et ces gens de l’Irak et de Koufa qui se sont si mal comportés avec le Commandeur des fidèles et se sont tant rebellés à ses ordres que les plaintes de ce seigneur à leur encontre, [rapportées] dans les livres de hadiths* et d’histoire, sont célèbres ! Et ces musulmans de l’Irak et de Koufa qui ont fait ce qu’ils ont fait avec le Seigneur* des martyrs, que la Paix soit avec lui, ceux qui ne se sont pas salis les mains dans son martyre ayant soit fui la bataille, soit attendu que ce crime historique soit perpétré !

Mais aujourd’hui nous voyons le peuple d’Iran, depuis les forces armées, [les forces] de l’ordre, le Corps* [des Gardiens de la Révolution] et la mobilisation des Basîdj, jusqu’aux forces populaires, les tribus et les volontaires, les forces aux fronts et le peuple aux arrières, [nous voyons] quels sacrifices ils font et à quelle épopée ils donnent le jour avec l’ardeur et la passion les plus complètes. Nous voyons quelles précieuses aides cet honorable peuple apporte d’un bout à l’autre du pays. Nous voyons ceux qui ont donné des martyrs, ceux qui ont été victimes de la guerre et leurs proches, qui nous font face, à nous et à vous, avec des visages d’épopée, des mots et des comportements ardents et rassérénants. Tout cela vient de ce qu’ils débordent d’amour passionné, d’attachement et de foi envers Dieu le Très-Haut, envers l’islam et envers la vie éternelle, alors qu’ils ne sont [de manière visible] ni en la présence bénie du plus noble Envoyé* – que Dieu prie sur lui et sa famille et leur donne la Paix – ni en celle de l’Imam* infaillible [de ce temps, l’Imam Mahdî* occulté], que les Prières de Dieu soient sur lui : leur motivation est la foi et la confiance en l’au-delà, et c’est là le secret de la réussite et de la victoire dans les divers domaines. L’islam doit être fier d’avoir élevé de tels enfants et nous sommes tous fiers d’être en une telle époque et en présence d’un tel peuple. […]

Au Parlement, à l’Etat et à ceux qui sont aux affaires, je recommande de bien reconnaître la valeur de ce peuple et qu’ils ne se montrent pas négligents à le servir, tout particulièrement les mostaz‘afîn, les déshérités et les victimes de l’injustice qui sont la lumière de nos yeux et les bienfaiteurs de tous : la République islamique est leur cadeau, c’est par leur sacrifice qu’elle a été réalisée et sa survie dépend de leurs services. […]

Quant aux peuples musulmans, je leur recommande de prendre exemple sur le gouvernement de la République islamique et sur le peuple iranien modjâhed : si vos gouvernements iniques ne s’inclinent pas devant la volonté des peuples, qui est la même que celle du peuple iranien, remettez-les vigoureusement à leur place, car la source de tous les malheurs des musulmans, ce sont les gouvernements liés à l’Est ou à l’Ouest. Et je vous recommande avec insistance de ne pas prêter l’oreille aux haut-parleurs de la propagande des opposants à l’islam et à la République islamique, car tous s’efforcent d’éliminer l’islam de la scène afin que les intérêts des superpuissances soient garantis.

d) Un des plans sataniques des grandes puissances coloniales et des colonialistes […] était de susciter de l’animosité entre les universitaires et les clercs : il y eut de vastes propagandes en ce sens et malheureusement, du fait que ces deux classes ignoraient cette machination satanique des superpuissances, elles eurent de notables résultats. D’un côté, de l’école primaire à l’université, on a fait effort pour que les instituteurs, enseignants, professeurs et directeurs d’universités choisis et nommés soient de ceux qui étaient mentalement colonisés par l’Est ou par l’Ouest et qui s’étaient écartés de l’islam et de toutes les autres religions, et pour que les croyants religieusement engagés se retrouvent en minorité, cela afin que la classe influente qui prendrait à l’avenir le gouvernement en main soit éduquée, de l’enfance à l’adolescence et à la jeunesse, de manière à être dégoûtée des religions en général et de l’islam en particulier, ainsi que de ceux qui sont liés à la religion, particulièrement les clercs et les prédicateurs. […] De l’autre côté, par des propagandes perverses, on a effarouché les clercs, les prédicateurs et les religieux par rapport à l’université et aux universitaires en les accusant d’athéisme, de libertinage et d’opposition à l’islam et aux religions. […] Ce que je recommande, c’est que les générations présente et à venir ne négligent pas [cette question], que les étudiants et notre chère et valeureuse jeunesse confortent et affermissent leurs liens d’amitiés et d’entente avec les clercs et les étudiants en sciences islamiques, et qu’ils ne soient pas inattentifs aux plans et aux machinations de ces fourbes ennemis. […] Les machinations sont d’une envergure particulière dans les universités et toute catégorie sociale qui est la tête pensante de la société doit s’en défier.

e) Au nombre des plans qui ont malheureusement eu un profond impact sur les pays [colonisés] et sur notre cher pays, et dont les effets perdurent encore pour beaucoup, est de rendre les pays colonisés étrangers à eux-mêmes et de les occidentaliser – que ce soit du côté de l’Est ou de l’Ouest –. De la sorte, ils se comptaient eux-mêmes et leur culture pour rien, considéraient les deux puissants pôles de l’Est et de l’Ouest comme une race supérieure dotée d’une culture sublime et constituant la qebla du monde, et proclamaient que le fait de ce lier à l’un de ces deux pôles était un impératif inévitable. C’est là une longue et désolante histoire, et les coups que nous avons reçus et que nous continuons encore de recevoir de ce côté sont rudes et violents, et ce qui est encore plus désolant, c’est qu’en toutes choses ils ont maintenu les peuples opprimés qu’ils dominaient en état d’arriération et en ont fait des pays consommateurs. Ils nous ont tant effrayés avec leurs progrès et leurs puissances sataniques que nous n’avons pas l’audace de nous lancer dans n’importe quelle invention : leur ayant livré tout ce que nous avons, leur ayant confié notre destin et celui de nos pays, nous obéissons à leurs ordres les yeux fermés. Ce vide et cet “écervelage” artificiels a fait qu’en rien nous ne nous rapportons à notre réflexion et à notre savoir et que nous imitons aveuglément l’Est et l’Ouest.

Bien plus, les écrivains et les orateurs incultes et mentalement colonisés par l’Est et par l’Ouest critiquent et se moquent de notre culture, de nos usages, de notre industrie et de nos inventions, dans la mesure où nous en avions ; ils répriment et découragent la réflexion et les capacités du pays, et ils propagent par leurs actes, leurs propos et leurs écrits les us et coutumes étrangers, aussi vulgaires et grossiers soient-ils, et les font avaler aux peuples en chantant leurs louanges et leur apologie. […] Se comporter à l’occidentale est un motif de fierté et d’honneur, une marque de civilisation et de progrès, et à l’opposé, nos us et coutumes font vieux jeu et arriéré ! […] Aller en Angleterre, en France, en Amérique et à Moscou est un honneur insigne, mais aller en pèlerinage à La Mecque et aux autres lieux saints, c’est être vieux jeu et arriéré ! Ne pas faire cas de ce qui à trait à la religion et aux choses spirituelles dénote un esprit éclairé et civilisé, et à l’opposé, être attaché à ces choses montre qu’on est vieux jeu et arriéré !

Je ne dis pas que nous avons nous-mêmes toutes choses : il est bien connu que tout au long d’une histoire pas si ancienne, en particulier dans les siècles derniers, ils nous ont privé de tout progrès. Les hommes d’Etat félons, particulièrement la famille Pahlavi*, les centres de propagandes contre les productions autochtones, les [complexes d’infériorité] – se considérer comme petit et se considérer comme rien –, [tout cela] nous a privé d’avoir quelque activité pour le progrès. Importer des marchandises en tous genres, divertir femmes et hommes, en particulier la classe jeune, avec toutes sortes de produits d’importation tels que matériel de maquillage, objets d’ornement et de luxe et jeux d’enfants, pousser les familles dans une course à la consommation marquée par de bien tristes histoires, divertir et gâter les jeunes, qui sont la classe active [de la société], en mettant à leur disposition des centres de prostitution et de débauche, et des dizaines de ces calamités préméditées pour maintenir les pays en état d’arriération.

En tant que serviteur compatissant, je ferai une recommandation à ce cher peuple, qui a maintenant échappé dans des limites fort remarquables à bien de ces pièges et dont l’actuelle génération déshéritée s’est relevée, active et inventive : pour bien des usines et des appareils perfectionnés du genre avions, etc., alors que l’on ne pensait pas que les spécialistes iraniens pouvaient faire fonctionner ces usines et ce genre de choses et que nous tendions tous nos mains vers l’Est ou l’Ouest pour que leurs spécialistes les fassent fonctionner, suite au blocus économique et à la guerre imposée, nous avons vu que nos chers jeunes ont eux-mêmes fabriqué les pièces nécessaires, les ont proposées à des prix moins chers, ont comblé notre besoin et ont fait la preuve que, si nous voulons, nous pouvons. Il vous faut être attentifs, conscients et vigilants, afin que les politiciens liés à l’Est et à l’Ouest ne vous entraînent pas, par leurs suggestions sataniques, vers ces pillards internationaux. Avec votre ferme volonté, votre énergie et votre persévérance, ayez à cœur de mettre un terme à la dépendance : sachez que les races iranienne et arabe n’ont rien de moins que celles d’Europe, d’Amérique ou d’Union soviétique, que si elles se retrouvent elles-mêmes, si elles écartent d’elles le désespoir et n’attendent rien d’un autre qu’elles-mêmes, elles ont à long terme la capacité d’accomplir tous les travaux et de construire toutes choses. Ce à quoi des hommes comme eux sont arrivés, vous y arriverez aussi, à la condition de s’en remettre à Dieu le Très-Haut, de s’appuyer sur soi, de rompre la dépendance envers autrui et de supporter les difficultés pour parvenir à une vie honorable et échapper à la domination des étrangers. Les gouvernements et ceux qui sont aux affaires, que ce soit dans cette génération ou dans les générations à venir, ont pour devoir d’être reconnaissants envers leurs spécialistes, de les encourager au travail par des aides matérielles et morales, de faire obstacle à l’importation de marchandises qui poussent à la consommation et ruinent les foyers, et de s’accommoder de ce qu’ils ont jusqu’à ce qu’ils fassent tout eux-mêmes.

Je demande aux jeunes, garçons et filles, de ne pas sacrifier l’indépendance, la liberté et les valeurs humaines, même accompagnées de peines et de souffrances, aux luxes, plaisirs et frivolités et à la fréquentation des lieux de débauches que vous proposent l’Occident et ses agents apatrides, car ce qu’ils veulent par ces moyens et d’autres semblables, c’est vous maintenir en état d’arriération et “à demi sauvages”, comme ils disent : l’expérience a en effet montré que ceux-là ne pensent à rien d’autre qu’à vous dégrader, à vous rendre insouciants du destin de votre pays, à piller vos ressources, à vous entraîner dans les liens de la colonisation et dans la honte de la dépendance, et à transformer votre pays et votre peuple en consommateurs.

 

 

[31] des personnes engagées envers leur religion et la République islamique, non liées aux puissances dévoreuses du monde, et sans sympathie pour les écoles athées, déviées ou syncrétistes. […]

mostaz‘afîn et les déshérités de la société, pensent au bien-être de ceux-là, et qu’ils ne soient pas de ces capitalistes, spéculateurs immobiliers et gens de la haute, vivant dans l’aisance et plongés dans les plaisirs et les passions sensuelles, qui ne peuvent comprendre l’amertume de la privation et la peine des affamés et des va-nu-pieds !

mostaz‘afîn et qu’ils ne s’imaginent pas que la fonction de guide est en soi un cadeau et une haute dignité : c’est au contraire un devoir lourd et dangereux dans lequel toute faute – si, à Dieu ne plaise, ce sont les passions qui s’en mêlent – aura pour conséquence une honte éternelle en ce monde et le feu de la colère de Dieu l’Impérieux dans l’autre monde. […] Ce même danger, à un degré quelque peu moindre, existe aussi pour les Présidents de la république actuels et à venir ainsi que pour les gouvernements et ceux qui sont aux affaires, en fonction des degrés de leurs responsabilités : il leur faut bien considérer que Dieu le Très-Haut est présent et voit tout et qu’eux-mêmes sont en Sa sainte présence !

h) Parmi les questions importantes, il y a celle de la justice, qui a affaire avec la vie, les biens et l’honneur des gens. […] Je recommande aux honorables juges, en ce siècle et dans les siècles à venir, de prendre en charge cette fonction d’importance en ayant à l’esprit les hadiths* rapportés des Infaillibles*, que Dieu prie sur eux, sur l’importance du fait de rendre la justice et sur l’immense danger que cela comporte, et en prêtant attention à ce qui a été rapporté à propos des jugements contraires au droit. Qu’ils ne laissent pas cette autorité être confiée à qui en est indigne : que ceux qui sont dignes de prendre cette charge en main ne s’y refusent pas et qu’ils ne laissent pas le champ libre à des personnes qui en sont indignes. Qu’ils sachent que, tout comme le danger de cette charge est grand, sa rétribution, son excellence et sa récompense sont également grandes. Et ils savent bien que prendre en charge la justice est, pour qui en est digne, une obligation collective[32].

i) […] Nous savons que les grandes puissances pillardes ont dans la société des “réserves” d’hommes sous des apparences multiples : nationalistes, pseudo-intellectuels et pseudo-clercs – lesquels sont, de tous, les plus dangereux et les plus nuisibles, s’ils en trouvent l’occasion –. Ils vivent parfois tranquillement et patiemment trente ou quarante ans parmi les gens, avec un comportement islamique et des allures de sainteté ou sous des dehors de paniranisme[33], de patriotisme et autres faux-semblants, et le moment venu accomplissent leur mission. Notre cher peuple, dans la courte période ayant suivie la victoire de la Révolution, en a vu des exemples, tels que les Modjâhedîn* du peuple, les Fedâyîn du peuple[34], les membres du Parti communiste Toudeh* et autres “enseignes”. Il est indispensable que tous neutralisent avec vigilance ce genre de manigances, et le plus indispensable de tout, ce sont les hawza-s, dont l’organisation et le filtrage revient aux vénérables enseignants et aux personnalités éminentes qui ont de l’ancienneté, avec l’appui des marâdje‘ de [chaque] époque. […] Il est indispensable que les savants et les honorables enseignants ne laissent apparaître aucune déviation dans les cours touchant à la compréhension du droit musulman et les classes de droit et de principes du droit selon la méthode des vénérables maîtres, laquelle est la seule manière de préserver le droit musulman. Qu’ils s’efforcent d’accroître chaque jour les examens minutieux, les études et échanges de vues, les nouvelles découvertes et les recherches ! Que soit préservé le droit musulman traditionnel[35], qui est l’héritage des pieux anciens et par rapport auquel tout écart est un affaiblissement des bases de la recherche et de l’examen minutieux, et que les recherches s’ajoutent aux recherches !

Des programmes seront bien entendu mis sur pied dans les autres branches du savoir, en conformité avec les besoins du pays et de l’islam, et des hommes doivent être formés dans ces branches. Parmi les cours les plus élevés et les plus nobles, qui doivent impérativement faire l’objet d’un enseignement généralisé, [il y a] les sciences spirituelles de l’islam, telles l’éthique, la formation de l’âme et le cheminement et pèlerinage vers Dieu, qui est le grand djehâd, que Dieu nous en fasse la grâce, à nous et à vous.

j) L’une des choses qu’il faut réformer, assainir et contrôler est le pouvoir exécutif. Il arrive parfois que des lois progressistes et utiles à la société passent au Parlement, que le Conseil* des Gardiens [de la constitution] les rendent exécutoires, que le ministre concerné les transmette, et lorsqu’elles tombent entre les mains d’exécutants inaptes, ils les déforment et agissent contrairement aux règlements, soit en multipliant la paperasserie et les dédales [administratifs] comme ils en ont pris l’habitude, soit volontairement, pour inquiéter la population : tolérer cela engendrera progressivement des troubles.

Voici la recommandation que je fais aux ministres responsables, en cette époque et dans les autres époques. Outre le fait que le budget dont vous vivez, vous et les employés des ministères, est le bien du peuple, que vous devez tous être au service du peuple, particulièrement des mostaz‘afîn, et que tracasser les gens et agir contrairement à son devoir est religieusement illicite et provoque parfois, à Dieu ne plaise, la colère divine, [outre cela], vous avez besoin du soutien des gens : c’est par le soutien du peuple, en particulier de la classe défavorisée, que la victoire a eu lieu, et si un jour le soutien du peuple devait vous faire défaut, vous serez mis de côté et, tout comme dans l’inique régime monarchique, des injustes viendront occuper les postes à votre place. En conséquence de cette vérité tangible, il faut vous efforcer de gagner la sympathie du peuple et vous garder de tout comportement inhumain et non islamique. […] Et il faut savoir que, même si tous les ministres et ministères ont leur part de responsabilité dans l’islamisation et l’organisation des choses, certains d’entre eux ont une spécificité particulière, comme le ministère des affaires étrangères, qui a la responsabilité des ambassades à l’étranger. Aussitôt après la victoire, j’ai fait des recommandations aux ministres des affaires étrangères à propos du comportement de tâghût qui règne dans les ambassades et du fait de les transformer en ambassades dignes de la République islamique, mais certains d’entre eux, soit n’ont pas voulu, soit n’ont pas pu faire un travail positif […].

Voici ma recommandation aux ministres des affaires étrangères, en cette époque et à l’avenir : votre responsabilité est considérable, aussi bien en ce qui concerne la réforme et la transformation du ministère et des ambassades que pour ce qui touche à la politique extérieure – préservation de l’indépendance et des intérêts du pays et bonnes relations avec les Etats qui n’ont pas l’intention de s’ingérer dans les affaires de notre pays –. Evitez strictement tout ce qui porte la marque de la dépendance sous toutes ses formes : vous devez savoir que, même si elle peut avoir des dehors séduisants ou comporter un profit et un intérêt immédiats, la dépendance dans certaines choses aura pour résultat de saper le pays à la base. Efforcez-vous d’améliorer les relations avec les pays musulmans, d’éveiller les hommes d’Etat et d’appeler à l’unité et à l’union. […]

Ma recommandation aux populations des pays musulmans est qu’elles ne s’attendent pas à ce que quelqu’un vienne de l’extérieur les aider à atteindre le but, qui est l’islam et la mise en œuvre de ses prescriptions : vous devez vous occuper vous-mêmes de cette chose vitale qui vous donnera liberté et indépendance. Que les savants renommés et les respectables prédicateurs des pays musulmans appellent les Etats à sortir de la dépendance à l’égard des grandes puissances étrangères et à s’entendre avec leur peuple : alors la victoire leur ouvrira les bras. Qu’ils appellent aussi les peuples à l’unité, qu’ils s’abstiennent du racisme, qui est en opposition avec ce que l’islam prescrit, et qu’ils tendent une main fraternelle à leurs frères dans la foi dans quelque pays et de quelque race qu’ils soient, car l’islam les a nommés “frères”. Si, de par la volonté des Etats et des peuples et avec l’aide de Dieu le Très-Haut, cette fraternité dans la foi se concrétise, vous verrez que les musulmans constituent la plus grande puissance mondiale. […]

Ma recommandation au ministère de l’orientation en toute époque, et en particulier à l’époque actuelle qui a un spécificité propre, c’est de faire effort pour propager la vérité face à l’erreur et montrer le vrai visage de la République islamique. Actuellement, maintenant que nous avons écarté les mains des superpuissances de notre pays, nous sommes la cible des campagnes de propagande de tous les médias liés aux grandes puissances. Quels mensonges et quelles accusations les orateurs et écrivains liés aux superpuissances n’ont-ils pas lancés contre cette République islamique nouvellement née, et ils continuent de le faire. […] La question de la propagande n’est pas uniquement à la charge du ministère de l’orientation : elle est du devoir de tous les savants, orateurs, écrivains et artistes. Il faut que le ministère des affaires étrangères fasse en sorte que les ambassades aient des publications pour la propagande et qu’elles montrent clairement au monde le lumineux visage de l’islam, car si ce visage, avec cette beauté superbe à laquelle le Coran et la Sunna* dans toutes leurs dimensions nous convient, sort du voile [dont l’ont recouvert] les opposants à l’islam et les malentendus des amis, l’islam s’étendra au monde entier et son glorieux étendard flottera partout. Il est ô combien malheureux et désolant que les musulmans possèdent un bien qui n’a pas son pareil depuis le début du monde jusqu’à sa fin et qu’ils n’ont pas réussi à présenter ce précieux joyau que tout homme recherche de par sa libre nature originelle ; plus encore, ils ne s’en rendent pas compte eux-mêmes, l’ignorent et parfois même le fuient !

k) […]

l) Préférez une vie humaine honorable, même avec des difficultés, à la vie honteuse d’être les esclaves des étrangers, fut-ce avec un bien-être animal, et sachez que, tant que pour les besoins en industries avancées vous tendez la main aux autres et passez votre vie à mendier, votre faculté d’invention et les progrès dans la découverte ne s’épanouiront pas en vous. Objectivement, vous avez bien vu que, dans la courte période faisant suite au blocus économique, ceux-là mêmes qui se croyaient incapables de construire tout ce dont ils avaient besoin et que l’on avait désespéré de mettre en route des usines, ont fait fonctionner leur pensée et ont comblé eux-mêmes bien des besoins de l’armée et des usines. Cette guerre, ce blocus économique et l’expulsion des experts étrangers furent un cadeau divin auquel nous n’avons pas prêté attention. Maintenant, si l’Etat et l’armée interdisent d’eux-mêmes les marchandises des dévoreurs de l’humanité et augmentent encore l’effort et l’application dans la voie de l’invention, il y a espoir que le pays devienne autosuffisant et soit sauvé d’avoir à mendier à l’ennemi.

Je dois ajouter ici que, après avoir été artificiellement maintenus en état d’arriération, notre besoin des grandes industries des pays étrangers est une réalité indéniable, mais cela ne signifie pas que nous devons, pour les sciences avancées, être liés à l’un des deux pôles : l’Etat et l’armée doivent s’efforcer d’envoyer des étudiants religieusement engagés dans des pays qui ont des grandes industries et qui ne sont pas colonialistes et exploiteurs, et se garder de les envoyer en Amérique, en U.R.S.S. et dans les autres pays qui sont dans la ligne d’un de ces deux pôles, à moins que, si Dieu veut, ces deux puissances se rendent compte de leur erreur et rentrent dans la voie de l’humanité, de l’humanisme et du respect des droits des autres, ou que, si Dieu veut, les mostaz‘afîn du monde entier, les peuples éveillés et les musulmans engagés les remettent à leur place. Dans l’espoir d’un tel jour…

m) […] La radio, la télévision, les journaux, les cinémas et les théâtres faisaient partie des instruments efficaces pour détruire et droguer les peuples, en particulier la jeune génération. Dans les cent dernières années et tout particulièrement dans le dernier demi-siècle, que de plans d’envergure ont été tracés par ces instruments, aussi bien pour la propagande contre l’islam et contre le clergé, qui est à son service, que pour la propagande en faveur des colonialistes de l’Est et de l’Ouest !

Ils en ont tiré parti pour constituer un marché pour [leurs] marchandises, en particulier objets de luxe et d’ornement de toutes sortes : imitation de leurs constructions, de leurs décorations et de leurs fastes, imitation de leurs manières alimentaires et vestimentaires… A tel point que c’était grande gloire que d’être “à l’occidentale” dans toutes les choses de la vie, dans la manière d’agir, de parler et de se vêtir, tout particulièrement chez les femmes aisées ou moyennement aisées. Pour les comportements sociaux et la manière de parler et d’employer des mots occidentaux en parlant et en écrivant, c’était au point qu’il était impossible à la plupart des gens de comprendre [ce que ceux-là disaient] et que c’était même difficile pour leurs pairs. Les films à la télévision étaient des productions de l’Est ou de l’Ouest qui détournaient la classe jeune, hommes et femmes, du cours normal de la vie – du travail, de l’industrie, de la production, du savoir… – vers l’aliénation à soi-même et à sa propre personnalité ou vers un regard négatif et une idée négative vis-à-vis de tout ce qui est “sien” : [vis-à-vis] de son pays et même de sa culture, de sa littérature et d’œuvres de valeur dont beaucoup ont été transférées dans les musées de l’Est et de l’Ouest par l’entremise de traîtres à l’affût de gains.

Les revues pleines de photos et d’articles scandaleux et déplorables, et les journaux rivalisant d’articles opposés à notre propre culture et à l’islam conduisaient fièrement les gens – et particulièrement la classe si influente de la jeunesse – vers l’Est ou vers l’Ouest. Ajoutez à cela la vaste propagande pour répandre les centres de corruption, les maisons de plaisir, les tripots et loteries et les magasins de produits de luxes, de produits de beauté, de jeux et de boissons alcoolisées, en particulier importés d’Occident. En contrepartie des exportations de pétrole, de gaz et autres trésors, on importait des poupées, des jeux, des produits de luxe et des centaines de choses dont les gens comme moi ne sont pas au courant. Si, à Dieu ne plaise, les jours du régime inféodé et de la famille déchue des Pahlavi* s’étaient prolongés, il n’aurait pas fallu longtemps – avec les manigances et les plans sataniques de toutes sortes [mis en œuvre] par le truchement de ce régime corrompu, des médias et des intellectuels pro-Est ou pro-Ouest – pour que notre saine jeunesse, enfants de l’islam et de la patrie sur lesquels sont fixés les espoirs du peuple, délaissent le peuple et le giron de l’islam : soit ils ruinaient notre jeunesse dans les centres de corruption, soit, en l’amenant à servir les puissances dévoreuses du monde, ils entraînaient le pays à la ruine. […]

n) Ce que je recommande et conseille aux groupes, groupuscules et personnes qui ont des activités subversives dirigées contre le peuple, la République islamique et l’islam, et d’abord à leurs chefs à l’étranger et à l’intérieur, c’est que votre longue expérience au cours de laquelle vous avez essayé toutes les voies, déclenché toutes sortes de machinations et eu recours à tant de pays et d’autorités, [cette longue expérience] devrait vous avoir appris, à vous qui vous considérez comme intelligents et savants, que l’on ne peut dévier de sa voie un peuple dévoué en ayant recours à l’assassinat, aux explosions, aux bombes et à des mensonges sans queue ni tête et inconsidérés, et que l’on ne peut en aucun cas faire tomber un quelconque Etat ou gouvernement avec ces méthodes inhumaines et irrationnelles, tout particulièrement un peuple tel que le peuple iranien qui, des petits enfants aux vieillards, hommes et femmes, se sacrifient et se dévouent pour réaliser le but de la République islamique, du Coran et de la religion. Vous savez pourtant bien – et si vous ne le savez pas, vous êtes bien naïfs – que le peuple n’est pas avec vous, que l’armée n’est pas avec vous, et même s’ils étaient avec vous et de vos amis, votre comportement inexpérimenté et les crimes qui ont été commis sur votre instigation les ont écartés de vous : vous n’avez réussi qu’à vous faire des ennemis. […] Je vous conseille de laisser ces actes inutiles et déraisonnables, de ne pas vous laisser duper par les dévoreurs du monde et, où que vous soyez, si vous n’avez pas commis de crimes, de revenir dans votre patrie et dans le giron de l’islam, car Dieu est le plus miséricordieux des miséricordieux et la République islamique ainsi que votre peuple passeront l’éponge, si Dieu veut. Et si vous avez commis des crimes pour lesquels la prescription divine a déterminé ce qui doit être fait, revenez encore tant que vous êtes à mi-chemin et repentez-vous : si vous en avez le courage, soumettez-vous au châtiment et, en faisant cela, délivrez-vous du douloureux châtiment de Dieu ; sinon, où que vous soyez, ne gâchez pas plus votre vie et occupez-vous à autre chose, cela vaut mieux.

djehâd pour le peuple”, ils se sont fait les ennemis de la création de Dieu : occupés à faire la noce ou vivant luxueusement à l’intérieur [du pays] dans de somptueuses maisons communautaires qui ressemblent aux demeures des misérables criminels [de l’ancien régime], ils perpétuent leurs crimes et vous envoient à la mort, vous jeunes gens et jeunes filles naïfs, pour leurs propres objectifs et ceux de l’un des deux pôles criminels.

Mon conseil compatissant à vous, jeunes et adolescents à l’intérieur et à l’extérieur du pays, c’est de revenir de cette voie fausse et de vous unir aux déshérités de la société qui servent de tout leur cœur et de toute leur âme la République islamique. Œuvrez pour un Iran libre et indépendant afin que le peuple et le pays échappent au mal des opposants, et vivez tous ensemble une vie digne. Jusqu’à quand et pourquoi restez-vous aux ordres de personnes qui ne pensent qu’à leurs propres intérêts, qui, dans les bras et à l’abri des superpuissances, sont en conflit avec leur propre peuple et qui vous sacrifient à leurs sinistres objectifs et à leur soif de pouvoir ? Dans ces années de la victoire de la Révolution, vous avez vu que leurs prétentions étaient en contradiction avec leur comportement et leurs actes : les prétentions ne sont là que pour tromper des jeunes pleins de candeur. Vous savez bien que vous n’avez pas la force de résister au flot rugissant du peuple et vos actes n’ont d’autre résultat que de ruiner votre jeunesse et de gâcher votre vie. J’ai [ici] rempli mon devoir, qui est de guider, et j’ai l’espoir que vous écouterez ce conseil, qui vous parviendra après ma mort et ne sera pas entaché de la moindre “volonté de pouvoir”, et que vous vous sauverez du douloureux châtiment divin. Que Dieu plein de grâces vous guide et vous montre la voie droite.

[36] et autres groupes de cette tendance… – est la suivante : pour quel motif, sans avoir vraiment étudié les diverses écoles de pensée et l’école islamique auprès de ceux qui ont une authentique connaissance de ces écoles et en particulier de l’islam, pour quel motif vous êtes-vous satisfaits de vous tourner vers une école qui est aujourd’hui en déroute dans le monde entier ? Qu’est-ce qui a fait que vous vous êtes réjouis de quelques “-ismes” qui, pour ceux qui approfondissent les choses, sont vides de sens ? Quel mobile vous a amené à vouloir entraîner votre pays dans le giron de l’Union soviétique ou de la Chine et à vous dresser contre votre propre peuple au nom de “l’amour des masses” ou à vous lancer dans des machinations au profit des étrangers contre votre propre pays et ses masses opprimées ? Vous voyez bien que, depuis l’apparition du communisme, ceux qui y prétendent furent et sont les gouvernements les plus dictatoriaux et les plus assoiffés d’un pouvoir qu’ils veulent monopoliser. Que de peuples ont été brisés et anéantis sous le joug de l’Union soviétique qui prétend être “du côté des masses” ! Jusqu’à maintenant, le peuple russe, musulmans et non musulmans, se débat sous la pression dictatoriale du parti communiste et vit, privé de toute liberté, dans une oppression pire que celle des dictatures du monde entier. […] Que de crimes n’avez-vous pas commis ! Vous, partisans du peuple déshérité, vous voulez livrer le peuple déshérité et opprimé d’Iran aux mains de la dictature soviétique, et quelles trahisons vous êtes en train de perpétrer sous le couvert du “sacrifice pour le peuple” et du “parti pris pour les déshérités” ! La seule différence, c’est que le parti Toudeh* et ses amis le font par des manigances et sous le masque du dévouement à la République islamique tandis que d’autres groupes le font par les armes, les assassinats et les bombes.

A tous les groupes et partis, que ce soit ceux qui sont connus comme étant de gauche – bien que certaines preuves et indices montrent que ce sont des “communistes de l’Amérique” – ou ceux qui sont à la solde de l’Occident d’où ils reçoivent leur inspiration, ou encore ceux qui ont pris les armes au nom de l’autonomie pour les Kurdes[37] et les Baloutchi[38], qui ont ruiné la population déshéritée du Kurdistan et d’autres endroits et qui font obstacle aux services culturels, sanitaires, économiques et de réaménagement de la République islamique dans ces provinces […], à tous je recommande de se joindre au peuple : jusqu’à présent, ils ont fait l’expérience qu’ils n’ont fait que le malheur des habitants de ces régions et qu’ils ne peuvent rien faire d’autre. Leur intérêt propre et celui de leurs peuples et de leurs régions est donc qu’ils s’associent aux efforts de l’Etat, qu’ils mettent un terme à l’insurrection, aux services qu’ils rendent aux étrangers et à la trahison envers leur propre patrie et qu’ils s’occupent de construire le pays. Qu’ils soient assurés que l’islam vaut mieux pour eux que le criminel pôle de l’Ouest et le dictatorial pôle de l’Est et qu’il satisfait mieux les aspirations humaines du peuple. […]

Je suis désolé pour vous, mes frères, car je connais dans une certaine mesure vos antécédents et j’ai de l’affection pour certains d’entre vous, non pas pour ceux qui étaient des méchants sous l’habit de gens bien intentionnés et des loups sous une houppelande de berger, des comédiens qui se sont joués et moqués de tout le monde et qui s’employaient à ruiner le pays et le peuple et à servir l’un des deux pôles prédateurs. Ceux qui, de leurs mains noires, ont fait tomber en martyrs des jeunes et des hommes de valeur et des savants religieux éducateurs de la société et qui n’ont pas eu pitié de malheureux enfants musulmans, ceux-là se sont discrédités aux yeux de la société et se sont fait abandonner par Dieu l’Impérieux : il n’y a pas de voie de retour pour eux, car le démon de leur âme passionnelle les domine. Mais vous, frères croyants, pourquoi n’aidez-vous pas cet Etat et ce Parlement qui s’efforcent de servir les déshérités et les victimes de l’injustice, ces frères qui vont pieds nus et tête nue et qui sont privés de toutes les faveurs de la vie, et pourquoi vous en plaignez-vous ? Avez-vous comparé les services rendus par l’Etat et les fondations de la République, malgré les difficultés et les désordres inhérents à toute révolution, la guerre imposée [par l’Irak] avec tous ses dégâts, les millions de déplacés à l’intérieur et de réfugiés de l’étranger, et les innombrables sabotages en une si courte période, [avez-vous fait la comparaison] avec l’activité d’aménagement du régime précédent ? Ne savez-vous pas que l’activité d’aménagement de cette période-là se confinait pratiquement aux villes, et encore : à leur beaux quartiers ? que les pauvres et les populations déshéritées n’en profitaient que de manière infime ou même pas du tout ? L’Etat actuel et les fondations islamiques rendent de tout leur cœur et de toute leur âme service à cette catégorie déshéritée : croyants ! soutenez vous aussi cet Etat, afin que les choses se fassent vite et afin de vous rendre en présence du Seigneur – car vous vous y rendrez, que vous le vouliez ou non – avec la médaille du service rendu à Ses serviteurs.

o) Une chose qu’il faut rappeler et souligner, c’est que l’islam n’est pas d’accord avec ce capitalisme injuste et non fondé qui déshérite la population soumise à l’iniquité et à l’injustice. Il le condamne même sévèrement dans le Livre [de Dieu] et la Sunna* [du Prophète* et des Imams*], le considérant comme contraire à la justice sociale, même si certains, qui comprennent de travers et qui ne connaissent pas le régime islamique et les questions politiques qui régissent l’islam, ont laissé entendre dans leurs propos et dans leurs écrits – et n’ont toujours pas cessé de le faire – que l’islam est un partisan inconditionnel du capitalisme et de la propriété privée. En comprenant – avec leur intelligence déformée – l’islam de cette manière, ils ont voilé le visage lumineux de l’islam et ouvert la voie pour que les gens malintentionnés et les ennemis de l’islam partent à l’assaut de l’islam en mettant à son compte un régime semblable aux régimes capitalistes occidentaux, comme celui de l’Amérique, de l’Angleterre et autres pillards occidentaux. En se fondant intentionnellement ou naïvement sur les propos et les actes de ces ignorants, et sans en référer aux réels connaisseurs de l’islam, ils se sont dressés contre l’islam.

Il n’y a pas non plus [en islam] un régime semblable au régime communiste et marxiste-léniniste, qui s’oppose à la propriété individuelle, qui professe le collectivisme sous des formes très diverses […] – [certains] étant allés, dans les périodes anciennes et jusqu’à présent, jusqu’à la communauté des femmes et à l’homosexualité – et qui recèle en lui une dictature et une tyrannie écrasante.

L’islam a au contraire un régime équilibré, reconnaissant et respectant la propriété [tout en] en restreignant la formation et l’usage, de sorte que, si on le mettait en œuvre comme il se doit, les mécanismes d’une économie saine entreraient en action et que la justice sociale, qui est concomitante d’un régime sain, serait réalisée. […]

A ce propos aussi, un [autre] groupe, du fait d’incompréhensions et de leur ignorance de l’islam et de sa saine économie, occupent une position diamétralement opposée à celle du premier groupe : en recourant à certains versets coraniques ou phrases du Nahdj al-balâgha, ils ont parfois présenté l’islam comme étant d’accord avec les écoles déviées de Marx et de ses semblables. Sans prêter attention aux autres versets et paragraphes du Nahdj al-balâgha, ils se sont lancés tête baissée, avec leur intelligence déficiente, derrière l’idéologie socialiste et défendent la mécréance, la dictature et l’oppression écrasante et faisant fi des valeurs humaines d’un parti minoritaire qui traite les masses comme des bêtes !

A tous, dans l’effort pour le bien-être des classes déshéritées, je fais la recommandation [suivante] : votre bien en ce monde et dans l’autre réside dans le fait de s’occuper de la condition des déshérités de la société qui, tout au long de l’histoire de la monarchie inique et de la féodalité, furent dans la peine et la souffrance. Comme il serait bon que la classe aisée procure bénévolement logement et bien-être aux habitants des bidonvilles et des cahutes. Qu’ils soient assurés que le bien de ce monde et de l’autre réside en cela. Il est loin d’être équitable qu’une personne soit sans foyer quand une autre possède des appartements.

p) Ma recommandation à ce groupe de clercs et de tartuffes qui, pour des motifs divers, s’opposent à la République islamique et à ses organes […], c’est qu’ils réfléchissent entre quatre murs, avec une intention sincère, et qu’ils fassent une juste comparaison avec le gouvernement et le régime précédent. Qu’ils prêtent aussi attention au fait que, dans les révolutions du monde entier, les troubles et désordres, les erreurs de parcours et les comportements opportunistes sont inévitables. Si vous faites attention et que vous prenez en compte les difficultés de cette République, telles que les machinations, les propagandes mensongères, les attaques armées aux frontières et à l’intérieur, l’inévitable infiltration de groupes de pervers et d’opposants à l’islam à l’intérieur de tous les organes de l’Etat dans l’intention de rendre le peuple mécontent de l’islam et du gouvernement islamique, le fait que la plupart ou beaucoup des personnes en fonction sont des débutants, les rumeurs mensongères que répandent ceux qui ne peuvent plus faire d’énormes profits ou qui en font moins, le manque considérable de juges remplissant les conditions exigées par la Loi révélée, les harassantes difficultés économiques, les immenses problèmes pour assainir et former moralement un ensemble de plusieurs millions de fonctionnaires, le manque de gens biens compétents et spécialisés, et des dizaines d’autres difficultés dont on ignore tout tant que l’on n’est pas descendu dans l’arène…

D’un autre côté, des personnes malintentionnées, avides de pouvoir et possédant des fortunes colossales, [des personnes] qui, en pratiquant l’usure et le prêt à intérêt, en faisant sortir des devises, en vendant à des prix exorbitants, en trafiquant et en spéculant, soumettent les nécessiteux et les déshérités de la société à une pression intolérable et entraînent la corruption de la société, [ceux-là] viennent vous trouver, Messieurs, en se plaignant et en vous trompant, donnant parfois, pour se rendre crédibles et se montrer bons musulmans, une certaine somme au titre du khoms et versant des larmes de crocodile, et après vous avoir exaspérés, ils vous incitent à entrer dans l’opposition : or, beaucoup de ces personnes s’abreuvent du sang du peuple par des profits illicites et mènent l’économie du pays à la faillite.

Modestement et fraternellement, je recommande à ces respectables messieurs de ne pas se laisser influencer par ce genre de rumeurs artificielles et, pour Dieu et pour préserver l’islam, de renforcer cette République. Ils doivent savoir que, si cette République islamique s’effondre, ce ne sera pas un régime islamique agréé par la Grâce de Dieu [l’Imam Mahdî*], que ma vie soit donnée pour lui, et soumis à vos ordres, Messieurs, qui viendra la remplacer. Au contraire, c’est un régime agréé par l’un des deux pôles de puissance qui viendra au pouvoir : les déshérités du monde qui se sont tournés avec ferveur vers l’islam et le gouvernement islamique perdront tout espoir, l’islam sera à jamais retiré du monde et le jour où vous regretterez ce que vous avez fait, il sera trop tard et les regrets ne serviront plus à rien. Messieurs, si vous vous attendez à ce que tout devienne du jour au lendemain conforme à l’islam et aux prescriptions de Dieu le Très-Haut, vous vous trompez : dans toute l’histoire de l’humanité, jamais un tel miracle ne s’est produit ni ne se produira. Le jour où, si Dieu le Très-Haut le veut, le pacificateur universel [l’Imam Mahdî*] se montrera, ne vous imaginez pas qu’il y aura un miracle et qu’en un jour le monde sera réformé. C’est au contraire par des efforts et des sacrifices que les iniques seront écrasés et mis hors d’état de nuire. […]

 

mostakberîn de la terre et vous ferez des opprimés les imams et les héritiers de la terre ! Dans l’espoir de ce jour que Dieu le Très-Haut nous a promis…

Awliyâ’, que la Paix divine soit avec eux, ont prodigué leurs efforts… Il n’est pas de voie vers la Perfection absolue et la Beauté et la Majesté infinies autre que celle-ci : c’est elle qui a conféré aux humains terrestres une dignité supérieure à celle des créatures de l’Empire [des cieux] et au-delà, et ce que les humains terrestres peuvent atteindre en la parcourant n’est accessible à aucun autre existant dans toute la création, cachée ou manifeste.

[39] Que cette brise qui réjouit le cœur et cette splendeur qui suscite l’enthousiasme leur fassent grand bien ! Et nous devons savoir que quelque chose de cette splendeur brille dans les champs brûlants, dans les usines éreintantes, dans les ateliers et les centres où l’on fabrique, où l’on invente et où l’on crée, et plus généralement dans le peuple, dans les bâzâr-s, dans les rues, dans les villages et en tous ceux qui sont en charge de ces choses et sont occupés à servir pour l’islam, pour la République islamique et pour le progrès et l’autonomie du pays. Tant que cet esprit d’engagement et d’entraide régnera dans la société, notre cher pays sera, si Dieu veut, à l’abri des vicissitudes du temps. Dieu le Très-Haut en soit loué, les hawza-s, les universités et nos chers jeunes dans les centres de savoir et d’éducation jouissent aussi de ce présent divin venu du Ciel : ces centres sont tout entiers entre leurs mains et, avec l’aide de Dieu, les mains des saboteurs et des dévoyés ne pourront y porter atteinte.

A tous, je recommande d’aller de l’avant, en pensant à Dieu le Très-Haut, vers la connaissance de soi, l’autonomie et l’indépendance dans toutes ses dimensions. Sans le moindre doute, la main de Dieu sera avec vous si vous êtes à Son service et que vous maintenez cet esprit d’entraide pour le développement et l’élévation de ce pays musulman. Avec ce que je vois en ce peuple d’éveil, de vigilance, d’engagement, de dévouement et d’esprit d’endurance et de fermeté dans la voie de la Réalité divine, j’ai l’espoir que, par la grâce de Dieu le Très-Haut, toutes ces vertus humaines passeront à leur postérité et ne feront que croître de génération en génération.

Le cœur tranquille et apaisé, l’esprit serein et la conscience pleine d’espoir en la grâce de Dieu, je prends congé du service de mes frères et sœurs et me mets en route vers le séjour éternel. J’ai grand besoin de vos prières et je demande à Dieu, le Tout-Miséricordieux et Très-Miséricordieux, de m’excuser pour mes manquements à Son service, mes insuffisances et mes fautes, et j’espère que le peuple m’excusera pour mes manquements, mes insuffisances et mes fautes. Qu’ils aillent de l’avant avec force et fermeté et qu’ils sachent que le départ d’un serviteur n’occasionnera aucune brèche dans le barrage d’acier de ce peuple, car des serviteurs plus nobles et plus grands sont là. Que Dieu garde ce peuple et les victimes de l’injustice dans le monde entier et que la Paix, la miséricorde et les bénédictions divines soient avec vous et avec les bons serviteurs de Dieu. [40]

26 bahman 1361 / 1 djomâdâ l-ûlâ 1403

Rûhollâh al-Mûsawî al-Khomaynî

 


Annexes


 

 

Lexique

‘Alî : ‘Alî fils d’Abû Tâleb (m. 56hl./660), que la Paix soit avec lui, cousin et gendre du Prophète*, est le premier des Imams* infaillibles et le quatrième Calife de l’islam. Sa vie fut dès le début exceptionnelle, puisqu’il naquit dans la Kaaba*. A partir l’âge de six ans, il grandit dans la maison de son cousin Mohammad, que Dieu prie sur lui et sa famille, et il fut – après Khadîdja, épouse du Prophète – la première personne à embrasser l’islam et à se vouer entièrement à seconder le Prophète dans sa mission. Lorsqu’au début de cette mission le Prophète réunit, sur ordre de Dieu, sa parenté pour les appeler à l’islam, il leur annonça que le premier d’entre eux qui aurait foi en la religion qu’il apportait serait son lieu-tenant. Il réitéra cela par trois fois et à chaque fois, seul ‘Alî, que la Paix soit avec lui, répondit favorablement. Lorsque le Prophète se préparait à émigrer de La Mecque à Médine, un complot fut ourdi pour mettre fin à ses jours en le tuant pendant son sommeil ; ‘Alî illustra son dévouement et son abnégation en prenant la place du Prophète dans son lit, offrant sa propre vie pour sauver la sienne. Par la suite, quand le Prophète, que Dieu prie sur lui et sa famille, lia les musulmans deux à deux par un pacte de fraternité, il fit de l’Imam ‘Alî, que la Paix soit avec lui, son frère en ce monde et dans l’autre. Enfin, lors du retour du Pèlerinage qui précéda de quelques mois sa mort, en un lieu dit Ghadîr* Khomm, le Prophète présenta publiquement ‘Alî, devant des dizaines de milliers de personnes, comme le chef et le guide des musulmans après lui. ‘Alî fut donc le confident du Prophète dans ses jours de solitude et son compagnon dans les difficultés et les dangers. Après la mort du Prophète, que Dieu prie sur lui et sa famille, Sa Seigneurie ‘Alî fut écarté pendant près de vingt cinq ans de la direction du gouvernement. Durant toute cette période, il eut l’attitude d’un veilleur faisant obstacle aux déviations. Après l’assassinat du troisième Calife, les Compagnons du Prophète le choisirent pour Calife et les musulmans lui firent serment d’allégeance. Son Califat dura environ quatre ans et neuf mois, au cours desquels il supprima la plupart des changements introduits après la mort du Prophète, rétablissant les choses dans leur état originel. De toutes parts, des éléments opposants, voyant leurs intérêts menacés, levèrent l’étendard de la sédition et, sous prétexte de réclamer justice pour le sang versé du troisième Calife, déclenchèrent de sanglantes guerres fratricides qui occupèrent toute la période du Califat de ‘Alî. Finalement, ils firent tomber en martyr, pendant qu’il faisait sa Prière rituelle, le plus grand homme de l’histoire après l’Envoyé* de Dieu, que Dieu prie sur lui et sa famille. Son dévouement et son esprit de sacrifice pour la religion de Dieu ne connurent pas un moment de relâchement et c’est sous son humble toit que furent élevés des fils tels que Hassan* et Hossayn* et une fille telle que Zaynab, que la Paix soit avec eux, qui marquèrent profondément le cours l’histoire, brandirent dans les ténèbres du monde le flambeau de l’humanité et devinrent les modèles des hommes et des femmes en quête de vérité.

Allâh : Le Nom Allâh, que l’on traduit par Dieu, signifie littéralement La Divinité ou Le Dieu – d’où la première attestation de la profession de foi musulmane, attestation du pur tawhîd* : lâ elâha ella llâh, “point de divinité si ce n’est La Divinité” ou “il n’est de dieu que Dieu” –. Pour les gnostiques* de l’école d’Ibn ‘Arabî (voir note 138 p.86), ce Nom divin réunit synthétiquement en lui tous les Noms et Attributs divins : seul Ce qui comprend toutes les perfections et ne connaît aucune limite peut-être considéré à juste titre comme étant l’Absolu, La Divinité et Le Dieu, car toute réalité limitée, ne serait-ce que par l’absence d’une seule et unique perfection, ne peut être qu’une réalité relative. De ce fait, le Nom Allâh désigne plus particulièrement dans cette école la Présence synthétique de l’Unicité (wâhediyyat), autrement dit la détermination de l’Existence* en tant que principe et synthèse de tous les Noms divins, mais il est aussi parfois employé pour parler de l’Existence en soi ou de la Présence de l’Unité (ahadiyyat), ce qui est possible parce que ces degrés purement métaphysiques de l’Existence ne constituent pas des réalités multiples et séparées (voir à ce propos les importantes notes 28 p.46, 31 p.47 et 36 p.53). (Note du traducteur)

‘Ashûrâ : Dixième jour du mois islamique de moharram, jour anniversaire de la bataille de Karbalâ.

Awliyâ’ : Voir Walî.

Bâqer : Sa Seigneurie Mohammad fils de ‘Alî (57-115hl./ 675-733), que la Paix soit avec lui, surnommé “celui qui pénètre et explicite les sciences” (Bâqer al-‘olûm) est le cinquième des Imams* infaillibles.

Basîdj : Après l’agression armée du régime baathiste irakien contre le territoire de la République islamique d’Iran, le 31 shâhriwar 1359hs./ 22 septembre 1980, la seule force qui pouvait faire face à cette attaque de grande envergure était l’armée. Cette guerre imposée, qui dura huit ans, entraîna, outre la formation et l’organisation du Corps* des Gardiens de la Révolution islamique (sepâh-e pâsdârân), la constitution de forces populaires volontaires du nom de Basîdj (mobilisation) dont les membres, les basîdji‑s, étaient pour beaucoup de jeunes adolescents ou des vieillards. La constitution de la République islamique d’Iran, conformément aux normes islamiques, met à charge du gouvernement de fournir à tous les citoyens, en dehors de l’armée et des forces permanentes du Corps des Gardiens de la Révolution, les moyens d’une formation militaire, de sorte que tous les citoyens aient en permanence la capacité d’assurer la défense armée du pays et du régime de la République islamique. Le peuple iranien s’efforce, en participant aux forces volontaires du Basîdj, de donner le jour à cette “armée de vingt millions d’hommes” que l’Imam Khomeyni appelait de ses vœux.

Basîdji : Combattant volontaire, membre du Basîdj*.

bâzâr : Mot persan signifiant “marché” ; le terme bâzâr désigne de manière générale tout le secteur commercial de l’économie, mais il évoque plus particulièrement des commerces d’une certaine importance ainsi que les marchés couverts et les centres commerciaux où ces commerces sont le plus souvent centralisés. (Note du traducteur)

blâmes discrétionnaires (ta‘zîrât) : Désignent, en droit musulman, les châtiments laissés à la discrétion du juge qui en décide en tenant compte de la situation du coupable, de la gravité de l’infraction et des conditions dans lesquelles elle a été commise, le châtiment ne pouvant pourtant pas excéder une certaine limite déterminée (v. aussi “peines* légales”).

cœur (qalb) : Dans le Coran et dans les propos du Prophète* et des Imams* infaillibles, ainsi que dans le lexique des gnostiques* – lui-même issu de leur méditation du Coran et des hadiths* –, le cœur (qalb) désigne généralement la conscience de l’homme, à la fois siège des sentiments, mais aussi et surtout – contrairement à ce qui est habituellement entendu en Occident – siège de la connaissance : « Des cœurs avec lesquels ils “intelligent” » (Cor. 7.179), « Ils ont des cœurs et ils ne comprennent pas » (Cor. 22.46), « Ne méditent-ils donc pas le Coran, ou bien leurs cœurs sont ils fermés ? » (Cor. 47.24), etc. Il peut aussi désigner plus particulièrement un degré ou une faculté de la conscience humaine occupant une place centrale entre le pur esprit et l’âme attachée au corps et remplissant une fonction d’intermédiaire entre le monde d’ici-bas et l’au-delà – d’où l’on parlera des “deux faces du cœur” –. (Note du traducteur)

Commandeur des fidèles (Amîr al-mo’menîn, parfois abrégé en Hazrat-e Amîr) : Titre de l’Imam ‘Alî* fils d’Abû Tâleb, que la Paix soit avec lui.

Conseil des Gardiens (shûrâ-ye negahbân) : Dans la République islamique, afin de veiller à ce que les lois votées par le Parlement ne soient pas en contradiction avec les prescriptions de l’islam et avec la constitution, un Conseil des Gardiens a été constitué. Il est composé de six Docteurs de la Loi justes et au courant de ces choses et de six juristes spécialisés dans différentes branches du droit. Ses membres sont élus pour une période de six ans. La légitimité de l’Assemblée parlementaire est conditionnée par l’existence de ce Conseil des Gardiens et toutes les lois votées par l’Assemblée doivent être examinées par ce Conseil et obtenir son approbation. (Référence : articles 91 à 94 de la constitution de la République islamique d’Iran).

constitutionnel (mashrûta ; mouvement, révolution, période — ) : Le désordre et l’instabilité de la situation en Iran à la fin du 19e et au début du 20e siècles, le fait que le peuple était harassé par l’iniquité et l’injustice des dirigeants, des agents du colonialisme et des criminels hommes de main de l’Etat, la faiblesse, l’apathie et l’incompétence du roi Mozaffar ad-dîn Shâh Qâdjâr, l’éveil et la prise de conscience du peuple croissants jour après jour, le soulèvement des savants religieux et du clergé, tout cela prépara le terrain pour une révolution – connue sous le nom de “constitutionnelle” (mashrûta) – qui triompha en 1324hl./ 1906, après une longue lutte populaire. Même si ce mouvement n’a pas été ce qu’il aurait dû être, il n’en a pas moins suscité un grand bouleversement dans la structure sociale de l’Iran dans le sens de l’abolition des privilèges de classe, de la ruine des places fortes des courtisans et des grands propriétaires terriens féodaux (khân-s), et de l’instauration de la loi et de la justice. Mais en raison de l’influence d’éléments occidentalisés et de la mise à l’écart du clergé de la scène politique et gouvernementale, le mouvement constitutionnel ne put aboutir au résultat espéré et avec le coup d’Etat de Reza Khân, le père de l’ex-Shâh* d’Iran, la monarchie héréditaire revint au pouvoir.

Corps : Le Corps des Gardiens de la Révolution islamique (Sepah-e pâsdârân-e enqelâb-e eslâmî) est une institution dont la mission est de veiller sur la Révolution islamique et sur ses acquis, de s’efforcer de réaliser toujours plus les idéaux divins dans le respect des lois de la République islamique, d’étendre la souveraineté de la Loi de Dieu, et enfin de renforcer la structure défensive du pays par la coopération avec les autres forces armées et par la formation militaire et l’organisation des forces populaires (Basîdj*).

diya, pl. diyât : Dans le droit musulman, somme versée à titre de dommages et intérêts par celui qui a occasionné une blessure ou la mort de quelqu’un à cette personne même ou à ses héritiers.

djehâd : Une des questions importantes abordées en islam est celle du combat et du djehâd. Ce qui est dit des vertus et excellences multiples attribuées au modjâhed – c’est-à-dire à celui qui fait le djehâd – est digne de retenir l’intérêt. En particulier, la rétribution et la récompense du modjâhed dans l’au-delà sont considérablement plus importantes que celles des autres, et le rang du shahîd* – le martyr tombé lors du djehâd est souvent mis en rapport avec celui des Prophètes* eux-mêmes. Cependant, de toutes les sortes de combats, le plus important et celui qui a le plus de valeur est le combat intérieur contre soi-même, qui est appelé “le grand djehâd” (djehâd-e akbar). C’est le grand djehâd qui actualise en l’homme les plus hautes valeurs et qui est au fondement de tous les autres djehâds. Or ce combat intérieur ne connaît pas de fin : toute sa vie l’homme doit persévérer dans ce djehâd car les passions de l’ego restent toujours et partout à l’affût.

Par ailleurs, il importe de remarquer que le djehâd extérieur est de deux ordres : défensif et offensif. Or, pour l’Imam Khomeyni, le djehâd offensif – fait dans le but de répandre la vérité et la justice, et, conjointement, de mettre fin à l’obscurantisme de toute idolâtrie et à l’oppression des mostakberîn* de toutes sortes – ne peut avoir lieu que sous la conduite du Prophète ou de l’un des Imams* infaillibles, car c’est leur infaillibilité qui garantit que le combat est bien pour la vérité et la justice. Pendant la période actuelle, donc, qui est celle de l’occultation de l’Imam Mahdî*, que Dieu hâte son retour, seul reste légitime le djehâd défensif, car la défense est une prescription permanente et inconditionnelle aussi bien de la raison que de la Loi révélée. (Complément de note du traducteur)

djeziya : Dans le droit musulman, contribution demandée aux “gens du Livre” – c’est-à-dire, pour l’essentiel, les Chrétiens et les Juifs – en contrepartie du fait qu’ils vivent sous la protection de l’islam et en considération du fait qu’ils ne sont pas astreints comme les musulmans au payement du khoms* et de la zakât*. La djeziya est prélevée annuellement, soit sur les personnes – djeziya proprement dite –, soit sur les terres – appelée alors kharâdj* –, et l’évaluation de sa valeur est à la charge de l’autorité islamique qui l’établit en tenant compte de la situation et de la condition de chacun. (Complément de note du traducteur)

edjtehâd : Dans la terminologie du droit musulman, l’edjtehâd désigne l’effort fait par les Docteurs de la Loi pour déduire les prescriptions légales à partir des données de la Révélation, selon une méthodologie qui est étudiée dans la science des sources du droit (osûl ol-feqh). Tout savant religieux qui a qualité pour faire cet effort de déduction est un modjtahed. Pendant la période d’occultation de l’Imam Mahdî*, que Dieu hâte son retour, puisqu’il n’est pas possible de soumettre les questions qui se posent à l’Imam* infaillible ou à l’un de ses représentants désignés, ce sont les modjtahed-s qui sont chargés de répondre à ces questions. Toute personne qui n’est pas qualifiée pour pratiquer elle-même l’edjtehâd doit donc s’en référer à un modjtahed, qui doit nécessairement être vivant puisqu’il doit pouvoir répondre à des questions nouvelles, et qui doit en principe être le plus compétent d’entre eux. S’en référer ainsi à un modjtahed s’appelle le taqlîd – c’est-à-dire “l’imitation” – et le modjtahed qui est suivi est dit mardja‘ taqlîd – c’est-à-dire “référence ou source d’imitation” –. A chaque époque, un ou plusieurs modjtahed-s, reconnus comme étant les plus savants, assument la mardja‘iyya ou fonction de mardjâ‘. (Note du traducteur)

Envoyé (rasûl) : Désigne certains Prophètes* qui, en plus de leur fonction prophétique de révélation, ont la mission de transmettre un “message” qui peut être destiné à un groupe déterminé ou à l’humanité entière. Parmi eux, les plus importants – désignés comme ûlû l-‘azm, ceux qui sont doués de fermeté – sont Noé, Abraham, Moïse, Jésus et Mohammad, que la Paix soit avec eux. C’est du Prophète Mohammad, que Dieu prie sur lui et sa famille, qu’il est question lorsque l’on parle de “l’Envoyé de Dieu” – sans plus de précision – ou du “plus noble Envoyé”. (Note du traducteur)

existence (wodjûd, hastî) : L’Imam Khomeyni était un maître éminent en théosophie* et en gnose*, se rattachant expressément aux écoles de Mollâ Sadrâ (m.1050hl./ 1640, voir note 870 p.214) et d’Ibn ‘Arabî (m.638hl./ 1240, voir note 871 p.219). Pour ces deux écoles, ce qui constitue le fondement même de la réalité de toute chose, c’est son wodjûd, son “existence”, ce que l’on constate par le pur et simple fait que cette chose est au lieu de ne pas être. C’est ce fait d’être – ou d’exister – qui fait qu’une chose est bien réelle, qu’elle se trouve là, à quelque niveau de réalité que ce soit. Quant à la “nature” de toute chose, autrement dit la définition de “ce qu’elle est”, elle n’est autre qu’une détermination et une délimitation du pur et simple fait d’être. Autrement dit, toutes les réalités, à tous les degrés – matériels, psychiques, intellectuels, spirituels, etc. – ne sont que des manifestations déterminées d’une Réalité unique qui est purement et simplement l’Existence en Elle-même, Celui qui est. Le terme existence sera donc écrit avec une majuscule lorsqu’il désigne “l’Existence absolue et indéterminée”, et avec une minuscule lorsqu’il s’applique aux manifestations de cette unique Réalité, c’est-à-dire aux multiples “degrés de l’existence”.

Pour traduire le terme arabe wodjûd, la scolastique médiévale utilisait le latin esse, dont l’équivalent français est le mot être. Malgré cela, le mot existence a été généralement préféré ici au mot être, car il est plus expressif et moins ambigu en français contemporain où l’on parlera plus facilement de l’existence d’une chose que de son être, et où l’on désignera “ce qui se trouve là dans la réalité” comme étant l’existence, plutôt que l’être. Il faut cependant être attentif à deux points. D’abord, que le mot existence perd alors son sens étymologique – qui n’est d’ailleurs pas pris en compte dans le français contemporain –, et qu’il ne s’applique donc pas uniquement à “ce dont l’existence provient d’autre que lui”, mais couvre au contraire – comme le terme arabe wodjûd – tout le domaine de la réalité, depuis les réalités les plus inférieures jusqu’à la Réalité suprême. Ensuite, et surtout, qu’il n’y a pas le moindre rapport entre cette doctrine métaphysique de la fondamentalité et de l’unicité de l’Existence – où l’Existence est non seulement une réalité en soi, mais même la seule et unique réalité, dont toute réalité n’est qu’une manifestation déterminée – et les philosophies dites “existentialistes”, qui n’envisagent l’existence que dans le cadre d’une phénoménologie possible de l’existence humaine et non pas comme la clé de voûte de toute la métaphysique (voir aussi les importantes notes 28 p.46, 31 p.47 et 36 p.53). (Note du traducteur)

estekbâr : voir mostakber.

Experts (Assemblée des — , madjles-e khobregân) : Dans le régime de la République islamique, la gestion des affaires doit se faire en se basant sur l’opinion publique s’exprimant par les élections, qu’elles soient présidentielles, parlementaires ou autres. Dans les cas où prendre l’avis de la majorité n’est pas possible ou qui nécessitent études et débats, le peuple désigne des experts qui ont son appui – tels que les “Experts de la constitution”, les “Experts de la fonction de guide”, etc. –, lesquels se réunissent dans une “Assemblée des Experts” pour débattre du sujet en question.

Fâtema : Sa Seigneurie Fâtema, que la Paix divine soit avec elle, – surnommée aussi Zahrâ (la Radieuse ou Resplendissante), Seddîqa (la Sincère), Omm Abîhâ (mère de son père), etc. – est la fille du noble Prophète* de l’islam, née à La Mecque cinq ans après le début de sa mission. Elle est aussi la femme de l’Imam ‘Alî*, premier des Imams* infaillibles, et la mère de l’Imam Hassan* et de l’Imam Hossayn*, les deuxième et troisième Imams, que la Paix soit avec eux tous. Il n’est pas possible d’évoquer ici toutes les qualités et vertus de celle qui est la plus grande personnalité féminine de toute l’histoire du monde, la Dame des femmes du Paradis et le modèle parfait de la femme musulmane. Elle s’est tenue aux côtés de son père et de son époux dans les périodes les plus pénibles et agitées. Après la mort de son noble père et la mise à l’écart de son mari, elle eut à endurer des épreuves déchirantes de la part de gens qui prétendaient être musulmans. Elle y laissa la vie et partit rejoindre son père après quelques mois de ce martyre.

fatwâ : Décret juridique émis par un modjtahed*. (Note du traducteur)

Fayziyya : Nom de la hawza* de Qom fondée par le Grand Ayatollâh Hâ’erî, maître de l’Imam Khomeyni. Elle fut le cœur palpitant de la Révolution islamique. (Note du traducteur)

Gardiens (— de la Révolution, — de l’islam ; pâsdârân-e enqelâb, pâsdârân-e eslâm) : voir Corps* des Gardiens de la Révolution.

Gens de la Demeure (ahl al-bayt) : Un verset du Coran énonce : « Dieu n’a d’autre intention que d’écarter de vous toute souillure, ô Gens de la Demeure, et de vous purifier totalement » (Cor. 33.33). En arabe, le terme ahl al-bayt désigne la proche parenté de quelqu’un, mais les circonstances de la révélation de ce verset montrent qu’il fut tout particulièrement révélé à propos du Prophète* lui-même, de sa fille Fâtema*, de son gendre et cousin ‘Alî*, et des deux fils de ces derniers, Hasan* et Hossayn*, que la Paix soit avec eux tous (Parmi les références sunnites, on pourra se référer aux Sonan de Termedhî, bâb manâqeb ahl al-bayt). Par ailleurs, le Prophète a solennellement déclaré à plusieurs reprises que la communauté musulmane devait, pour ne pas s’égarer après lui, s’en tenir strictement au Livre de Dieu et aux ahl al-bayt, qu’il appelait “les deux Trésors” (theqlayn ou thaqalayn) : « Ils ne se sépareront pas, disait-il, jusqu’à ce qu’ils vien­nent me rejoindre au Bassin [paradisiaque] » (voir p.99s., en particulier les références données dans la note 113). Cette dernière précision indique que, jusqu’à la fin des temps, il y aura toujours dans la descendance du Prophète une personne infaillible – puisque ne se séparant en rien du Coran – apte à assurer la guidance de la communauté musulmane. Ces Imams* de la guidance ont été par ailleurs désignés, sur ordre de Dieu, par le Prophète et par chacun des Imams après lui. Ce sont ces personnes infaillibles qui constituent donc proprement les Gens de la Demeure du Prophète. (Note du traducteur)

Ghadîr : La fête de Ghadîr est la commémoration d’un événement qui s’est passé le 18 dhû l-hedjdja 10hl./ 632, au retour du Pèlerinage qui précéda de quelques mois la mort du Prophète* (dit pour cette raison Pèlerinage de l’adieu, hedjdjat al-wadâ‘). Arrivé à un endroit nommé Ghadîr Khomm (l’étang ou la mare de Khomm), endroit situé entre La Mecque et Médine à partir duquel différents groupes devaient se séparer pour prendre chacun une direction, le Prophète, que Dieu prie sur lui et sa famille, fit rassembler tous les musulmans présents, fit dresser une chaire de fortune et fit un prône (appelé prône de l’adieu, khotbat al-wadâ‘). A un moment, il prit la main de Sa Seigneurie ‘Alî*, que la Paix soit avec lui, la leva et annonça : « Celui dont je suis le maître, ‘Alî en est le maître ; Seigneur, sois l’ami de son ami et l’ennemi de son ennemi ! ». Il ordonna ensuite à tous les présents, qui étaient des dizaines de milliers, d’aller prêter allégeance à Sa Seigneurie ‘Alî (Parmi les nombreuses relations sunnites plus ou moins complètes de cet événement, on pourra se référer aux Sonan de Termedhî, bâb manâqeb ‘Alî). La commémoration de cet événement majeur que constitue la nomination officielle de l’Imam ‘Alî est donc une des plus grandes fêtes de l’islam : la fête de la Welâyat* et de l’Imamat* comme prolongement de la Prophétie, la fête de la continuité assurée de la religion de Dieu, n’en déplaise aux mécréants et aux hypocrites. C’est pourquoi les shiites se congratulent à cette occasion, le 18 dhû l-hedjdja de chaque année, en répétant : « Loué soit Dieu qui a fait de nous des gens attachés à la Welâyat du Commandeur des fidèles, ‘Alî fils d’Abû Tâleb ».

gnose (‘erfân) : Le mot arabe ‘erfân signifie connaissance, car la science qui est désignée par ce terme vise pour l’essentiel à la connaissance de Dieu, de Ses Noms et Attributs et du lien qui unit toute chose à Lui. Seulement, à la différence de la théologie, le but de la gnose est une connaissance “présentielle”, une connaissance vécue et goûtée, et non pas une simple connaissance représentative et théorique. Autrement dit, la connaissance des grands gnostiques était le fruit, non pas de leur réflexion, mais de leur réalisation spirituelle et des révélations, dévoilements et contemplations qui s’ensuivaient. Les fruits de ces dévoilements et contemplations constituent la base de ce que l’on appelle la gnose “spéculative” (‘erfân nazarî), enseignement “théorique” qui doit servir de base au gnostique pour son Pèlerinage spirituel, lequel relève de la gnose “opérative” (‘erfân ‘amalî). Ce Pèlerinage spirituel, qui a donc pour but de permettre au gnostique de “réaliser” au moins en partie ce dont il a déjà eu un “avant-goût”, est une voie de combat intérieur visant à supprimer l’ego – le “moi” – afin de laisser toute la place à “Lui”, le Principe Un.

L’école à laquelle se rattache l’Imam Khomeyni, et qui domine d’ailleurs toute la gnose spéculative en islam, est celle d’Ibn ‘Arabî (m.638hl./1240), dont le fondement doctrinal est la wahdat al-wodjûd ou “unicité de l’existence* ”. (voir aussi théosophie) (Note du traducteur)

gnostique (traduction du nom ‘âref, pl. ‘orafâ’, ou de l’adjectif ‘erfânî) : voir “gnose”.

hadith : Propos du Prophète* ou de l’un des Imams* infaillibles de sa descendance. (Note du traducteur)

Hadjdj : Pèlerinage à La Mecque ; c’est une obligation pour tout musulman ­– s’il en a la possibilité – de l’accomplir au moins une fois dans sa vie. Les rites du Pèlerinage se déroulent une fois par an, les 8e, 9e et 10e jours du mois lunaire de Dhû l-hedjdja. Une partie de ces rites ont pour cadre La Mecque elle-même et une autre partie se déroulent en divers lieux des alentours de ce centre spirituel, en particulier autour de la colline de ‘Arafât, où se situe le point culminant du Pèlerinage. (Note du traducteur)

Hassan : L’Imam Hassan, que la Paix soit avec lui, surnommé al-Modjtabâ, l’Elu, est le deuxième Imam* infaillible, né en l’an 3 de l’hégire (625) et mort en martyre, empoisonné, en 50hs./ 672. Il est le fils de l’Imam ‘Alî* et de Fâtema*, fille bien aimée du noble Prophète,* que la Paix soit avec eux. Il avait quarante cinq ans lorsque, après le martyre de son père, il devint Calife de l’islam, dans une situation tendue, troublée, conflictuelle et complexe. Il poursuivit la guerre déclenchée contre son père, l’Imam ‘Alî, que la Paix soit avec lui, par Mo‘âwiya*, fondateur de la dynastie omayyade, mais abandonné de toutes parts et n’ayant plus autour de lui que quelques fidèles, il fut contraint de faire la paix et d’abandonner le Califat extérieur. Il se retira alors à Médine, se consacrant à réformer la communauté musulmane et à tenter de la prévenir des dangers qui la menaçaient de l’intérieur. C’est cette activité religieuse militante qui amena Mo‘âwiya à le faire empoisonner.

hawza : Ecole de formation des savants religieux shiites. (Note du traducteur)

Hazrat-e Amîr : désigne Sa Seigneurie le Commandeur* des fidèles, ‘Alî* fils d’Abû Tâleb, que la Paix soit avec lui.

hezbollâh : Voir parti* de Dieu.

Hodjatoleslâm et Hodjatoleslâm wa l-moslemîn : Titres donnés à des savants religieux qui ne sont pas encore modjtahed-s, ces derniers étant désignés par le titre d’Ayatollâh. (Note du traducteur)

Hossayn : L’Imam Hossayn, que la Paix soit avec lui, nommé aussi “Seigneur des martyrs”, est le troisième Imam* infaillible, second fils de l’Imam ‘Alî* et de Fatema*, que la Paix soit avec eux, né en l’an 4 de l’hégire (626). Devenu Imam après la mort de son frère Hassan*, que la Paix soit avec lui, il vécut dix années sous le règne de Mo‘âwiya*, mais à la mort de celui-ci, il fut amené à se soulever contre son fils et successeur Yazîd. Ce dernier, ne respectant pas même en apparence les principes les plus élémentaires de l’islam, était notoirement un débauché pervers et dépravé, mais il n’en prétendait pas moins obtenir un serment d’allégeance de l’Imam Hossayn. En 61hl./ 678, à la tête d’une petite troupe et de presque tous les membres de sa famille, femmes et enfants compris, il partit à la rencontre de son destin. Vite trahi et abandonné par ceux-là mêmes qui avaient fait appel à lui, n’ayant plus à ses côtés qu’une poignée de fidèles et ses proches, il n’en fit pas moins vaillamment face à une armée omayyade qui se comptait par milliers. Le 10 du mois de moharram, encerclés depuis plusieurs jours en un lieu dit Karbalâ, privés d’eau sous le soleil des déserts d’Irak, les quelques soixante-dix hommes valides qui l’entouraient se sacrifièrent les uns après les autres pour défendre leur Imam et les femmes de la famille du Prophète*. Resté seul, l’Imam Hossayn partit recevoir sa couronne de Seigneur des martyrs et succomba après un combat acharné. L’armée omayyade se rua alors, dépouillant et mutilant les cadavres, assaillant et pillant le campement où, en dehors d’un seul homme terrassé par une maladie – il s’agissait de l’Imam Sadjdjâd, fils de l’Imam Hossayn, que la Paix soit avec eux – ne se trouvaient plus que des femmes et des enfants sans défense qu’ils emmenèrent dans une longue déportation. Ce sera alors à la sœur de l’Imam Hossayn, Zaynab, que la Paix soit avec elle, de jouer le rôle que la destinée lui avait réservé : celui de parachever en la rendant célèbre la victoire de Karbalâ, cette victoire du sang des martyrs sur le sabre des iniques qui vit depuis lors dans le cœur de tout fidèle du Prophète* et des Imams de sa famille. (Complément de note du traducteur)

Imam (Imam infaillible) : Le terme emâm désigne celui qui est au devant d’un groupe et le guide. Ainsi, toute personne qui dirige la Prière rituelle est un emâm. Par excellence, le terme désigne le chef et guide de la communauté musulmane toute entière. A la mort du Prophète*, que Dieu prie sur lui et sa famille, tous les musulmans étaient à l’unanimité d’accord sur le fait qu’il fallait à la communauté musulmane un chef pour la diriger. Mais il y avait divergence sur la désignation de la personne qui devait assumer la Lieu-tenance du Prophète et l’Imamat de la communauté, divergence qui se doublait d’une conception totalement différente du rôle et des fonctions de l’Imam : est-il simplement un individu que l’on choisit pour être en charge de l’exécutif ou bien l’Imam est-il, après la fin de la Prophétie, investi par Dieu de la mission de guider la communauté aussi bien dans les affaires spirituelles que temporelles ?

C’est cette dernière conception qui était défendue par l’Imam ‘Alî*, par Fâtema*, puis par les Imams de leur descendance, que la Paix soit avec eux : l’Imam est investi par Dieu, qui lui donne la connaissance de tout ce dont il a besoin dans sa mission – en particulier celle du Livre de Dieu et de la Sunna* – et qui le préserve de toute erreur et de toute faute, aussi bien dans la compréhension que dans l’application et la mise en œuvre de la religion. Cette infaillibilité de l’Imam est en effet une condition indispensable pour que la religion ne soit pas exposée à une déviation inévitable dès lors qu’elle tombe entre les mains de gens qui ne sont pas à l’abri de l’erreur et du jeu trouble des passions humaines. Obéissant à l’ordre de Dieu, le Prophète, que Dieu prie sur lui et sa famille, avait solennellement désigné l’Imam ‘Alî, que la Paix soit avec lui, comme Imam de la communauté : cela se passait au retour du Pèlerinage de l’adieu en un lieu nommé Ghadîr* Khomm. Le Prophète avait d’ailleurs déjà annoncé auparavant à plusieurs reprises et en des termes divers cette succession, tout comme il avait souvent déclaré qu’il laissait en héritage, pour la guidance de la communauté, deux trésors inséparables, le Coran et les Gens* de sa Demeure, que la Paix soit avec eux. Il avait de même aussi annoncé qu’il aurait après lui douze Lieu-tenants qui maintiendraient la religion comme il se doit (voir, entre autres, Sahîh Moslem, ketâb al-emâra, hadiths 5 à 10). Après lui, chacun de ces douze Imams infaillibles, obéissant à l’ordre d’investiture divine, désigna son successeur jusqu’au dernier d’entre eux : l’Imam Mahdî*.

Cependant, malgré les déclarations explicites et répétées du Prophète, un groupe de musulmans réussit à écarter l’Imam ‘Alî et à imposer sa propre vision des choses. Lorsque dans ses derniers instants, le Prophète voulut mettre par écrit pour la communauté ses dernières recommandations pour qu’elle ne s’égare pas, le leader de ce groupe, ‘Omar ibn al-Khattâb, s’opposa à ce que l’on apporte de quoi écrire, prétextant que le Prophète était dominé par la maladie et que, selon ses propres termes, « le Livre de Dieu nous suffit » (On pourra trouver la relation de cet événement dans les sources sunnites, par exemple dans le Sahîh de Bokhârî, K. al-‘elm, bâb 39 et K. al-marzâ, bâb 17, qui correspondent respectivement au v.1 p.56 hadith 4 et v.4 p.58-59 de la traduction française). Le Prophète mort, il fit désigner “par surprise” Abû Bakr comme chef de la communauté, et ce dernier lui remit par la suite le pouvoir à sa mort. L’Imam ‘Alî se refusa pendant quelque six mois à prêter serment à Abû Bakr, mais diverses circonstances l’amenèrent ensuite à s’incliner devant un état de fait qu’il n’a cependant jamais cessé de dénoncer comme une déviation de l’islam originel et authentique, tout comme le dénoncèrent après lui les petit-fils du Prophète, que Dieu prie sur lui et sa famille, Hassan*, Hossayn* et tous les Imams infaillibles de la descendance du Prophète, que la Paix soit avec eux. (Note du traducteur)

Imamat : Voir Imam et aussi le début du chapitre Imamat et shiisme, p.137s.

Infaillible : voir “Imam”.

Kaaba (Kaaba des espoirs) : Il s’agit d’une construction de forme à peu près cubique qui se trouve au centre de La Mecque. Cette construction s’élève sur l’endroit qui fut le premier centre spirituel de l’humanité, à l’époque du premier Prophète* et premier homme, Adam (voir Cor. 3.96). Ce temple, appelé aussi Sainte Maison de Dieu (bayt Allâh al-harâm), a été réédifié par le Prophète Abraham et son fils, le Prophète Ismaël, qui avait grandi dans cette région suite à l’exil de sa mère Agar (voir Cor. 2.127). Bien que ce Saint Temple ait ainsi été consacré au plus pur monothéisme depuis les temps les plus anciens, les Arabes, gagnés par l’idolâtrie, l’avaient peu à peu rempli de quantité d’idoles. Le Prophète Mohammad, que Dieu prie sur lui et sa famille, l’a vidé de ces idoles et l’a restauré dans sa vocation première. C’est en direction de ce temple que les musulmans doivent se tourner, en quelque endroit du monde qu’ils se trouvent, pour accomplir leurs Prières rituelles, et c’est aux alentours de ce temple aussi que se déroulent plusieurs rites du Hadjdj*. Tous les musulmans du monde aspirent donc à atteindre ce centre spirituel suprême et, de ce fait, le terme de “Kaaba des espoirs” sert d’image pour désigner tout ce qui est l’objet d’une aspiration intense. (Note du traducteur)

Kâfî : Le Kâfî ou Celui qui suffit – sous entendu en matière de hadith* – est un des quatre principaux recueils shiites de hadiths (les “quatre livres”). Il est l’œuvre de Mohammad b. Ya‘qûb b. Ishâq al-Kolaynî ar-Râzî (m. 328 ou 329hl./»940), surnommé “l’homme de confiance de l’islam” (theqato l-eslâm). Il est l’un des grands collecteurs de hadiths, le maître des maîtres shiites en ce domaine, et le premier des rédacteurs des “quatre livres”. Il passa de longues années de sa vie à recueillir les hadiths qu’il intégra dans les trois parties de son grand livre : deux volumes pour les osûl ou fondements dogmatiques, sept pour les forû‘ ou branches de la pratique et un volume complémentaire qui réunit divers hadiths n’ayant pu trouver leur place ailleurs (rawza).

Karbalâ : endroit situé au bord de l’Euphrate qui fut, le 10 moharram 61hl./ 680, le lieu du martyr de l’Imam Hossayn* et de ses compagnons. Depuis ce jour, pour les fidèles de la famille du Prophète*, la première décade du mois de moharram, et en particulier le dixième jour, dénommé ‘Ashûrâ, est une période de deuil et de commémoration de cet extraordinaire martyre.

khân : Grands propriétaires terriens féodaux.

kharâdj : Désigne en droit musulman les revenus de terres qui sont soit propriété de l’Etat islamique, soit propriété de la communauté musulmane dans son ensemble et sous la gestion de l’Etat islamique. L’Etat peut louer ou affermer ces terres et leurs revenus constituent une des recettes du budget. Le terme kharâdj peut aussi désigner la djeziya* lorsque cet impôt est prélevé sur les terres au lieu d’être prélevé sur les personnes. (Note du traducteur)

khoms : Impôt prescrit par l’islam ­– voir Cor. 8.41 : « Sachez que de tout ce que vous gagnez, le cinquième revient à Dieu, à l’Envoyé,* au proche parent, aux orphelins, aux miséreux et aux voyageurs » –, mais que seuls les shiites ont conservé.

Il porte sur sept catégories de biens, avec des conditions propres à chaque catégorie : 1. les prises faites lors de guerres contre les infidèles ; 2. les minerais ; 3. les trésors, c’est-à-dire les biens enfouis qui ont été découverts ; 4. les produits précieux tirés de la mer – tels que perles et coraux – ; 5. les biens acquis licitement mais qui se trouvent mêlés à des biens acquis illicitement, dans le cas où il ne peuvent être distingués et où ni la valeur, ni le propriétaire légitime des biens illicitement acquis ne sont connus ; 6. les terres achetées à un musulman par un infidèle vivant sous la protection de l’islam (dhemmî*) ; 7. la part des rentrées annuelles qui reste après déduction des frais et dépenses de l’année.

Le khoms est constitué de six parts dont trois reviennent à l’Imam* de chaque temps – actuellement l’Imam Mahdî*, que Dieu hâte sa réapparition –, les trois autres parts revenant aux pauvres sayyeds*. Les trois parts qui reviennent à l’Imam infaillible sont, l’une réservée à Dieu, l’autre au Prophète* et la troisième à l’Imam lui-même, mais on les nomme ensemble “part de l’Imam”. Dans la période actuelle d’occultation de l’Imam Mahdî*, elles reviennent aux modjtahed-s réunissant les conditions qui les utiliseront pour répandre les connaissances et la culture islamiques ou pour couvrir les besoins du gouvernement islamique dans des budgets qui vont en ce sens. (v. aussi kharâdj, zakât). (Complément de note du traducteur)

Mahdî : l’Imam Mahdî, c’est-à-dire le Bien-Guidé, est le douzième des Imams* infaillibles de la famille du Prophète*, que Dieu prie sur lui et sa famille. Fils de l’Imam Hassan al-‘Askarî et de la princesse byzantine Nardjes, il est né le 15 sha‘bân 255hl./ 869. Son Imamat commença alors qu’il n’était pas âgé de plus de cinq ans et dure encore de nos jours, la vie de l’Imam étant miraculeusement conservée et prolongée par Dieu : il est ainsi l’Imam et l’Argument (al-Hodjdja) de Dieu en notre temps. En raison des conditions de l’époque et conformément à la volonté divine, l’Imam Mahdî fut amené à vivre dans l’incognito et la clandestinité. Cette ghaybat – “disparition” ou “occultation” de l’Imam – fut d’abord relative : pendant environ soixante-dix ans, les fidèles de l’Imam gardèrent un contact officiel avec lui par l’intermédiaire de représentants désignés. Mais ensuite la clandestinité et l’incognito furent complets et il n’y eut plus de représentant officiel. Cette situation dure encore et durera jusqu’à la période prévue par Dieu pour la réapparition publique de cet Imam qui est le Mahdî annoncé par le Prophète comme devant venir pour faire triompher la Vérité sur l’erreur et « remplir la terre de justice et d’équité comme elle fut auparavant remplie d’injustice et d’iniquité » (Pour les références sunnites de ce hadith, voir par exemple les Sonan d’Abû Dâwûd, bâb al-Mahdî). La réapparition du Mahdî et ses combats seront les derniers maillons de la série de combats des gens de la Vérité contre ceux de l’erreur. Autrement dit, le combat des gens de la Vérité se poursuivra tout au long de l’histoire jusqu’au jour où les conditions seront réunies pour que le Mahdî promis et attendu vienne faire aboutir ces luttes à leur résultat final et qu’un soleil de Vérité et de Justice illumine l’humanité : ce sera alors le jour de la maturité spirituelle, intellectuelle, morale et sociale de l’homme, le jour du soulagement et de la délivrance que l’on prie Dieu de hâter pour l’Imam Mahdî, que la Paix soit avec lui, et pour l’humanité.

marâdje‘ : voir edjtehâd.

mardja‘, pl. marâdje‘ : voir edjtehâd.

Mo‘âwiya : Mo‘âwiya fils d’Abû Sofyân fut le fondateur de la dynastie omayyade qui a introduit en islam une monarchie héréditaire et un système aristocratique en contradiction flagrante avec ses fondements doctrinaux.

modjâhed, pl. modjâhedîn : Ceux qui font le djehâd*.

Modjâhedîn du peuple : voir monâfeqîn.

modjtahed, pl. modjtahedîn : Celui qui est qualifié pour faire l’edjtehâd*.

monâfiq, pl. monâfiqîn : Terme coranique qui désigne les “hypocrites” qui, sous des dehors islamiques, sont en fait occupés à détruire ou à faire dévier l’islam. En Iran, il désigne plus particulièrement les membres et partisans de “l’Organisation des modjâhedîn du peuple”, fondée en 1344hs./ 1965 pour lutter contre le Shâh*. Du fait que ses dirigeants étaient ignorants des principes et enseignements à caractère universel et intégral de l’islam, cette organisation opta pour une idéologie syncrétiste et se dressa rapidement, après la victoire de la Révolution islamique, contre les forces révolutionnaires, assassinant un grand nombre de serviteurs du peuple, en particulier parmi les clercs engagés et les meilleurs éléments de la jeunesse. Les dizaines de bombes qu’ils ont fait exploser dans tout l’Iran et les incendies de maisons et d’autobus remplis d’une population innocente ont fait couler un torrent de sang. Ce groupe n’a écarté aucune manœuvre pour tenter de faire tomber le régime de la République islamique. Après bien des péripéties, ce mouvement fut brisé par les forces révolutionnaires et certains de ses membres partirent chercher refuge à l’étranger : eux qui se montraient un temps comme anti-impérialistes et craignaient que leur véritable nature ne soit dévoilée, les voilà aujourd’hui en train de finir ignominieusement leurs tristes jours dans les bras de l’impérialisme. Leur présence inconditionnelle aux côtés des troupes de Saddam tout au long de la guerre qu’il imposa à l’Iran et à l’islam a si bien dévoilé leur hypocrisie que le peuple iranien, lorsqu’il parle de ce groupe terroriste, les désigne purement et simplement comme “les hypocrites”.

mostakber, pl. mostakberîn : Ceux qui “se gonflent” d’orgueil, qui se montrent arrogants et se prennent pour grands. Le terme ou des termes apparentés – formes dérivés de la racine KBR – reviennent souvent dans le Coran. Cette attitude arrogante est le plus souvent envisagée par rapport à Dieu, mais aussi par rapport aux autres hommes. En effet, les mostakberîn sont avant tout ceux qui sont trop orgueilleux pour se soumettre à la volonté divine, à commencer par le Diable (Eblîs, v. Cor. 2.34 ; 38.74), Pharaon (Cor. 7.133 ; 10.75 ; 23.46 ; 28.39 ; 29.39) et tous ceux qui ont refusé de répondre à l’appel des divers Prophètes* (Cor. 7.75-76, 88 ; 41.15 ; 71.7 ; etc.). Dans plusieurs versets « ceux qui se gonflent d’orgueil » sont clairement mis en opposition avec « ceux qui ont la foi et font œuvre de bien » (Cor. 4.173 ; 7.36, 40). Par ailleurs, ces mostakberîn sont aussi des puissants qui, non content de se montrer eux-mêmes arrogants et insoumis, veulent aussi empêcher ceux qu’ils dominent – les faibles (zo‘afâ’, v. Cor. 14.21 ; 40.47-48) ou “ceux qui sont mis en situation de faiblesse” (alladhîna stoz‘efû, v. Cor. 7.75-76 ; 34.31-33) – de se soumettre à la volonté divine. L’Imam Khomeyni a remis en usage cette terminologie coranique, car le terme qui vaut pour le Pharaon de l’époque de Moïse s’applique tout aussi bien, en chaque époque, à toute autorité qui domine et exploite les fidèles, et s’oppose de toutes ses forces et par tous les moyens à ce qu’ils suivent la volonté de Dieu et même à ce qu’ils en prennent connaissance. A notre époque, cette attitude est représentée par toutes les puissances coloniales ou néo-coloniales, et au premier chef par l’Amérique. (Note du traducteur)

mostaz‘af, pl. mostaz‘afîn : Les faibles, ou plus précisément “ceux qui sont mis en situation de faiblesse”. Il est en particulier appliqué dans le Coran pour parler de la situation des Fils d’Israël sous le joug de Pharaon (Cor. 7.137 ; 8.26). Un verset du Coran dit à leur propos : « Nous voulons combler de grâces ceux qui ont été mis en situation de faiblesse sur terre : en faire des Imams et les héritiers, les rendre puissants sur terre et faire voir à Pharaon, à Hâmân et à leurs armées ce qu’ils redoutaient de leur part » (Cor. 28.5-6). De nombreux hadiths* des Imams* déclarent expressément que la promesse contenue dans ces versets s’applique aussi aux Gens* de la Demeure du Prophète* et à leurs partisans, parce que « les pieux d’entre nous, Gens de la Demeure, et leurs fidèles sont dans la même position que Moïse et ses partisans, et nos ennemis et leurs partisans sont dans la position de Pharaon et de ses partisans » (voir Tafsîr as-Sâfî, de Mohsen Fayz Kâshânî, v.4 p.81). Cette promesse trouvera donc sa pleine réalisation lors du soulèvement du Mahdî*. (Note du traducteur)

Nahdj al-balâgha (La Voie de l’éloquence) : Recueil de propos du Commandeur des fidèles ‘Alî fils d’Abû Tâleb, que la Paix soit avec lui, le premier des Imams* infaillibles, propos réunis par le Sharîf ar-Râdî Mohammad b. al-Hossayn (m. 406hl./ 1016). Certains grands savants religieux ont nommé ce recueil “le frère du Coran”. A l’instar du Coran, les propos de l’Imam ‘Alî réunissent – autour des trois axes Dieu, le monde et l’homme – des thèmes métaphysiques, spirituels, scientifiques, éthiques, sociaux, politiques, etc., dans une langue d’une incomparable éloquence. Plus de cent commentaires de ce livre ont été rédigés à ce jour, ce qui donne une idée de l’importance qui y est attachée.

Pahlavi : Nom dynastique pris par Rezâ* Khân et son fils Mohammad Rezâ Shâh*. (Note du traducteur)

parti de Dieu (hezbollâh) : Expression qui se retrouve à deux reprises dans le Coran : « Ceux qui s’attachent à Dieu, à Son envoyé et à ceux qui ont la foi : certes le parti de Dieu est gagnant » (Cor. 5.56 ) ; « Tu ne trouveras pas des gens ayant foi en Dieu et au Jour dernier qui éprouvent de l’affection pour ceux qui s’opposent à Dieu et à Son envoyé, même s’il s’agit de leurs pères, de leurs fils, de leurs frères ou de leur parenté. Dieu a inscrit la foi en leurs cœurs et les a confortés d’un esprit de Sa part. Il les fera entrer dans des Jardins paradisiaques où coulent des rivières et ils y resteront éternellement. Dieu est satisfait d’eux et ils sont satisfaits de Lui. Ceux-là sont le parti de Dieu : n’est-il pas vrai que ceux du parti de Dieu sont ceux qui réussissent ? » (Cor. 58.22). Ces versets excluent explicitement du parti de Dieu les musulmans qui ne sont pas solidaires des autres fidèles, et surtout ceux qui s’entendent avec les ennemis de Dieu et pactisent avec les mostakberîn. C’est en ce sens large qu’il est le plus généralement entendu par l’Imam Khomeyni, et il ne désigne alors aucune organisation structurée. D’autres fois, il évoque au contraire certaines formations qui ont pris ce nom, en particulier le Hezbollâh libanais. (Note du traducteur)

peines légales (hodûd) : désigne en droit musulman les peines corporelles immuablement fixées par la Loi révélée pour certains délits et crimes spécifiques (v. aussi “blâmes* discrétionnaires”).

Prophète (nabî, payâmbar, peygambar) : Pour former les hommes, Dieu suscite parmi eux des Prophètes, c’est-à-dire des humains qui, en raison de leur haute réalisation spirituelle, peuvent transmettre de Sa part et enseigner à l’humanité, ou à une portion d’entre elle, les vérités qu’il leur faut connaître et les actes qu’il leur faut accomplir – actes cultuels et comportements sociaux – pour assurer leur bonheur aussi bien en ce monde que dans l’au-delà. Lorsqu’il est question du “Prophète” sans plus de précision, il s’agit du Prophète Mohammad, que Dieu prie sur lui et sa famille. Celui-ci est aussi désigné comme “Sceau* des Prophètes” parce que sa mission est venue définitivement sceller la lignée ininterrompue de Prophètes qui se sont succédés depuis l’aube de l’humanité. Après lui, il n’y a donc plus de Prophète, mais la guidance de l’humanité est assurée par les Imams* infaillibles de sa famille qui assument l’héritage de son Message prophétique. (voir aussi “Envoyé”) (Note du traducteur)

Qebla : Direction vers laquelle il faut s’orienter pour la Prière rituelle. Aux débuts de l’islam, ce fut d’abord le temple de Jérusalem, puis Dieu ordonna de s’orienter vers la Kaaba* de La Mecque qui, depuis lors, est la Qebla de tous les musulmans (voir aussi note 684 p.389). (Note du traducteur)

Reza Khân : père de l’ex-Shâh* d’Iran. Suivant les plans anglais, il fit un coup d’Etat en 1299hs./ 1920 et s’installa sur le trône en 1304hs./ 1925. Il inaugura son règne en interdisant l’enseignement coranique et religieux et l’accomplissement de la Prière en commun dans les écoles. Il suspendit dans tout le pays la tenue de cérémonies religieuses et les séances commémoratives des martyrs de la famille du Prophète*, allant jusqu’à restreindre et réglementer les commémorations funéraires.

Sâdeq : Sa Seigneurie Dja‘far fils de Mohammad (83-148hl./ 701-765), que la Paix soit avec lui, est le sixième des Imams* infaillibles. En raison des conditions dans lesquelles il vécut, il eut l’occasion de jouer un rôle exceptionnel dans la vivification des véritables connaissances islamiques, formant et éduquant un grand nombre de fidèles et donnant naissance à de nombreuses hawzas*, à tel point que c’est en relation avec son nom que l’école shiite est aussi appelée école dja‘farite.

SAVAK : les “services de renseignements et de sûreté du pays”, connu sous le nom de SAVAK, furent officiellement fondés, sur ordre de Mohammad Rezâ Shâh*, en 1336hs./ 1957. La SAVAK avait pour mission de réprimer toute opposition au régime et de faire face aux mouvements islamiques. Elle collaborait étroitement avec la CIA et le Mossad israélien. La cruauté impitoyable de la SAVAK était telle que le Secrétaire général d’Amnistie international devait déclarer en 1345hs./ 1966 : « Aucun pays du monde n’a un bilan plus sombre que l’Iran dans le domaine des droits de l’homme ».

Savaki : agent de la SAVAK.

sayyed : Les sayyed-s sont les descendants du Prophète* Mohammad, que Dieu prie sur lui et sa famille, issus de l’union de sa fille Fâtema* et de l’Imam ‘Alî*, que la Paix soit avec eux.

Sceau des Prophètes : voir “Prophète”.

Seigneur des martyrs : surnom de l’Imam Hossayn*, que la Paix soit avec lui.

Shâh : Mot qui signifie “roi” en persan. Lorsqu’il est question du Shâh, sans précision, il s’agit de Mohammad Reza Shâh Pahlavi, né en 1919, deuxième et dernier Shâh de la dynastie pahlavi. Lorsque son père, Reza Khân*, prit le pouvoir par un coup d’Etat, il désigna son fils comme prince héritier, puis l’envoya poursuivre ses études en Suisse et, après son retour, au lycée Nezâm. En 1320hs./ 1941, les Alliés furent d’accord pour écarter son père du pouvoir, l’exiler et installer son fils à sa place. On peut globalement diviser son règne en deux périodes : de 1941 à 1955, période pendant laquelle Mohammad Reza n’a pas encore pu gagner l’autorité qu’avait son père ; de 1955 jusqu’à sa chute en 1987, près de quarante années durant lesquelles il régna en despote absolu sur l’Iran, donnant quartier libre au colonialisme anglais puis à l’impérialisme américain pour piller les richesses matérielles et intellectuelles du pays. Le 26 dey 1357hs./ 16 janvier 1979, au plus fort de la Révolution islamique, il fuit l’Iran sur les conseils de l’Amérique.

shahîd : Martyr mort pour sa foi, et plus particulièrement ceux qui ont été tués dans le djehâd*. Le Coran dit à leur propos : « Ne considérez pas ceux qui sont tués dans la voie de Dieu comme morts : ils sont vivants auprès de leur Seigneur et pourvus [de tout] » (Cor. 3.169).

Sunna : Ensemble des pratiques et des interdits énoncés ou observés par le Prophète*, que Dieu prie sur lui et sa famille, en sus de ceux qui sont explicitement prescrits par Dieu dans le Coran. Ces pratiques et ces interdits font tout autant force de loi, en raison des nombreux versets liant ensemble l’obéissance à Dieu et l’obéissance à Son envoyé – sans compter tous les versets qui condamnent la désobéissance au Prophète et l’assimilent à la mécréance ou à l’hypocrisie – : « Celui qui obéit à l’Envoyé* obéit à Dieu » (Cor. 4.80) ; « Ce que le Prophète vous donne, prenez-le, et ce qu’il vous interdit, abstenez-vous en » (Cor. 59.7) ; « Obéissez à Dieu et à Son envoyé » (Cor. 3.32, 132 ; 5.92 ; 24.54 ; 47.33 ; 64.12 ; voir encore en ce sens 3.53, 172 ; 4.59, 69, 83 ; 5.104 ; 24.56 ; etc.). Pour ceux qui suivent l’enseignement des Imams* de la famille du Prophète, que la Paix soit avec eux, la connaissance de la Sunna dans son intégrité doit être recherchée, non pas auprès de n’importe quel compagnon du Prophète, mais auprès de ceux qui ont la mission divine d’assumer la continuité de la guidance de la communauté, et qui sont de ce fait infaillibles tant dans la transmission du Coran et de la Sunna que dans leur compréhension et leur observance des prescriptions divines et prophétiques. Ces Imams infaillibles de la famille du Prophète sont par excellences les “autorités légitimes” auxquelles le Coran appelle à obéir en mettant cette obéissance sur le même plan que celle due au Prophète : « O vous qui avez la foi, obéissez à Dieu et obéissez à l’Envoyé et aux détenteurs de l’autorité parmi vous » (Cor. 4.59 ; voir aussi 4.83). (Note du traducteur)

tâghût : Tâghût dérive étymologiquement d’une racine dont le sens principal est “d’outrepasser les limites”, et donc, par extension, de déborder (eaux), de se montrer arrogant, insolent, rebelle et insoumis, de se révolter, etc. Dans le Coran (2.256-7 ; 4.51,60,76 ; 5.60 ; 16.36 ; 39.17), ce terme désigne ce qui est pris comme divinité en dehors de Dieu. Le comportement de tâghût consiste donc à se prendre pour une divinité ou une autorité en dehors ou à côté de Dieu, à refuser de se soumettre à Dieu et à s’arroger une autorité et un pouvoir auquel on n’a pas droit – ce qui se rapproche du sens étymologique du mot tyran –. (Note du traducteur)

tâghûtî : Est tâghûtî celui qui a un comportement de tâghût* ou qui est partisan du tâghût.

talaba : Etudiant en sciences religieuses.

talion (qesâs) : dans la législation islamique, le talion – ou réparation d’un dommage physique (coup, blessure, amputation ou meurtre) par une peine du même ordre infligée au coupable ­– relève du droit de la victime : autrement dit il ne s’appliquera que dans les cas où la victime ou ses représentants le demandent et refusent de toucher le prix du sang (diya*) établi par la Loi révélée.

tawhîd : Le tawhîd désigne la pure doctrine de l’unicité divine qui est le fondement constitutif essentiel de l’islam. Elle est énoncée par la première attestation de la profession de foi : « Il n’est de dieu que Dieu (lâ elâha ella llâh) », qui est, en arabe, toute entière écrite avec les trois lettres qui composent le Nom Allâh*.

Les théosophes* et les gnostiques* envisagent plusieurs degrés de compréhension et de réalisation du tawhîd. Le degré le plus élémentaire est celui du tawhîd théologique commun : dans la multiplicité des existants, il en est un et un seul qui est la Divinité omnisciente et omnipotente qui a tout créé. Ce tawhîd n’est pas suffisamment “pur”, selon eux, car il fait une place pour “autre que Dieu” à côté de Dieu. Le sommet de la doctrine de l’unité sera donc un tawhîd ontologique exprimé par la formule : « Il n’est de réalité que La Réalité ». Le Principe Un source de toute réalité n’est autre que l’Existence* Elle-même. Il ne saurait donc avoir ni commencement ni fin, puisqu’Il est l’Existence même : l’Existence ne commence pas à exister et ne finit pas d’exister, Elle existe purement et simplement. C’est pourquoi le Coran dit de Lui qu’ « Il n’a pas été enfanté » (Cor. 112.3) . Le Principe Un ne saurait non plus donner le jour à quoi que ce soit hors de Lui-même et rien ne peut se trouver à côté de lui, car rien ne peut avoir l’existence en-dehors de l’Existence : à côté de l’Existence, il n’y a de place que pour le néant, autrement dit pour rien. Le Coran dit ainsi du Principe Un qu’ « Il n’a pas enfanté » et qu’ « Il n’a point d’égal » (Cor. 112.3-4). Le Principe Un (« Allâh Ahad » Cor. 112.1) remplit donc tout le domaine de l’existence et ne laisse place à aucun vide : Il est « le Plein » (Cor. 112.2). Tous les existants sont alors des manifestations déterminées de l’Existence à divers niveaux de réalité, manifestations qui n’ont d’existence que par l’Existence et qui ne peuvent en aucun cas faire le moindre pas hors du royaume de l’Existence.

Par ailleurs, l’homme peut être de ceux qui professent de manière simplement théorique la doctrine de l’unité, mais il peut aussi en arriver, par la réalisation spirituelle, à réellement “voir” l’Unité du Principe à l’œuvre dans l’univers, et même à réaliser effectivement le tawhîd en “se perdant” lui-même dans l’Unité et en prenant conscience qu’ « Allâh est la lumière des cieux et de la terre » (Cor. 24.35). (Note du traducteur)

théosophes (faylasûfân-e elâhî, hokamâ-ye elâhî) : voir théosophie.

théosophie (hekmat, hekmat-e elâhî) : Dans l’utilisation actuelle, les terme de hekmat, “sagesse”, et de hekmat-e elâhî, “sagesse divine” ou “théosophie”, désignent plus particulièrement un courant philosophique né des enseignements de Mollâ Sadrâ (m.1050hl./1640), lequel aspira – et réussit dans une large mesure et plus que quiconque avant lui – à une synthèse entre la philosophie, la gnose* et la Révélation prophétique (Coran et hadiths*). Pour se parfaire, la connaissance doit s’abreuver aux trois sources que sont la Révélation, l’intuition spirituelle et la raison : d’une part parce que certaines connaissances relèvent exclusivement de l’une de ses sources, qui sont donc complémentaires l’une de l’autre ; d’autre part parce que, dans beaucoup de domaines, l’interaction de ces trois sources de connaissance leur permet de se corriger mutuellement et d’éviter des erreurs du raisonnement, des illusions de l’intuition et des méprises à propos de certaines données de la tradition. Ainsi l’école de Mollâ Sadrâ se situe au confluent des philosophies d’Avicenne (m.428hl./1037) et de Sohrawardî (m.587hl./1191), de la gnose d’Ibn ‘Arabî (m.638hl./1240), et surtout de la tradition islamique intégrale représentée par l’enseignement des Imams* infaillibles de la famille du Prophète. L’Imam Khomeyni était un maître éminent de l’école de Mollâ Sadrâ qui est toujours bien vivante aujourd’hui en Iran où elle connaît même un important regain d’intérêt. (Note du traducteur)

toman : unité monétaire iranienne. (Note du traducteur)

Toudeh : le parti communiste Toudeh est la plus ancienne et la plus connue des organisations marxistes-léninistes en Iran. Les membres restant du Parti communiste d’Iran, qui avait déclaré son existence en 1920, reprirent en 1942 leurs activités sous le nom de “Parti des masses populaires iraniennes” (hezb-e tûde-ye Irân). En raison de son lien direct avec les services de renseignements de l’ex-Union soviétique, ce parti prit au cours de sa vie politique des positions qui le firent connaître dans la société iranienne comme traître à la patrie. La plus importante de ces positions fut le soutien qu’il apporta à la partition de l’Azerbaïdjan et du Kurdistan par l’armée rouge et au monopole accordé à l’Union soviétique sur le pétrole du nord de l’Iran. Après le coup d’Etat du 19 août 1953 et la reprise du règne de Mohammad Rezâ Shâh*, les activités de ce parti à l’intérieur de l’Iran cessèrent et, jusqu’à la victoire de la Révolution islamique en 1979, les membres du comité central du parti Toudeh résidaient à Leipzig en Allemagne de l’est. Avec le triomphe de la Révolution, les conditions étaient réunies pour la reprise des activités de ce parti comme pour celles de tous les autres groupes et partis, mais en plusieurs années d’effort et de propagande, en raison de son athéisme dogmatique et de ses attitudes hypocrites, il ne réussit pas à gagner une assise populaire. Finalement, en 1983, après la découverte du lien actif unissant ce parti aux services de renseignements soviétiques – KGB et GRU (renseignements militaires) –, les membres de son comité central furent arrêtés et son réseau clandestin démantelé.

ûlû l-‘azm : voir “Envoyé”.

Walî, pl. Awliyâ’ : La racine arabe WLY connote plusieurs idées telles que la proximité, le fait d’être aimé, le plein pouvoir d’action, la souveraineté et la délégation. Les termes welâyat et walî qui dérivent de cette racine auront donc des sens différents selon les contextes.

Dans l’enseignement des Imams* infaillibles de la famille du Prophète*, la notion centrale de Welâyat et le terme de Walî (pl. Awliyâ’) s’appliquent en propre aux Imams eux-mêmes, que la Paix soit avec eux, – et c’est en ce sens qu’ils sont entendus dans cette traduction chaque fois qu’ils ont été transcrits avec une majuscule –. En effet, toutes les significations que l’on vient d’évoquer s’appliquent à eux en propre : d’abord, ils sont par excellence les Awliyâ’ Allâh (Cor. 10.62), les Proches Amis de Dieu ; ils sont aussi ceux qui, par délégation divine, ont entière souveraineté sur les fidèles et plein pouvoir sur l’univers entier ; enfin, ils sont ceux par l’amour desquels les fidèles se rapprochent de Dieu. En ce dernier sens, la welâyat désignera l’attachement et le lien d’amour qui unit les fidèles aux Imams. Les fidèles seront alors des awliyâ’ Allâh par et dans la mesure de leur participation à la welâyat des Awliyâ’ Allâh par excellence, autrement dit ils sont des “amis de Dieu” – avec tous les privilèges qui découlent de cette amitié – en tant qu’ils sont des “amis des Amis de Dieu” et dans la mesure même de la profondeur de leur amour et de leur attachement. Les fidèles qui ont atteint un degré remarquable de proximité divine sont alors plus particulièrement connus et désignés comme awliyâ’, comme “saints”.

Dans le droit musulman, la welâyat désigne de manière générale l’autorité que certaines personnes ont sur d’autres – par exemple la welâyat des parents sur les enfants –. Depuis l’occultation de l’Imam Mahdî*, certains aspects de l’autorité des Imams sur les fidèles ont été transférés aux Docteurs de la Loi, autorité qui leur est confiée en raison du fait qu’ils sont les dépositaires et transmetteurs de l’enseignement du Prophète et des Imams infaillibles de sa descendance. L’étendue de cette autorité a été diversement comprise par les grands marâdje‘*. Pour certains, elle se limiterait à l’autorité sur des biens et des personnes qui se retrouvent sans walî, sans personne ayant autorité sur eux – par exemple les biens de ceux qui meurent sans aucun héritier, ou les orphelins qui n’ont pas de tuteur désigné… –. Pour d’autres, par contre, et en particulier pour l’Imam Khomeyni, l’autorité du Docteur de la Loi (welâyat-e faqîh) est générale, c’est-à-dire que les docteurs de la Loi héritent de l’entière autorité politique des Imams à la seule exception du djehâd* offensif qui exige, selon lui, l’infaillibilité. Il ont donc à charge de faire en sorte qu’ils puissent effectivement exercer cette autorité et de désigner alors celui – ou ceux – d’entre eux qui devront l’assumer de fait et qui sera alors le walî-e faqîh. Il existe par ailleurs d’autres positions, généralement intermédiaires entre ces deux. (Note du traducteur)

Welâyat : voir Walî.

Welâyat-e faqîh : Autorité du docteur de la Loi. Voir Walî.

zakât : impôt prescrit par l’islam et portant à l’origine sur neuf catégories de biens avec des conditions propres à chaque catégorie : trois catégories de bétail (chameaux, bovins et ovins), quatre sortes de produits agricoles (blé, orge, dattes, raisins secs) et enfin l’or et l’argent. Par ailleurs, une autre zakât dite zakât al-fetra – équivalent à trois kilos de la nourriture de base en usage dans chaque région ou à leur valeur en argent – doit être obligatoirement versée pour chaque personne lors de la fin du mois de ramadan (v. aussi kharâdj, khoms).


 

 

Chronologie

1902 24 septembre : Naissance de l’Imam Khomeyni (ce jour correspondait au 20 djomâdâ thâniya 1320hl., jour anniversaire de la naissance de Fâtema*, fille du Prophète* Mohammad, que la Paix divine soit avec eux).

1905-1906 : Révolution constitutionnelle qui impose au Shâh un régime parlementaire (mashrûtiyye).

1921 Coup d’état dirigé par un officier des cosaques, Rezâ Khân,* qui devient Ministre de la guerre puis Premier ministre.

1922 Arrivée de l’Imam Khomeyni à Qom, accompagnant son professeur, le Grand Ayatollah ‘Abd al-Karîm Hâ’erî.

1925 Rezâ Khân, qui avait dirigé le coup d’état de 1920, prend la couronne royale, mettant ainsi fin à la dynastie qâdjâre et inaugurant le règne des Pahlavi qui durera jusqu’à la victoire de la Révolution islamique en 1979.

1929 Arrivée à Qom de l’Ayatollâh Mohammad ‘Alî Shâhâbâdî : l’Imam Khomeyni devient son élève en gnose* jusqu’au départ de ce maître en 1936. A peu près en même temps, il commence à faire des cours d’éthique gnostique et de philosophie. De 1929 à 1944, l’Imam Khomeyni rédige l’essentiel de son œuvre gnostique.

1935 Interdiction du port du voile islamique par Rezâ Shâh : ce fut en fait la plus marquante de toute une série de mesures antireligieuses parmi lesquelles on peut encore citer l’interdiction de l’habit clérical, la sévère restriction des commémorations religieuses publiques et l’instauration d’un calendrier comptant à partir des débuts de l’antique empire perse et non plus à partir de l’hégire du Prophète* Mohammad.

1941 Suite à l’occupation de l’Iran par les Alliés, Rezâ Shâh Pahlavi est déposé et exilé. C’est son fils aîné, Mohammad Rezâ Shâh, qui prend sa place. Rezâ Shâh mourra en exil à Johannesburg en 1944.

1942 Fondation du parti communiste Toudeh*.

1944 A l’occasion de la parution d’un pamphlet anticlérical, l’Imam Khomeyni suspend ses cours de philosophie pour rédiger une réfutation qui constitue en quelque sorte sa première intervention publique de caractère politique. Environ à la même époque, il commence à enseigner à haut niveau (khâredj) le droit musulman et ses fondements (feqh-o osûl) et à rédiger des livres et épîtres en ces domaines. Ses leçons compteront vite parmi les plus importantes et les plus suivies de la ville de Qom.

1951-1952 : Plusieurs fois élu député, Mosaddeq, fondateur et pilier du Front national, fait passer la loi de nationalisation du pétrole et devient premier ministre. Il se retire ensuite en raison de profonds désaccords avec le Shâh*, mais un mouvement populaire le rappelle au pouvoir, ce qui amènera le Shâh à chercher refuge à l’étranger.

1953 19 août : Après la fuite du Shâh, un coup d’Etat commandité par la CIA renverse Mosaddeq, qui est arrêté, et remet le Shâh sur son trône. Son règne se fera dès lors de plus en plus écrasant et dictatorial en même temps que l’impérialisme américain se fera de plus en plus omniprésent et tout puissant.

1957 Fondation de la tristement célèbre SAVAK*.

1962 Le Shâh promulgue, sous le titre de “révolution blanche”, un ensemble de lois qui n’ont d’autre but que de renforcer son pouvoir et de favoriser l’impérialisme américain. Suite à ses interventions pour dénoncer ces lois et en dévoiler la véritable nature, l’Imam Khomeyni est arrêté. Des manifestations ont alors lieu dans plusieurs villes d’Iran et sont réprimées dans le sang par les troupes du Shâh. Ces événements, et plus particulièrement le massacre du 15 khordâd 1341hs. (5 juin 1962), marquent un tournant dans l’histoire de l’Iran contemporain : ils consacrèrent le leadership de l’Imam Khomeyni et peuvent être considérés comme le point de départ de la Révolution islamique.

1963 Octobre : Des décrets royaux garantissent une immunité légale aux ressortissants américains pour toute infraction commise en territoire iranien. L’Imam intervient vigoureusement pour dénoncer cette violation de la souveraineté et de l’indépendance iraniennes : il est alors à nouveau arrêté et, le 4 novembre, envoyé en exil, en Turquie d’abord, puis à Nadjaf, en Irak, où il résidera jusqu’aux débuts de la révolution en 1978. L’idée du Shâh, en relégant l’Imam Khomeyni à Nadjaf, était que son rayonnement serait dominé du fait de la présence en cette ville sainte des plus grandes autorités religieuses shiites. En fait, de par son enseignement et ses compétences, l’Imam deviendra une personnalité de premier plan dans cette capitale de l’enseignement religieux et, plus important encore, son influence et sa popularité en Iran ne feront que croître. Ses messages et prises de positions politiques continueront, malgré de hauts risques, à être régulièrement reproduits et diffusés clandestinement.

1978 Suite à l’assassinat, en Irak, de Mostafâ Khomeyni, fils aîné de l’Imam, par des agents de la SAVAK* et à des articles de presse offensants et injurieux commandités par l’appareil du Shâh pour discréditer l’Imam Khomeyni, des troubles se déclenchent en Iran, qui ne font que croître en réaction à la violence avec laquelle ils sont réprimés. En septembre 1978, le Shâh demande au régime irakien d’expulser l’Imam.

Octobre : Après un refus du Koweït de l’accueillir, l’Imam se rend en en France, à Neauphle-le-Château dans la banlieue parisienne, d’où il guidera la révolution par ses interventions diffusées par les médias et par cassettes.

1979 16 janvier : Fuite précipitée de Mohammad Rezâ Shâh qui laisse le gouvernement à Chapour Bakhtiar.

1er février : Retour triomphal de l’Imam Khomeyni en Iran après quinze ans d’exil.

11 février (22 bahman 1357hs.) : Victoire définitive de la Révolution islamique. Ce jour devient la fête nationale de la République islamique d’Iran.

18 février : Rupture des relations diplomatiques avec Israël et expulsion des vingt-deux derniers représentants israéliens restés en Iran.

30 mars : Consultation de la population par référendum qui donne lieu à un plébiscite massif (98%) en faveur du régime de la République islamique dont la constitution sera approuvée en novembre de la même année.

4 novembre : Occupation par des “étudiants dans la ligne de l’Imam” du véritable “nid d’espion” qu’était l’ambassade des Etats-Unis à Téhéran.

Décembre : L’Imam commence à la télévision une série de commentaires spirituels et gnostiques* du Coran – dont des extraits sont traduits dans ce livre –, commentaires qu’il sera malheureusement amené à interrompre presque aussitôt au mois de janvier suivant.

26 décembre : Invasion de l’Afghanistan par l’URSS.

1980 Premières élections présidentielles (en janvier) et parlementaires (en mars) véritablement démocratiques de l’histoire de l’Iran. Depuis lors, conformément à la constitution, le Président de la république et le Parlement seront, sauf incident, renouvelés tous les quatre ans au suffrage universel, avec une large participation des femmes en tant que candidates et en tant qu’électrices.

Avril : Une expédition de commandos américains héliportés ayant pour mission de libérer le personnel du nid d’espion retenu en otage échoue lamentablement – et de manière tout à fait miraculeuse – dans les étendues désertiques des environs de Tabas (Khorâssân). Le 25 avril, les Etats-Unis rompent leurs relations diplomatiques avec l’Iran.

Septembre : Coup d’état militaire en Turquie.

22 Septembre : Entrée surprise des troupes irakiennes en Iran, imposant à la République islamique une guerre de légitime défense qui durera huit ans.

1981 Juin : Après que le premier Président de la république, Abol-Hassan Bani Sadr, élu en janvier 1980, ait été destitué par le Parlement, de nouvelles élections présidentielles sont organisées et Mohammad ‘Alî Radjâ’î est élu Président.

Juillet : Bani Sadr rejoint clandestinement la France en compagnie de Massoud Radjavi, chef du mouvement des Modjâhedîn du peuple qui se lancent dans de vastes et impitoyables opérations terroristes sur le territoire iranien en même temps qu’ils trahissent leur pays en coopérant avec le régime de Saddam Hossayn et en installant leurs bases en Irak.

Parmi les nombreux attentats perpétrés par divers groupes d’opposants, dont surtout les Modjâhedîn du peuple, deux en particulier, dirigés contre le siège du Parti de la République islamique (28 juin) et contre le Premier ministère (30 août), font tomber en martyrs certains des plus hauts responsables iraniens – dont le Président de la république, le premier ministre, dix autres ministres et vice-ministres et vingt députés – et décapitent littéralement le régime. Malgré ces coups, la République islamique est suffisemment bien établie et populaire pour pouvoir, sans le moindre recours à l’armée ou à un quelconque état d’urgence, maintenir le calme et organiser de nouvelles élections présidentielles.

1982 L’envahisseur irakien est repoussé hors du territoire iranien. La guerre se poursuit ensuite sur le territoire irakien, mais toujours pour des raisons de défense, en particulier pour empêcher les tirs et bombardements irakiens sur l’Iran et les activités des terroristes et traîtres Modjâhedîn du peuple.

6 juin : Invasion du Liban par les Israéliens. C’est dans le cadre de la résistance à cette invasion qu’apparaît et se développe le Hezbollâh, mouvement shiite qui suit la ligne de l’Imam Khomeyni.

1983 Dissolution du parti communiste Toudeh suite à la découverte de ses activités d’espionnage au profit de l’Union soviétique.

1987 31 juillet ( 4 dhû l-hedjdja 1407hl.) : Massacre des pèlerins iraniens à La Mecque par les forces saoudiennes.

1988 14 février : Fatwâ de l’Imam Khomeyni condamnant Salmân Rushdie à mort, en application d’une loi admise unanimement par toutes les écoles juridiques de l’islam.

16 mars : Bombardement chimique de la ville kurde de Halabja par les forces irakiennes. Ce bombardement fut le premier auquel la communauté internationale ait timidement réagi – du fait qu’il touchait cette fois des populations kurdes –, mais en réalité il s’inscrivait dans le prolongement d’une longue série d’utilisation des armes chimiques par l’Irak, utilisation couverte – comme toutes les autres violations de la convention de Genève par l’Irak – par un constant silence des grandes puissances et de leur “instrument” international, l’ONU.

2 juillet : Les forces navales américaines présentes dans le Golfe persique abattent un avion civil iranien de passagers assurant la liaison régulière Téhéran-Dubaï et prétendent l’avoir pris pour un avion de guerre.

20 juillet : A l’occasion de l’anniversaire du massacre de La Mecque, discours de l’Imam annonçant l’acceptation par l’Iran de la résolution 598 de l’ONU, mettant ainsi fin à la guerre imposée par l’Irak à l’Iran. Le cessez-le-feu sera effectif au mois d’août.

31 décembre : L’Imam Khomeyni envoie au Président Gorbatchev une lettre qui restera fameuse. Elle est transmise à ce dernier par une délégation iranienne le 3 janvier 1989.

1989 3 juin (15 khordâd 1368hs.) : Décès de l’Imam Khomeyni qui reçoit des funérailles populaires sans doute sans précédent dans l’histoire. Son testament est rendu public le lendemain.

 


 



[1]. Mikhaïl Gorbatchev, né en 1931, devint membre du Parti Communiste en 1952. En 1980, il devint, à 49 ans, le plus jeune membre du bureau central du parti, ce qui le rendit célèbre dans le monde entier. Après la mort de Brejnev, Gorbatchev, particulièrement apprécié de Youri Andropov – chef du KGB et dirigeant soviétique de 1982 à 1984 –, occupa des postes clés et devint le deuxième cerveau du parti. Andropov mourut inopinément sans avoir pu réaliser sa nouvelle ligne de conduite politique. Dans son testament il proposa Gorbatchev comme successeur pour réaliser son projet, mais l’entourage de Brejnev fit pression et c’est Tcherninko, candidat de la vieille garde, qui devint le dirigeant soviétique. Après la mort, en 1985, de ce dernier obstacle à son ascension, Gorbatchev prit la direction du Soviet suprême après avoir écarté Gromyko, s’engagea dans la ligne prônée par Andropov et bouleversa la structure soviétique en éliminant la vieille garde dogmatique. Il critiqua sévèrement l’ère Brejnev et dénonça de manière sans précédent le stalinisme. Ses réformes innovatrices (perestroïka) et sa politique d’ouverture et de transparence (glasnost) marquèrent un tournant dans l’histoire qui aboutit, le 25 mars 1991, à un discours où Gorbatchev sonna le glas du marxisme et annonça la désintégration du bloc de l’Est. La présente lettre fut transmise au Président Gorbatchev le 14.10.1367hs./ 3.1.1989 par une délégation composée de trois membres : un savant religieux, l’Ayatollâh Djawâdî Amolî, professeur de philosophie et de gnose* à la hawza de Qom, qui dirigeait la délégation ; un représentant du gouvernement, qui était le vice-ministre des affaires étrangères de l’époque, qui représentait le gouvernement ; et une femme qui, en tant que députée à l’Assemblée parlementaire islamique, représentait le peuple iranien. Le texte de la lettre se trouve dans Sahîfe-ye nûr, v.21 p.66-69. Il a aussi été édité avec un commentaire de l’Ayatollâh Djawâdî Amolî par la Fondation pour l’édition et la publication des œuvres de l’Imam Khomeyni sous le titre de Awâ-ye tawhîd.

[2]. Dans son fameux discours du 25 mars 1991 (v. note précédente), Gorbatchev reconnut explicitement cette erreur fondamentale du marxisme en déclarant : « Nous avons négligé une chose : la tendance spirituelle innée des gens vers la religion ».

[3]. Il faut remarquer que la lettre de l’Imam fut rédigée le 11.10.1367hs./31.12.1988, donc bien avant la chute du mur de Berlin et le discours de Gorbatchev du 25 mars 1991, à une époque où les plus hardis spécialistes de l’URSS et du communisme ne se hasardaient pas encore à parler de la fin de l’un ni de l’autre.

[4]. L’Imam employa pour la première fois ce terme pour désigner l’impérialisme américain au lendemain de l’occupation par des étudiants iraniens du véritable “nid d’espion” que constituait l’ambassade des Etats-Unis à Téhéran (14.8.1358hs./ 4.11.1979).

[5]. En terre d’islam, la philosophie péripatéticienne (mashshâ’) désigne un courant philosophique qui se veut prolonger l’enseignement d’Aristote mais qui s’est aussi trouvé fortement influencé par des écrits néoplatoniciens attribués par erreur à Aristote. Sur certains points, la philosophie mashshâ’ se trouve donc être plus néoplatonicienne que purement aristotélicienne. Par ailleurs, les grands maîtres de cette école – en particuliers les deux qui vont être cités ci-après – sont loin de s’être contentés de reproduire ce qui leur avait été transmis de la sagesse grecque. Ils ont au contraire élaboré, dans le cadre de l’islam et de la Révélation coranique, une doctrine qui a ses propres spécificités, qui a profondément influencé la philosophie scolastique, et dont les prolongements et derniers développements sont toujours vivants aujourd’hui en Iran. (Note du traducteur)

[6]. Abû Nasr Mohammad b. Mohammad Fârâbî (m.339hl./950), surnommé le “second maître” (al-mo‘allem ath-thânî) – le “premier maître” étant Aristote –, fut l’un des premiers et des plus grands philosophes musulmans. Il laissa une centaine d’écrits dont les plus importants et les plus célèbres sont les Idées fondamentales des habitants de la cité vertueuse, les Chatons des sagesses, la Concordance entre les vues des deux sages et les Intentions d’Aristote dans sa Métaphysique.

[7]. Abû ‘Alî Hossayn b. ‘Abd Allâh Ibn Sînâ (m.428hs./1037), surnommé le “principal maître” (ash-shaykh ar-ra’îs), est un des hommes clés de l’histoire de la philosophie, aussi bien islamique qu’occidentale, puisque la scolastique et, en particulier, le thomisme ont été largement marqués par la traduction de ses écrits, spécialement par le Shefâ’, sa grande œuvre logique et philosophique. Sa vie mouvementée ne l’empêcha pas d’écrire – parfois même en voyage ou en prison – de nombreux livres, dont les plus célèbres sont, en dehors du Shefâ’ déjà cité, le Livre des directives et des remarques et le Livre du salut, qui sont des abrégés de logique et de philosophie, et surtout le Canon de la médecine, qui servit de base à l’enseignement de cette science durant tout le Moyen Age aussi bien dans le monde musulman qu’en Europe, et qui reste toujours d’un grand intérêt. (Complément de note du traducteur)

[8]. La philosophie illuminative (eshrâq) a été fondée par Sohrawardî (v. note 33 p.52), noble et tragique figure de l’histoire de la philosophie islamique. Elle s’oppose à l’école péripatéticienne sur plusieurs points – comme l’existence d’un monde intermédiaire entre le monde purement intelligible et le monde sensible, la réalité des Idées platoniciennes, etc. – et tout particulièrement sur deux points fondamentaux : d’abord au niveau épistémologique, en affirmant que la voie d’accès à la connaissance ne saurait se limiter au pur raisonnement aristotélicien, mais doit aussi inclure l’intuition intellectuelle, fruit d’une illumination qui se produit suite à la pratique d’une ascèse spirituelle et intellectuelle ; ensuite, et surtout, sur le plan métaphysique, en professant le caractère fondamentalement réel des quiddités ou essences des choses. Enfin, voulant ressusciter, en même temps que le platonisme, l’antique sagesse perse, la cosmologie de Sohrawardî opposera les ténèbres de la matière aux lumières hiérarchisées des mondes immatériels : ces lumières, issues de l’effusion lumineuse de la “Lumière des lumières”, sont au fondement de toute existence et sont seules “connaissantes” et “connaissables”, car les ténèbres matérielles restent définitivement opaques à la lumière de la connaissance. (Note du traducteur)

[9]. Mohammad b. Ebrâhîm Shîrâzî (m.1050hl./1640-41), surnommé le “chef de file des théosophes” (sadr al-mota’allehîn) et plus connu encore sous le nom de Mollâ Sadrâ, fut à l’origine d’une véritable “révolution philosophique” dont les effets se font toujours sentir dans l’Iran d’aujourd’hui. Le premier il parvint à une véritable synthèse – à laquelle beaucoup aspiraient – entre la démonstration péripatéticienne (borhân), l’intuition gnostique* (‘erfân) et la Révélation coranique (Qor’ân) prolongée par l’enseignement des Imams infaillibles de la famille du Prophète*, que Dieu prie sur eux tous et leur donne la Paix. Sa grande œuvre, le Livre de la philosophie transcendante en quatre voyages intelligibles, connue sous le nom de Asfâr-e arba‘a, est le seul ouvrage qui a réussi à supplanter le Shefâ’ d’Ibn Sînâ comme livre d’enseignement de la philosophie à haut niveau, et cela après un règne incontesté de près de huit siècles. On y retrouve pratiquement toutes les grandes thèses philosophiques antérieures qui étaient connues en ce temps : toutes sont examinées et soit rejetées, soit conservées, soit modifiées et rectifiées. Deux des points essentiels de cette révolution philosophique sont, d’une part la démonstration logique des doctrines gnostiques* de la fondamentalité et de l’unicité de l’existence* – développées, en dehors des Asfâr, dans les Pénétrations métaphysiques –, d’autre part la doctrine du mouvement intrasubstantiel qui permet de résoudre des questions aussi complexes que celles de l’origine et du devenir de l’âme. Mollâ Sadrâ a laissé de nombreux autres ouvrages, dont des annotations détaillées sur le Shefâ’ d’Avicenne et sur la Sagesse illuminative de Sohrawardî, des commentaires inachevés du Coran et d’un des principaux recueils de hadiths* des Imams (Osûl al-Kâfî), et des présentations plus synthétiques de sa doctrine comme la Sagesse du Trône et les Attestations seigneuriales. (Note du traducteur)

[10]. Mohye d-dîn Ibn ‘Arabî, né en Andalousie, à Murcie, en 560hl./1165 et mort à Damas en 638hl./1240, est sans doute le plus grand gnostique* de toute l’histoire de l’islam, d’où son surnom de “plus grand maître” (ash-shaykh al-akbar). C’est à lui que l’on doit les premiers exposés explicites – autant que faire se peut – des principaux thèmes doctrinaux de la gnose* islamique, en particulier la doctrine de l’unicité de l’existence*. Ces thèmes se trouvent chez lui développés à partir des données de la Révélation et de la Tradition prophétique et sur la base de ses propres dévoilements intuitifs, mais ils ne sont jamais présentés de manière systématique ni logiquement démontrés comme le sont les exposés des philosophes. Son œuvre immense est dominée par deux titres : les Chatons des sagesses (Fosûs al-hekam) est un écrit très court, mais c’est peut-être le livre qui a reçu le plus de commentaires en islam après le Coran et il est toujours, avec certains de ses commentaires, le livre de base de l’enseignement de la gnose en Iran ; les Illuminations mecquoises (al-Fotûhât al-makkiyya), par contre, représentent une véritable somme encyclopédique de la gnose islamique en quatre gros volumes. Ces textes, ainsi que les autres œuvres de ce maître, sont devenus la référence de base de la gnose islamique, une référence incontournable par rapport à laquelle tous, partisans comme opposants, ont été et sont toujours amenés à prendre position. (Note du traducteur)

[11]. Petite ville au sud de Téhéran qui est l’un des plus grands centres d’études religieuses du monde shiite et où l’étude des disciplines intellectuelles – en particulier la philosophie – et des disciplines gnostiques* a été illustrée par de grands maîtres tels que Mohammad ‘Alî Shâhâbâdî et son principal élève, l’Imam Khomeyni lui-même. Après l’exil de l’Imam, le maître le plus connu en ces domaines fut ‘Allâme Mohammad Hossayn Tabâtabâ’î, lequel forma de nombreux disciples dont certains assurent aujourd’hui l’enseignement de ces disciplines. (Note du traducteur)

[12]. Certains des passages de ce testament ont déjà été reproduits en divers endroits de ce livre. Ils ont été néanmoins repris ici pour permettre de donner une vue d’ensemble du testament de l’Imam Khomeyni.

[13]. Le mot theql (ou, selon une autre lecture, thaqal), qui a été traduit ici par “Trésor”, comporte les sens de “chose précieuse et protégée”, “chose de poids ou d’importance”, “lourd héritage”, “dépôt de valeur”, etc. Le “Bassin” (howd) du Prophète* est une réalité eschatologique reconnue par tous les musulmans. Pour des références de ce hadith,* voir ci-après note 886.

[14]. Les théosophes* musulmans ont établi la nécessité de l’existence d’un monde intermédiaire entre le monde du Royaume de la nature (molk) et le monde divin (lâhût). Ce monde immatériel et dégagé des conditions d’espace et de temps est globalement nommé malakût, Empire. Les théosophes et gnostiques*, sur la base de données scripturaires, y ont distingué deux degrés : celui du malakût suprême, qui est le monde des pures Intelligences, et celui du malakût inférieur, qui est le monde intermédiaire des formes prototypiques et de l’imaginal.

[15]. Le Trésor suprême et le grand Trésor désignent respective­ment le Coran et les Gens* de la Demeure.

[16]. En théosophie, la multiplicité désigne toute la chaîne des existants, matériels et immatériels, et l’Un désigne l’Essence divine qui est le Principe de toute existence. Le point de jonction entre le multiple et l’Un est un entre-deux métaphysique qui sert d’intermédiaire pour la manifestation de la multiplicité à partir de l’Un et pour la réintégration de cette multiplicité dans l’Un.

[17]. Les “six livres authentiques” des sunnites sont les Sahîh-s de Bokhârî (m.256hl./869) et de Moslem (m.262hl./876) et les Sonan d’Ibn Mâdjah (273hl./886), d’Abû Dâwûd (275hl./888), de Termedhî (279hl./892) et de Nasâ’î (303hl./915). Parmi les références de ce hadith* dans ces six livres et d’autres sources sunnites, on peut citer : Sahîh Moslem, Ketâb fazâ’ele s-sahâba, bâb fazâ’el ‘Alî, hadith 36-37 ; Sonan Termedhî, bâb manâqebe ahle bayte n-nabî, hadith 31 ; Mosnad Ibn Hanbal, vol.3 p.14, 17, 26, 59, vol.4 p.366-67, 371 et vol.5 p.181-82 ; Sonan Dârîmî, Ketâb fazâ’ele l-Qor’ân, bâb fazl man qara’a l-Qor’ân, had.11; Mostadrak as-sa­hîhayn, de Hâkem Naysâbûrî, vol.3 p.109, 110, 148, 533 (retenus comme authentiques par Dhahabî) ; al-Mo‘djam al-kabîr de Tabarânî, v.3 p.62-4, had.2678-2681, v.5 p.182 had.5026, p.186 had.5040… ; Tafsîr Ibn Kathîr, en commentaire de Cor. 42.23 ; etc. (Complément de note du traducteur)

On peut tirer de ce hadith les quelques points suivants :

a) Comme le Coran restera présent parmi les hommes jusqu’au jour dernier, la Sainte Famille aussi restera présente parmi eux, c’est-à-dire qu’à aucun moment la terre ne sera privée de l’existence d’un Imam* et guide véritable.

b) En confiant ces deux précieux dépôts, le Prophète* de l’islam a garanti tous les besoins religieux et intellectuels des musulmans, et il a fait des Gens* de sa Demeure la référence des musulmans en ces domaines.

c) Aucun musulman n’a le droit de se détourner de leur guidance.

d) Toutes les connaissances religieuses dont les gens ont besoin se trouvent auprès des Gens de la Demeure.

e) Si les gens s’attachent à l’obéissance des Gens de la Demeure et s’en tiennent à ce qu’ils disent, ils ne s’égareront pas.

[18]. Référence au verset coranique « Il enseigna à Adam la tota­lité des Noms » (Cor. 2.31). Si cette connaissance synthétique, réservée à l’être humain parmi toutes les créatures, n’avait pas été donnée à Adam, il n’aurait pas été apte à devenir le Lieu-tenant de Dieu sur terre.

[19]. La secte wahhabite fut fondée, sous l’impulsion du colonialisme anglais, par Mohammad fils de ‘Abd al-Wahhâb Nadjdî (12e-13es.hl./ 19es.). Selon les wahhabites, toutes les écoles islamiques sunnites et shiites sont mécréantes, polythéistes et idolâtres : la vénération de la tombe du Prophète* et des Imams* sont pour eux de l’idolâtrie. En profitant de richesses qui sont le bien des musulmans, les wahhabites font une propagande très active et se font en réalité les agents exécuteurs des plans destructeurs des superpuissances.

[20]. L’oraison intime du mois de sha‘bân (monâdjât sha‘bâniyya) est peut-être la seule invocation dont il est rapporté que tous les Imams étaient assidûment attachés à sa récitation. Pour cette raison, l’Imam Khomeyni insistait souvent sur son importance et citait fréquemment certains de ses passages pour illustrer la profondeur de la gnose* des Imams.

[21]. ‘Arafât est le lieu situé près de La Mecque où tous les pèlerins sont rassemblés le neuvième jour du mois de dhû l-hedjdja pour accomplir le Pèlerinage, dont la station en ce Saint lieu est le point culminant. L’invocation rapportée de l’Imam Hossayn pour ce jour et cette station est un autre exemple de la richesse et de la profondeur des invocations et oraisons laissées par les Imams, dont on peut dire qu’elles contiennent la synthèse de leur enseignement, en particulier tout ce qui relève de la gnose* et de la spiritualité.

[22]. L’Imam Sadjdjâd, qui a succédé à son père après le massacre de Karbalâ, vécut des conditions on ne peut plus difficiles, semblables, laissait-il entendre, à celles des Fils d’Israël sous le joug de Pharaon. N’ayant pas la possibilité d’enseigner et de guider ouvertement et publiquement, son enseignement s’est presque tout entier fait par le contenu de ses nombreuses et magnifiques invocations. Au premier recueil, transmis très anciennement, des savants ont rajoutés des recueils complémentaires réunissant les invocations de cet Imam qui étaient éparses. L’ensemble constitue une véritable encyclopédie de vie islamique qui a été, tout au long de l’histoire, une source inépuisable d’inspiration pour ceux qui étaient en quête de la Voie de vérité. Par ailleurs, la puissance et la fécondité de cet enseignement divin ne réside pas que dans son contenu : son expression est aussi d’une exceptionnelle et fort émouvante beauté, et c’est pour cela que l’on a donné à ce recueil le nom de Psaumes, du nom du Livre qui fut révélé au Prophète* David.

[23]. Contrairement à ce que certaines personnes malintentionnées envers la famille du Prophète* et leurs fidèles voudraient laisser entendre, le recueil de Fâtema* n’est pas du tout un Coran “spécial”, mais un recueil contenant le récit événements à venir, en particulier ceux qui la concernent elle et sa descendance, événements dont l’Ange Gabriel venait lui faire le récit et que l’Imam ‘Alî* consignait par écrit (voir le texte intitulé « La station spirituelle de Fâtema Zahrâ’, que la Paix de Dieu soit avec elle » p.128). D’après certains hadiths*, ce recueil – qui n’est pas entre nos mains et que seuls les Imams et certains de leurs proches compagnons ont vu – serait trois fois plus volumineux que le Coran.

[24]. Le troisième enfant de l’Imam ‘Alî* et de Fâtema*, fille du Prophète*, fut Zaynab, sœur des Imams Hassan* et Hossayn*. Née en l’an six de l’hégire, élevée en compagnie de ses deux frères par le Prophète, par ‘Alî et par Fâtema, elle traversa avec eux toutes les épreuves qui les touchèrent. Lors du drame de Karbalâ, elle connut pourtant une épreuve que nulle autre femme au monde ne connut et ne connaîtra jamais. Elle vit d’abord tous les jeunes de sa famille subir le martyre l’un après l’autre : ses cousins, ses demi-frères, ses neveux et même ses propres fils, avant de voir succomber son frère et Imam bien-aimé qui l’avait chargée de s’occuper de toutes les femmes et enfants survivants après lui. Elle s’acquitta à merveille de cette mission pendant toute la longue déportation qui conduisit, dans les pires conditions, la caravane des survivants de la famille du Prophète des bords de l’Euphrate jusqu’en Syrie. Là, malgré l’épuisement physique et psychique dû à toutes ces épreuves consécutives, la grande Zaynab sut tenir tête avec un courage extraordinaire à l’inique et sanguinaire Calife Yazîd. Par des propos dont la justesse et l’éloquence venaient en écho à ceux de son père, elle sut si bien mobiliser et monter contre lui l’opinion publique que la situation en fut renversée et qu’il fut contraint de libérer ses captifs et de faire preuve d’un bon comportement hypocrite envers eux. Ainsi, c’est grâce à Zaynab que la victoire du sang des martyrs sur le sabre des iniques put s’accomplir, de sorte que le sang de l’Imam Hossayn et de tous les martyrs de Karbalâ est devenu l’âme qui maintient à jamais vivant le combat de la Vérité contre l’erreur. Et le comportement de Zaynab est lui-même devenu, à l’instar de celui de sa mère, un modèle pour les femmes musulmanes et même pour toutes les femmes du monde.

[25]. Chrétien syrien, fondateur de l’idéologie national-socialiste du parti Baath actuellement au pouvoir en Irak.

[26]. Au moment de la rédaction de ce testament, on était encore loin de l’invasion du Koweït : c’est là un exemple de la perspicacité politique de l’Imam, déjà particulièrement illustrée par sa lettre à Gorbat­chev.

[27]. Voir l’article Karbalâ du lexique.

[28]. Voir note 787 p.128.

[29]. Région de la péninsule arabique où se trouve La Mecque et Médine. (Note du traducteur)

[30]. Ville de l’Irak dont l’Imam ‘Alî avait fait sa capitale. (Note du traducteur)

[31]. La constitution de la République islamique réserve en effet un certain nombre de sièges aux diverses minorités religieuses – chrétiens de divers rites, juifs et zoroastriens – en fonction de leur importance numérique. Il est évident que si ces minorités devaient voter dans le cadre du scrutin commun, sans avoir de siège réservé, elles ne pourraient jamais avoir de représentant s’exprimant en leur nom au Parlement. Une telle place faite aux minorités religieuses est un modèle dont feraient bien de s’inspirer bien des démocraties occidentales qui ne font pas la moindre place à des minorités – telles que les minorités musulmanes – alors qu’elles sont souvent bien plus importantes, proportionnellement, que les minorités religieuses d’Iran. (Note du traducteur)

[32]. Voir note 271 p.128.

[33]. Le paniranisme est un mouvement nationaliste prônant la réunification de tous les peuples iraniens. Il se base donc sur des préoccupations ethniques, raciales et nationales et non pas sur des convictions concernant l’être humain en général.

[34]. Les “Milices iraniennes des fedâyîn du peuple” étaient un groupe marxiste célèbre qui se lança, après la victoire de la révolution islamique, dans des activités terroristes et antirévolutionnaires. Les antécédents de ce groupe remontent à 1966, lorsqu’un groupe d’étudiants marxistes opta progressivement pour le maoïsme et projeta d’instaurer de manière expéditive le socialisme en Iran. Mais en dépit d’opérations terroristes contre les dignitaires du régime du Shâh*, la base sociale de ce groupe resta confinée aux étudiants laïcs et gauchistes et ne parvint pas à trouver une assise populaire. Le mouvement se ramifia progressivement en branches multiples sous l’effet de conflits idéologiques et politiques. La crise mondiale du marxisme et de l’ex-Union soviétique eût un effet politique désastreux sur les éléments de ces groupes.

[35]. Le droit musulman traditionnel (feqh-e sonnatî) déduit les prescriptions légales en se fondant sur des sources et références confirmées et reconnues, C’est la méthode que, dans le shiisme, les docteurs de la Loi suivent depuis l’époque des Imams* de la famille du Prophète* et continuent de suivre de nos jours. Certains considèrent cette méthode comme statique et opposée au dynamisme qui doit caractériser le droit musulman, mais du point de vue de l’Imam Khomeyni, le dynamisme du droit musulman, qui résulte de la prise en compte des conditions de temps et de lieu dans l’edjtehâd, s’inscrit dans le droit prolongement du droit traditionnel et en conditionne les conclusions.

[36]. Voir note 903.

[37]. Voir note 507 p.128.

[38]. Voir note 508 p.128.

[39]. Phrase que l’on retrouve dans les textes des visites faites à l’Imam Hossayn*, que la Paix soit avec lui, et à ses compagnons.

[40]. Testament politico-spirituel de l’Imam Khomeyni (daté du 26.11.1361hs./ 15.2.1983, lu le 15.3.1368hs./5.6.1989) — Sahîfe-ye nûr, v.21 p.169-203.


[Y1]autre tr.


 


 








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