Troisième thème                 

Troisième thème

A propos des actes directement liés à la Prière

 

(en plusieurs ouvertures)

Première ouverture
Sur quelques règles spirituelles relatives aux deux appels à la Prière dits âdhân et eqâma
(en cinq chapitres)

Chapitre 1
De leur secret et de leurs règles spirituelles en général

De la diversité des cœurs des gens de Dieu

Des règles spirituelles relatives au fait que l’on est
en présence de Dieu

Chapitre 2
Quelques règles spirituelles et secrets relatifs aux takbîrât ou proclamations de la grandeur divine dans les deux appels à la Prière

Hadith de Sa Seigneurie l’Imam %âdeq à propos des takbîrât

Extrait du hadith de l’ascension [du Prophète Mohammad]

Chapitre 3
De quelques règles spirituelles relatives à l’attestation de l’unicité divine et explication de son rapport avec la Prière
et l’appel à la Prière

Raison pour laquelle cette attestation est répétée

Remarque gnostique :
Des divers degrés d’attestation

En corrélation :
Extrait du hadith de l’ascension

Comme quoi l’attestation de l’unicité divine entraîne
l’ouverture des Cieux

Chapitre 4
Où il est question de quelques règles spirituelles relatives à l’attestation de la Mission prophétique [de Mohammad] et où il est fait allusion à l’attestation de la Welâyat [de ‘Alî]

Explication du rapport de l’attestation de la Mission prophétique avec les deux appels à la Prière

Subtilité gnostique en rapport avec le hadith de l’ascension

Application légale et principe gnostique
à propos de l’attestation du titre de Commandeur des fidèles
[pour l’Imam ‘Alî]

Chapitre 5
De quelques règles spirituelles relatives aux hay‘alât
ou formules d’appel

En corrélation et complément :
Deux hadiths à propos de l’âdhân et de l’eqâma

Seconde ouverture
Sur la station debout
(en deux chapitres)

Chapitre 1
Du secret de la station debout

Chapitre 2
Des règles spirituelles de la station debout

Traditions rapportées à propos de l’état d’esprit des Infaillibles
[dans la Prière]

Exhortation

Où il est fait allusion à l’objectif ultime des Prophètes,
que la Paix soit avec eux

Troisième ouverture
Des règles et du secret spirituels de l’intention
(en cinq chapitres)

Chapitre 1
De la réalité essentielle de l’intention

A propos des doutes obsessionnels

Comment se guérir des doutes obsessionnels

Chapitre 2
De la pureté d’intention

Des degrés de pureté d’intention

Chapitre 3
Exposé succinct de certains degrés de pureté d’intention, d’une manière qui convient à ces pages

Chapitre 4
Incitation à la pureté d’intention

Diverses catégories qui n’ont pas accès à la spiritualité

Hadiths à propos des catégories de mauvais savants religieux

La pureté d’intention découle du taw$îd

Chapitre 5
Sur d’autres degrés de pureté d’intention

De la fatuité humaine

De quelques états de Sa Seigneurie l’Imam Saddjâd,
que la Paix soit avec lui

Quatrième ouverture
Aperçu sur les règles spirituelles et sur certains secrets de la récitation du Coran
(on trouvera dans cette ouverture le commentaire de la sourate bénie “la louange” ainsi qu’un commentaire succinct des sourates bénies “l’unicité divine” et “la valeur” ;
cette ouverture, qui ouvre sur plusieurs flambeaux,
est l’une des plus précieuses de cette épître)

Premier flambeau
Sur les règles spirituelles relatives à la récitation du Noble Coran en général
(en plusieurs chapitres)

Chapitre 1
De la vénération [du Coran]

Une des règles spirituelles importantes pour la lecture du Livre divin, [règle] qui vaut aussi bien pour le connaisseur et pour le commun, et dont l’observance donne lieu à d’excellents résultats et entraîne l’illumination du cœur et la vie de l’âme, est la vénération (ta‘zîm), qui dépend elle-même de la compréhension de l’immensité, de la grandeur, de la majesté et de la gloire de ce [Livre], même si cela est, en réalité, au-delà de ce qui est exprimable et dépasse les capacités de l’être humain. En effet, la compréhension de l’importance de toute chose se fait par la compréhension de sa réalité essentielle. La réalité essentielle du noble Coran divin, avant la descente dans les stades créés et le passage par les degrés de l’Activité [divine], fait partie des Modalités de l’Essence et des réalités relevant du Savoir dans la Présence de l’Unicité, et cela c’est la réalité de la Parole intérieure, qui est une “résonance” (moqâre‘e) essentielle dans la Présence des Noms. Cette réalité essentielle n’est acquise par personne, ni par les sciences formelles (‘olûm-e rasmiyye), ni par les connaissances du cœur, ni par les dévoilements occultes, seulement par le dévoilement divin complet pour l’essence bénie du Sceau des Prophètes[1], que Dieu prie sur lui et sa famille, dans l’audience intime de « à la distance de deux arcs » et même dans le secret isolement de la station « ou plus près » (Cor. 53.9) ; elle est hors de portée des espoirs du genre humain, sauf de l’élite des Proches Amis de Dieu qui, sous le rapport des lumières spirituelles et des réalités divines, sont associés à l’essence spirituelle de la sainte personne [du Sceau des Prophètes] et éteints en lui du fait de leur totale adhésion (taba‘iyyat) : ils reçoivent les connaissances par dévoilement en héritage de lui et la réalité essentielle du Coran se reflète en leurs cœurs avec la même luminosité et perfection qu’en son cœur béni, sans descendre par les [divers] stades ni passer par les [diverses] étapes.

De la réalité essentielle du Coran et en quelle sens il est altéré

C’est cela le Coran sans altération (ta$rîf) ni modification écrit par la révélation divine. Celui qui peut supporter ce Coran est la noble personne du Proche Ami de Dieu absolu, Alî fils d’Abû Xâlib[2], que la Paix soit avec lui, et tous les autres ne peuvent recevoir cette réalité qu’après descente du niveau occulte en la résidence visible, passage par les étapes du Molk et revêtement de l’habit des mots et lettres de ce bas monde. C’est là une des significations de l’altération (ta$rîf) [dont le sens premier, conformément à la dérivation, est celui de “faire lettre”] qui a eu lieu pour tous les Livres divins ainsi que pour le noble Coran, et tous les nobles versets ont été mis à la portée de l’humanité après altération, et même après de nombreuses altérations en rapport avec les stades et étapes traversés depuis la Présence des Noms jusqu’au dernier des mondes manifestes et du Molk. Le nombre de niveaux d’altération correspond point par point à celui des niveaux ésotériques (marâteb-e boxûn) du Coran, sauf que l’altération est — en fonction des niveaux de mondes — la descente de l’occulte absolu au manifeste absolu, tandis que l’ésotérique (boxûn) est le retour du manifeste absolu à l’occulte absolu, les points de départ de l’altération et de l’ésotérique étant donc inverses. Le pèlerin en route vers Dieu est, à chacun des niveaux ésotériques qu’il atteint, délivré d’un niveau d’altération, et lorsqu’il parvient à l’ésotérique absolu, qui est le septième ésotérique, il est absolument délivré de l’altération. […]

Des divers aspects de la grandeur du Coran

Comme tu l’auras compris, la compréhension de l’immensité du Coran [en sa réalité essentielle] est hors de portée, mais il sera fort utile de faire globalement allusion à l’immensité de ce Livre tel qu’il est après sa descente, lequel est à la portée de tous les humains.

Sache, mon cher, que la grandeur de tout propos ou écrit est soit par la grandeur du locuteur et de l’écrivain, soit par celle des thèmes et objectifs, soit par celle des fruits et résultats, soit par celle de l’envoyé et intermédiaire [qui le transmet], soit par celle de celui à qui il est destiné et qui doit l’assumer, soit par celle de celui qui en assure la garde et la préservation, soit par celle de celui qui le commente et l’explicite, soit par celle du moment où il est envoyé et de sa nature. Certaines de ces choses interviennent à titre essentiel et dans la substance même [du propos ou de l’écrit], d’autres en tant qu’accident et incidemment, et d’autres [enfin] sont des révélateurs de la grandeur. Toutes ces choses mentionnées se retrouvent au plus haut point et de la manière la plus parfaite en ce qui concerne ce Livre lumineux, et c’est même là une de ses spécificités, tout autre livre n’y ayant, soit aucune part, soit une participation qui ne touche pas à tous les degrés.

Pour ce qui est de la grandeur du locuteur, énonciateur et auteur, Il est Celui qui a la grandeur absolue : toutes les grandeurs concevables dans le Royaume de ce monde et l’Empire de l’au-delà et tous les pouvoirs descendus dans les mondes invisibles et le monde visible sont des embruns de l’immense activité de manifestation de cette Sainte Essence. Il n’est pas possible que la Réalité suprême Se manifeste à quelqu’un en Son immensité, c’est avec des milliers de voiles et de dais qu’Elle Se manifeste, ainsi que cela est dit dans le hadith* : « Dieu a soixante-dix mille voiles [de lumière et d’obscurité ; s’ils étaient écartés, les transcendantes lumières de Son visage incendieraient tout ce sur quoi porterait Son regard]. »[3] Pour les gens de la connaissance spirituelle, ce Noble Livre émane de la Réalité suprême en tant que Principe de toutes les modalités relevant de l’Essence, des Attributs et des Actes, et [en émane] avec toutes les manifestations de Beauté et de Majesté — rang et statut que n’ont pas les autres Livres révélés.

Pour ce qui est de sa grandeur du fait des contenus, des objectifs et des thèmes, il faudrait y consacrer un ou plusieurs chapitres, voire même des sections, une épître ou un livre pour pouvoir en dire quelque chose par écrit. Nous ferons globalement allusion à ses grands thèmes dans un chapitre indépendant, dans lequel nous ferons aussi allusion, si Dieu le veut, à sa grandeur sous le rapport de ses fruits et résultats.

Pour ce qui est de la grandeur du messager de la Révélation et de l’intermédiaire pour la transmission, il s’agit de Gabriel, l’ange de confiance, l’Esprit suprême avec lequel le plus noble Envoyé,* que Dieu prie sur lui et sa famille et leur donne la Paix, était entré en communion après s’être dégagé de l’enveloppe humaine et avoir orienté son cœur vers la présence de la Domination [des pures réalités spirituelles]. Or [Gabriel] est l’un des quatre piliers du domaine de la réalité[4] et même le plus grand et le plus noble de ces piliers, car cette noble essence lumineuse est l’ange préposé au savoir et à la sagesse et responsable des nourritures spirituelles et subsistances immatérielles. L’on peut retirer du Livre de Dieu et des nobles hadiths* la marque de la grandeur de Gabriel et de sa prééminence sur les autres anges[5].

Pour ce qui est de la grandeur de celui à qui il est destiné et qui doit l’assumer, c’est le Cœur* préservé et immaculé [du Prophète*], [qui est le Cœur] unitif d’Ahmad[6] et [le Cœur] synthétique de Mohammad, auquel la Réalité suprême S’est manifestée avec toutes Ses modalités relevant de l’Essence, des Attributs, des Noms et des Actes. [C’est lui] qui possède le Sceau* de la Prophétie et la Welâyat absolue, qui est la plus noble et la plus grande des créatures, la moelle et le joyau de l’existence, la quintessence du domaine de la réalité et sa dernière pierre, et qui possède les fonctions d’ultime intermédiaire et de lieu-tenant suprême.

Quant à celui qui en assure la garde et la préservation, c’est la Sainte Essence de la Réalité divine toute de Majesté, ainsi qu’Il le dit dans le verset béni « c’est Nous qui avons révélé le Rappel, et c’est Nous qui le préservons » (Cor. 15.9).

Quant à celui qui le commente et l’explicite, ce sont les pures essences des Infaillibles*, depuis l’Envoyé* de Dieu jusqu’à l’Argument de ce temps, [l’Imam Mahdî*] que Dieu hâte son soulagement, qui sont les clés de l’existence, les trésoriers de la magnificence, les mines de la sagesse et de la révélation, les sources des connaissances et des bienfaits, et qui possèdent la station de la synthèse et du détail.

Quant au moment de la révélation, c’est la Nuit de la valeur, qui est la plus grande des nuits, qui « vaut mieux que mille mois » (Cor. 97.3), qui est le plus lumineux des temps et qui est en réalité le moment de l’arrivée du Walî parfait et Sceau* des Envoyés, que Dieu prie sur lui et sa famille, [à la Connaissance suprême] [7].

[y1] Quant à la manière dont eut lieu la révélation et ses procédures, cela dépasse les limites de ce que l’on peut dire dans ce bref traité et nécessiterait un chapitre indépendant auquel nous renonçons en raison de la longueur qui en résulterait.

Chapitre 2
Allusion sommaire aux objectifs, sujets et contenus
du noble Livre divin

Sache que ce Noble Livre, ainsi qu’il l’énonce clairement lui-même, est livre de guidance et d’orientation pour la marche de l’humanité, formateur des âmes, guérison des maladies du cœur et flambeau du cheminement vers Dieu.

Brièvement dit, Dieu le Très-Haut, béni soit-Il, dans Son immense miséricorde pour Ses serviteurs, a fait descendre ce Noble Livre de son niveau de Proximité et de Sainteté d’une manière appropriée aux [divers] mondes jusqu’à ce qu’il arrive en ce monde ténébreux, en cette prison qu’est la nature physique, revêtu de mots et sous forme de lettres, [cela] afin de délivrer ceux qui sont emprisonnés dans l’obscure geôle de ce bas monde, de libérer ceux qui sont pris dans les carcans des vains désirs et faux espoirs, et de les faire parvenir d’au plus bas de l’imperfection, de la faiblesse et de l’animalité, au sommet de la perfection, de la puissance et de l’humanité, depuis le voisinage des démons jusqu’à la compagnie des êtres spirituels, voire même jusqu’à aboutir au niveau de la Proximité et atteindre le degré de la rencontre de Dieu, ce qui est le summum des objectifs recherchés par les gens de Dieu. De ce fait, ce Livre est un livre appelant à la Réalité divine et au bonheur, et un exposé de la manière de parvenir à ce niveau : globalement dit, l’on y trouve tout ce qui intervient dans ce cheminement et pèlerinage sacré ou qui aide le pèlerin et voyageur vers Dieu.

De manière générale, l’un de ses objectifs importants est l’appel à la connaissance de Dieu et l’exposé des connaissances métaphysiques – les modalités de l’Essence, des Attributs, des Noms et des Actes divins –, l’aspect le plus récurrent de cet objectif étant la doctrine de l’unité de l’Essence, des Attributs et des Actes, exposée à fond, parfois de manière explicite et parfois par allusion. Il faut savoir que dans ce Livre divin synthétique, ces connaissances, depuis la connaissance de l’Essence jusqu’à celle des Actes, sont exposées de sorte que chaque catégorie en comprend quelque chose dans la mesure de sa prédisposition. Ainsi, les exotéristes, traditionnalistes et docteurs de la Loi, que Dieu soit satisfait d’eux, explicitent et commentent les nobles versets concernant la doctrine de l’unité, et en particulier de l’unité des Actes, d’une manière qui se distingue et diffère totalement du commentaire qu’en font les gens de la connaissance spirituelle et les ésotéristes, et l’auteur de ces lignes considère les deux comme justes en leur domaine, parce que le Coran est guérison des maux internes et il soigne chaque malade d’une certaine façon. Ainsi, les nobles versets « Il est le Premier et le Dernier, l’Apparent et le Caché » (Cor. 57.3), « Dieu est la lumière des cieux et de la terre » (Cor. 24.35), « c’est Lui qui est divinité au ciel et divinité sur terre » (Cor. 43.84), « et Il est avec vous [où que vous soyez] » (Cor. 57.4), « où que vous vous tourniez, là est le visage de Dieu » (Cor. 2.115), et autres versets concernant l’unité de l’Essence, [de même que] les nobles versets de la fin de la sourate “le rassemblement” (Cor. 59.21-24) et les autres [versets] concernant le taw$îd au niveau des Attributs divins, [et enfin] les nobles versets « tu n’as pas lancé lorsque tu as lancé, mais c’est Dieu qui a lancé » (Cor. 8.17), « louange à Dieu, Seigneur des mondes » (Cor. 1.2), « ce qui est dans les cieux et ce qui est sur terre proclame la transcendance de Dieu » (Cor. 62.1, 64.1), qui concernent le taw$îd au niveau des Actes divins, [tous ces versets] – qui sont, pour certains, des indications gnostiques subtiles et, pour d’autres, plus que subtiles –, sont en quelque manière guérison des maladies pour chacune des diverses catégories de savants exotéristes et ésotéristes. Alors même que certains versets, comme les versets du début de la sourate “le fer” (Cor. 57.1-6) et la sourate bénie “le tawhîd (Cor. 112), sont, d’après un noble hadith [rapporté dans le] Kâfî [8], venus pour des gens profonds de la fin des temps, ils ont aussi de quoi combler les besoins des exotéristes. C’est là un des miracles de ce Noble Livre, qui provient de son caractère synthétique.

Un autre thème et objectif de [ce Livre] est l’appel à réformer son âme, à purifier son intérieur des souillures de la nature physique et à acquérir le bonheur, en somme : comment cheminer et aller en pèlerinage vers Dieu. Ce noble thème se subdivise en deux branches importantes : l’une est le scrupule religieux, avec tous ses degrés, dont le fait de se tenir scrupuleusement à l’écart de tout ce qui est autre que la Réalité divine et de se détourner totalement de tout autre que Dieu ; l’autre est la foi, avec tous ses degrés et modalités, dont le fait de se tourner vers la Réalité divine et de retourner et revenir vers cette Sainte Essence. C’est là un des objectifs importants de ce noble livre, auquel se ramènent directement ou indirectement la plupart de ses thèmes.

Autre thème de ce Livre divin, les récits des Prophètes*, des Awliyâ’ et des sages, ainsi que la manière dont la Réalité divine les a éduqués et dont ils ont éduqué les créatures, récits qui contiennent d’innombrables bénéfices et bien des enseignements. Tant de connaissances divines, tant d’enseignements et de pédagogies seigneuriales sont évoqués et mis en symbole dans ces récits que l’intelligence en reste interdite – gloire à Dieu et à Lui la louange et la grâce. Dans le récit de la création d’Adam, que la Paix soit avec lui, de l’ordre donné aux anges de se prosterner [devant lui], de l’enseignement des Noms [qui lui est donné], de ce qui est arrivé au Diable et à Adam, [récit] évoqué à plusieurs reprises dans le Livre de Dieu, il y a tant d’enseignements, de pédagogies, de sciences et de connaissances pour qui « a du cœur et prête l’oreille en étant attentif » (Cor. 50.37), qu’on en reste frappé de stupeur. Et si les récits coraniques, comme ceux d’Adam, de Moïse, d’Abraham et des autres Prophètes, que la Paix soit avec eux, sont répétés plusieurs fois, c’est précisément parce que ce Livre n’est pas un livre de récits et d’histoires, mais un livre de cheminement et de pèlerinage spirituels vers Dieu, livre du taw$îd, de connaissances, d’exhortations et de principes de sagesse, et que dans ces choses-là, la répétition est souhaitable pour qu’elles fassent effet sur les âmes endurcies et que les cœurs en tirent leçon.

Sur la raison d’être de la répétition des récits coraniques

Autrement dit, pour que les différentes âmes et les divers cœurs puissent chacun en bénéficier, celui qui veut éduquer et enseigner, avertir et annoncer, doit inculquer l’objectif visé au moyen d’expressions différentes et d’exposés divers, parfois au sein d’un récit et d’une anecdote, parfois par l’histoire et la relation d’événements, parfois crûment et d’autres fois par des exemples, des allégories et des symboles. Or, comme ce Noble Livre est fait pour le bonheur de toutes les catégories et pour l’ensemble de la famille humaine – et que le genre humain est diversifié sous le rapport des états d’âmes, des us et coutumes, des caractères, des conditions de temps et de lieu –, il n’était pas possible de les appeler tous d’une manière unique. Maintes âmes ne sont pas prêtes à recevoir des enseignements crus et pour qu’on leur présente des thèmes bruts, et elles n’en subiront aucune influence : il faut appeler ceux-là et leur faire comprendre l’objectif visé d’une manière qui s’accorde avec la configuration de leur esprit. Maintes âmes n’ont rien à faire de récits, d’anecdotes et d’histoires, mais sont attachées au cœur des questions et à l’essentiel des objectifs visés : on ne peut mettre ceux-là sur le même plan que les premiers. Que de cœurs auxquels il convient d’être effrayés, et combien dont l’affaire est promesse et bonne nouvelle ! C’est pour cette raison que ce Noble Livre a appelé les gens de différentes manières, par des arts multiples et des voies diverses. La répétition est nécessaire et inévitable dans un tel livre : un appel et une exhortation sans répétition et variation sortiraient du domaine de l’éloquence, et ce que l’on en attend – qu’ils fassent effet sur les âmes – ne se produirait pas sans répétition.

Pourtant, les choses se présentent si agréablement dans ce Noble Livre, que leur répétition ne lasse pas. Au contraire, chaque fois qu’il reprend un thème, il s’y trouve des spécificités et des compléments qui n’y sont pas les autres fois. Plus encore, à chaque fois il a concentré l’attention sur un point important de gnose* ou d’éthique et axé toute l’histoire sur lui. Développer ce point nécessiterait de traiter exhaustivement des récits coraniques, ce qui ne peut trouver place dans ces pages condensées. L’homme faible et sans ressource que je suis a inscrit parmi ses vœux de réaliser dans la mesure du possible, avec l’aide de Dieu, un livre consacré aux récits coraniques et à l’explicitation de leurs symboles et de la manière dont ils enseignent et éduquent, bien que cela soit, de la part d’un homme tel que l’auteur de ces lignes, un vœu bien infondé et une bien vaine illusion. En somme, l’évocation des récits des Prophètes*, que la Paix soit avec eux, des circonstances de leur cheminement et pèlerinage spirituels, de la manière dont ils éduquaient les serviteurs de Dieu, leurs sagesses, leurs exhortations et leurs controverses [faites] de la plus belle manière, [tout cela] est une des plus grandes portes ouvrant sur les connaissances et les sagesses et une des plus hautes voies d’accès au bonheur et aux enseignements que la Réalité suprême à la gloire majestueuse ait ouvertes devant Ses serviteurs. Tout comme les maîtres de la connaissance spirituelle et les compagnons du pèlerinage intérieur et de la pratique ascétique ont de cela une part abondante qui comble leur besoin, les autres en ont aussi une part pleine et illimitée.

Ainsi, à titre d’exemple, les versets [suivants, concernant Abraham] : « Lorsque la nuit l’enveloppa, il vit une étoile [et dit : “C’est cela mon Seigneur ?!”, puis lorsqu’elle disparut, il dit : “Je n’aime pas ceux qui disparaissent”. Puis, lorsqu’il vit la lune se lever, il dit : “C’est cela mon Seigneur ?!”, et lorsqu’elle disparut, il dit : “Si mon Seigneur ne me guidait pas, je serais au nombre des égarés”. Puis, lorsqu’il vit le soleil se lever, il dit : “C’est cela mon Seigneur ?! Celui-ci est plus grand ?!”, et lorsqu’il disparut, il dit : “O mon peuple, je n’ai rien à voir avec ce que vous associez [à Dieu] ! Je me suis purement tourné vers Celui qui a créé les cieux et la terre, et je ne suis pas au nombre des polythéistes !”] » (Cor. 6.76-9). Les gens de la connaissance spirituelle en comprennent ce que fut le pèlerinage et cheminement spirituels de Sa Seigneurie Abraham, que la Paix soit avec lui, en apprennent la voie du pèlerinage vers Dieu et du cheminement vers Lui et en saisissent la réalité du cheminement intérieur et du pèlerinage spirituel depuis le fin fond des ténèbres de la nature physique – que l’on exprime dans cette voie par « lorsque la nuit l’enveloppa » – jusqu’au rejet complet de toute personnalité et individualité, à l’abandon de l’ego et de l’égoïsme, à l’arrivée en la station de sainteté et à l’entrée dans l’assemblée d’intimité – ce que désigne dans cette voie « je me suis purement tourné vers Celui qui a créé les cieux et la terre, [et je ne suis pas au nombre des polythéistes !] ». D’autres en comprennent le cheminement extérieur et la manière dont l’Ami intime du Tout-Miséricordieux a éduqué et enseigné sa communauté. Il en va de même pour les autres récits et anecdotes, comme les récits d’Adam, d’Abraham, de Moïse, de Joseph, de Jésus et de la rencontre de Moïse et de Khe*r (Cor. 18.65-82), ce qu’en retirent les gens de la connaissance spirituelle et de la pratique ascétique et les autres étant chaque fois différent.

Entrent dans cette partie – ou constituent un objectif à part ? – les sagesses et exhortations de la Sainte Essence de la Réalité divine qui, chaque fois que c’était approprié, soit a appelé Elle-même avec force les serviteurs aux connaissances métaphysiques, au taw$îd et à la transcendance, comme dans la sourate bénie “le taw$îd (Cor. 112), la fin de la sourate “le rassemblement” (Cor. 59.21-4), le début de la sourate “le fer” (Cor. 57.1-6) et d’autres endroits du Noble Livre divin. Ce que [les éminents gnostiques*], compagnons du Cœur* et de la précellence, retirent de cette partie [du Livre] est inestimable. Par exemple, du verset « celui qui sort de sa demeure émigrant vers Dieu et Son Envoyé* et que la mort atteint, sa récompense incombe à Dieu » (Cor. 4.100), les compagnons des connaissances spirituelles retirent [les enseignements concernant] la proximité relevant des œuvres surérogatoires et la proximité relevant des œuvres obligatoires[9], tandis que les autres en comprennent la sortie physique et l’émigration à La Mecque ou à Médine, par exemple. Soit [Dieu] a appelé à la réforme des âmes et à l’ascèse morale, comme dans le noble verset « réussit celui qui la purifie et se voit déçu celui qui la délaisse » (Cor. 91.9-10), etc… Soit [encore] Il a appelé aux bonnes œuvres, comme on le sait, ou mis en garde contre ce qui est à l’opposé de chacune d’entre elles ; entrent également dans cette partie les sagesses de Loqmân et d’autres grands personnages et fidèles qui sont évoqués à des occasions diverses dans ce Livre divin, comme ce qui concerne les compagnons de la caverne (Cor. 18.9-22).

Un autre thème de ce Livre lumineux est l’exposé de la situation des infidèles, des mécréants, des opposants à la Réalité divine et à la vérité et des adversaires acharnés des Prophètes* et des Awliyâ’, que la Paix soit avec eux, ainsi que l’exposé de la manière dont ils finissent, de leur perdition et de leur anéantissement, comme ce qui concerne Pharaon, Qârûn, Nemrod, Shaddâd et les compagnons de l’éléphant, et autres infidèles et pervers. En chacun de ces cas se trouvent, pour qui est qualifié, des exhortations, des sagesses et même des connaissances spirituelles. C’est dans cette partie qu’entre tout ce qui concerne le Diable maudit. C’est aussi dans cette partie – à moins que ce ne soit une partie indépendante ? – qu’entre tout ce qui concerne les expéditions de l’Envoyé* de Dieu, que Dieu prie sur lui et sa famille, à propos desquelles se trouvent également évoqués de nobles thèmes, dont l’un est la manière dont combattaient les compagnons de l’Envoyé de Dieu, que Dieu prie sur lui et sa famille, [cela] afin de réveiller les musulmans du sommeil de l’insouciance et de les stimuler pour combattre dans la voie de Dieu, pour mettre en application la parole de vérité et mettre un terme à la vanité.

Un autre thème du Noble Coran est l’exposé des prescriptions qui constituent l’exotérisme de la Loi révélée et des règles et pratiques divines, dont les principes généraux et les point importants ont été mentionnés dans ce Livre lumineux. Cette partie est essentiellement constituée par l’appel à ces choses en elles-mêmes et en leurs grands principes, comme c’est le cas pour la Prière rituelle, la zakât, le khoms, le £addj, le jeûne, le djehâd, le mariage, l’héritage, le talion*, les peines* légales, le commerce et autres choses analogues. Étant donné que cette partie, qui est la science de l’exotérisme de la Loi révélée, est d’utilité commune et établie pour toutes les catégories de gens en vue de l’édification du monde d’ici-bas aussi bien que de l’au-delà, que [donc] toutes ces catégories en ont l’utilité dans leur propre mesure, en conséquence de cela, il est beaucoup d’appels en ce sens dans le Livre de Dieu, les points de détail et les particularités se retrouvent de même en abondance dans les hadiths* et les traditions, et les œuvres des docteurs de la Loi sont plus nombreuses et plus importantes en ce qui concerne cette partie que pour les autres.

Un autre thème du Noble Coran est ce qui concerne le retour final, les preuves qui l’établissent, la nature des tourments, châtiments, rétributions et récompenses, et les descriptions détaillées du Paradis, du Feu infernal, des tourments et des délices. Dans cette partie sont évoqués les états et degrés des bienheureux : gens de la connaissance spirituelle et rapprochés, gens de l’ascèse et pèlerins spirituels, gens de la pratique cultuelle et dévots. [Sont évoqués] de même les états et degrés des malheureux : infidèles et gens aveuglés par leurs voiles, hypocrites et mécréants, pécheurs et dépravés. Cependant, ce qui a plus d’intérêt pour la majorité a été plus souvent évoqué, et exprimé ouvertement, tandis que ce qui intéresse une catégorie spécifique l’a été par voie d’allusion et de symbole. [On trouve] par exemple, pour ce groupe-ci, [le verset] « et la satisfaction de Dieu est supérieure » (Cor. 9.72) et les versets concernant la rencontre de Dieu, et pour l’autre groupe, [le verset] « et bien non, ce jour-là ils seront séparés de leur Seigneur par leurs voiles ! » (Cor. 83.15). Dans cette partie – je veux dire la partie qui évoque en détail l’eschatologie et le retour vers Dieu – sont évoquées des connaissances innombrables et des secrets forts difficiles que l’on ne peut pénétrer que par la voie de la démonstration ou la lumière de la gnose*.

Un autre thème de ce Livre divin est la manière dont la Sainte Essence de la Réalité suprême a Elle-même argumenté ou fait une démonstration pour établir des vérités et des connaissances métaphysiques. [On a] par exemple l’argumentation pour établir l’existence de la Réalité divine, Son unité, Sa transcendance, Son savoir, Son pouvoir et les autres Attributs de perfection. Il se trouve parfois dans cette partie des preuves subtiles dont [seuls] les gens de la connaissance spirituelle bénéficient pleinement – comme par exemple [le verset] « Dieu atteste qu’il n’y a de Dieu que Lui » (Cor. 3.18) –, et d’autres fois ce sont des preuves dont les sages et les savants bénéficient d’une certaine manière, et les exotéristes et le commun d’une autre – comme les versets « s’il se trouvait dans les deux [mondes] des divinités en dehors de Dieu, ils se corrompraient » (Cor. 21.22), « alors, chaque divinité s’en irait avec ce qu’elle aurait créé » (Cor. 23.91), les versets du début de la sourate “le fer” (Cor. 57.1-6), la sourate “le taw$îd(Cor. 112), etc. –. Comme exemple [d’argumentation divine, on a encore] l’argumentation pour établir le ma‘âd [ou « Retour final » vers Dieu], le retour des esprits et la création de l’autre monde, ainsi que l’argumentation pour établir l’existence des anges et des vénérables Prophètes*, [argumentations] qui se retrouvent en divers passages de ce Noble Livre. Voilà pour les argumentations de la Sainte Essence Elle-même. Par ailleurs, la Réalité suprême a rapporté les preuves des Prophètes et savants pour établir les connaissances spirituelles, comme les argumentations [d’Abraham] l’Ami intime du Tout-Miséricordieux, que la Paix divine soit avec lui, et autres.

Ce sont là les thèmes importants de ce Livre, mais il y a encore par ailleurs des thèmes variés dont l’inventaire demanderait du temps.

Chapitre 3
De la manière de tirer profit du Noble Coran

Maintenant que tu sais quels sont les objectifs et les thèmes de ce Livre divin, il te faut prendre en considération une question importante : en y prêtant attention, le moyen de bénéficier du Noble Livre s’offrira à toi et les portes des connaissances et des sagesses s’ouvriront à ton cœur. Il s’agit du fait d’avoir par rapport au Noble Livre divin un regard didactique : que tu le considères comme un Livre qui a pour fin d’enseigner et d’être profitable et que tu te considères toi comme chargé d’apprendre et de tirer profit. Ce que nous voulons dire par enseigner et apprendre et par être profitable et tirer profit, ce n’est pas que tu en étudies les aspects littéraires et grammaticaux ou la stylistique et les points de rhétorique, ou que tu portes sur ses récits et anecdotes un regard historique visant à la connaissance des peuples passés : rien de tout cela n’entre dans les objectifs du Coran et c’est à mille lieues de la visée fondamentale du Livre divin. C’est bien pour cela que nous tirons si peu de bénéfice de ce grand Livre. Soit – et c’est généralement ainsi que nous sommes – nous n’avons pas envers lui un regard relevant de l’enseignement et de l’apprentissage : nous ne lisons le Coran que pour la récompense et la rétribution et, de ce fait, nous ne prêtons pas attention à autre chose qu’à la qualité de la psalmodie. Nous voulons réciter correctement le Coran pour être gratifiés d’une récompense : nous nous arrêtons là et nous contentons de cela, et de ce fait nous lisons le Noble Coran pendant quarante ans sans que se produise d’autre bénéfice que la rétribution et la récompense de la lecture. Soit, si nous avons un regard relevant de l’enseignement et de l’apprentissage, nous nous occupons des points de rhétorique et de ce qu’ils ont d’inimitable ; ou en s’élevant un peu plus, [nous nous occupons] des aspects historiques, des occasions et moments de la révélation des versets, si ces versets et sourates sont de La Mecque ou de Médine, des divergences de lecture et des divergences des commentateurs sunnites et shiites, et autres choses non essentielles et étrangères à l’objectif [du Coran] qui, d’elles-mêmes, font que l’on reste voilé à l’égard du Coran et inattentif au rappel divin. Bien plus, le principal intérêt de nos grands commentateurs du Coran est également allé à un ou plusieurs de ces aspects et ils n’ont pas ouvert aux gens la porte des enseignements.

Du devoir des commentateurs

De l’avis de l’auteur de ces lignes, jusqu’à présent il n’a pas été fait de commentaire du Livre de Dieu. D’une manière générale, est “commentaire” d’un livre ce qui explique les objectifs de ce livre et qui se préoccupe d’expliciter l’intention de celui qui a fait le livre. Ce Noble Livre étant, comme en atteste Dieu le Très-Haut, livre de guidance et d’enseignement, et lumière [éclairant] la voie du cheminement de l’humanité, il faut que le commentateur fasse comprendre à l’apprenant, à propos de chacune de ses histoires et même de chacun de ses versets, en quoi ils conduisent vers le monde métaphysique et guident sur les voies du bonheur et dans le parcours de la voie de la connaissance et de l’humanité. Un commentateur est [véritablement] commentateur lorsqu’il nous fait comprendre l’objectif de la révélation, pas son occasion comme c’est le cas dans les commentaires [existants]. Dans le récit d’Adam et Ève et de leurs démêlés avec le Diable, depuis le début de leur création jusqu’à leur arrivée sur terre, [récit] que Dieu le Très-Haut a plusieurs fois répété dans Son Livre, combien de connaissances et d’exhortations sont évoquées et indiquées symboliquement, combien nous fait-Il connaître de vices de l’âme et de caractères diaboliques et combien de perfections [de l’âme] et de connaissances adamiques, et nous y sommes inattentifs !

En somme, le Livre de Dieu étant Livre de connaissance, d’éthique et d’appel au bonheur et à la perfection, le commentaire aussi doit être un livre de connaissance et d’éthique, et expliciter ces aspects de connaissance et d’éthique ainsi que les autres aspects d’appel au bonheur. Un commentateur qui est inattentif, qui délaisse ou qui ne se préoccupe pas de cet aspect, s’est montré inattentif au propos du Coran et à l’intention essentielle des Révélations et des Missions prophétiques. C’est là une erreur qui a empêché durant des siècles cette communauté de bénéficier de ce Noble Coran et qui a fermé aux gens la voie de la guidance.

Comme quoi la manière dont il faut commenter le Coran peut être déduite des objectifs mêmes du Coran

L’objet de la Révélation de ce Livre – en mettant de côté ce qui relève de la démonstration intellectuelle, qui nous fait elle aussi comprendre quel est cet objectif –, c’est du Livre de Dieu lui-même qu’il nous faut le retirer : l’auteur d’un livre est mieux au fait de son objectif. Voyons [donc] à présent ce que dit cet Auteur à propos des ce qui importe dans le Coran. Nous le voyons dire : « Voilà le Livre, point de doute en lui, guidance pour ceux qui sont scrupuleux [vis-à-vis de Dieu] » (Cor. 2.2), appelant ce Livre livre de guidance. Nous le voyons répéter à plusieurs reprises dans une courte sourate : « Nous avons rendu le Coran facile pour que l’on se rappelle : y a-t-il quelqu’un pour se rappeler ? » (Cor. 54.17, 22, 32, 40). Nous le voyons dire : « Nous t’avons révélé le Rappel afin que tu explicites pour les gens ce qui leur a été révélé, peut-être bien qu’ils réfléchiront ! » (Cor. 16.44) et « un Livre béni que Nous t’avons révélé afin qu’ils méditent ses versets et que les gens doués d’intelligence se rappellent » (Cor. 38.29), et d’autres nobles versets encore dont la mention serait longue.

En tout état de cause, notre propos en disant cela n’est pas de critiquer les commentaires, car chacun des commentateurs a fait beaucoup d’efforts et peiné on ne peut plus pour produire un livre de valeur — le bien qu’ils ont fait est pour Dieu, que Dieu les en récompense. Notre propos est qu’il faut ouvrir aux gens la voie permettant de bénéficier de ce Noble Livre, qui est le seul livre de Pèlerinage vers Dieu et un livre unique de formation des âmes et de règles et comportements sacrés, qui est le plus grand moyen reliant le Créateur et les créatures, la prise sûre et le lien solide pour se rattacher à la toute-puissance de la Seigneurie. Que les savants et commentateurs écrivent des commentaires en persan et en arabe et que leur propos soit d’expliciter les prescriptions et enseignements relatifs à la connaissance et à l’éthique, d’exposer comment la créature est reliée au Créateur, d’exposer ce qu’est l’émigration de cette demeure trompeuse vers la demeure heureuse, de la manière dont [tout] cela est consigné dans ce Noble Livre. Celui qui a fait ce Livre n’est pas Sakkâkî ou le Shaykh[10] pour que son objectif soit la rhétorique et l’éloquence ; ce n’est pas Sîbawayh ou Khalîl[11] pour que son propos soit la syntaxe et la morphologie ; ce n’est pas Mas‘ûdî ou Ibn Khallekân[12] pour faire des recherches au sujet de l’histoire du monde ; ce Livre n’est pas comme le bâton ou la main blanchie de Moïse[13] ou le souffle de Jésus ressuscitant les morts[14] pour n’être venu que comme miracle inimitable servant à prouver la véracité du Sceau* des Prophètes[y2] ; non, ce Livre divin est le Livre faisant vivre les cœurs de la vie éternelle du savoir et des connaissances divines, c’est le Livre de Dieu le Très-Haut et Majestueux et il invite aux choses divines. Le commentateur doit enseigner les choses divines aux gens et les gens doivent se référer à lui pour apprendre les choses divines afin d’en bénéficier. « Nous faisons descendre comme Coran ce qui est guérison et miséricorde pour les fidèles et ne fait qu’augmenter la perdition des injustes » (Cor. 17.82) : quelle perdition plus grande que de lire le Livre divin et de se référer aux commentaires durant trente ou quarante ans et de ne pas en réaliser les objectifs ? « Seigneur, nous avons été injuste envers nous-mêmes et si Tu ne nous pardonnes pas, nous serons au nombre des perdants » (Cor. 7.23). [15]

Chapitre 4
Éliminer les obstacles qui empêchent de tirer profit du Coran

Maintenant que la grandeur du Coran sous tous les aspects qui impliquent la grandeur a été vue et que la voie pour bénéficier de ses thèmes a été ouverte, celui qui veut apprendre et bénéficier du Livre de Dieu doit mettre en application une autre règle spirituelle importante afin que le bénéfice se réalise : il s’agit d’éliminer ce qui empêche de bénéficier, ce que nous désignons comme les voiles entre celui qui veut bénéficier et le Coran. Ces voiles sont nombreux et nous allons en indiquer quelques uns.

Des voiles qui s’interposent entre le lecteur
et la compréhension du Coran

Un des grands voiles est celui de la prétention, l’apprenant se voyant lui-même, du fait de ce voile, comme indépendant et n’ayant pas besoin de bénéficier. C’est là une des importantes réussites de Satan, qui fait toujours briller pour l’homme des perfections illusoires, qui le fait se satisfaire et se contenter de ce qu’il a et qui déprécie à ses yeux tout ce qui est au-delà. Par exemple, il fait [en sorte] que les spécialistes de la psalmodie du Coran se contentent de cette science de peu d’importance, la faisant briller à leurs yeux de mille feux et leur faisant oublier les autres sciences ; il leur applique à eux-mêmes, dans leur esprit, le terme de “porteurs du Coran” et les prive de comprendre et de bénéficier du lumineux Livre divin. Il fait se satisfaire les gens de lettres de la forme sans l’esprit et leur fait voir ce qu’ils ont comme étant la totalité des modalités du Coran. Il occupe habituellement les commentateurs aux variantes de lecture et aux opinions variées des spécialistes du lexique, à la chronologie de la révélation, au caractère mecquois ou médinois [des versets et sourates], au nombre de versets et de lettres [des sourates], et à ce qui relève de cet ordre de choses. Il fait également [en sorte] que les savants se contentent des modalités de l’expression, des méthodes d’argumentation et autres choses du même ordre. Il enferme même le sage, le philosophe et le maître en gnose* théorique dans le voile épais des termes techniques, des concepts et des choses de ce genre.

Celui qui veut bénéficier [du Livre de Dieu] doit déchirer tous ces voiles, regarder le Coran par delà ces voiles et ne s’arrêter à aucun d’entre eux, car il resterait en arrière de la caravane des pèlerins vers Dieu et serait privé [d’entendre] les attrayants appels divins. L’injonction de ne pas s’arrêter à une limite déterminée et de ne pas s’en contenter peut être tirée du Noble Coran même : il y a de fréquentes allusions à cela dans les récits coraniques. Sa Seigneurie Moïse, l’Interlocuteur [de Dieu], malgré le haut rang de la fonction prophétique, ne s’est pas contenté de ce rang et ne s’est pas arrêté au niveau considérable de son savoir. Avec quelle humilité et docilité il dit, dès qu’il rencontra une personne de la perfection de Khe*r : « Puis-je te suivre pour que tu m’enseignes quelque chose de la guidance qui t’a été donnée ? » (Cor. 18.66) ; et il s’attacha à son service jusqu’à ce qu’il apprenne les savoirs dont il devait bénéficier. Sa Seigneurie Abraham, que la Paix soit avec lui, ne s’est pas contenté du haut rang de la foi et du savoir propre aux Prophètes*, la Paix soit avec eux, et il déclara : « Seigneur, montre-moi comment Tu ressuscites les morts » (Cor. 2.260) ; il voulut s’élever de la foi du cœur au niveau de la sérénité due à la contemplation. Plus haut encore, cette injonction que Dieu le Très-Haut, béni soit-Il, fait dans un verset à ce seigneur qui a le rang de Sceau* [des Prophètes], la plus savante de toutes les créatures de Dieu de manière absolue : « Dis : “Seigneur, augmente mon savoir” » (Cor. 20.114). Ces injonctions du Livre divin, ces récits des Prophètes* qui sont rapportés, c’est pour nous servir d’avertissement et pour nous éveiller du sommeil de l’inattention.

Le voile des opinions erronées

Un autre voile est celui des fausses opinions et des voies et écoles erronées, qui proviennent parfois d’une mauvaise prédisposition de la personne elle-même, mais le plus souvent du fait de suivre et d’imiter sans comprendre. Cela fait partie des voiles qui nous ont tout particulièrement aveuglés aux connaissances du Coran. Si par exemple, du simple fait de l’avoir entendue de ses père et mère ou de quelque prédicateur ignorant, une fausse conviction s’est enracinée en notre cœur*, cette conviction devient un voile entre nous et les nobles versets divins, et si l’on [nous] apporte des milliers de versets et de hadiths* qui la contredisent, soit nous les détournerons de leur sens apparent, soit nous n’essayerons pas de les comprendre. Il y a bien des exemples en ce qui concerne les convictions et les connaissances, mais je me garderai de les énumérer parce que je sais que ces voiles ne seront pas déchirés par les paroles de quelqu’un comme moi. Toutefois, à titre d’illustration, j’en indiquerai un qui est, tout compte fait, plus accessible.

Tous les versets qui concernent la rencontre et la connaissance de Dieu, tous les hadiths qui existent à ce sujet et toutes les indications explicites, allusives et allégoriques qui se trouvent dans les invocations et oraisons intimes des Imams*, que la Paix soit avec eux, [et bien] on les interprète et on leur cherche des justifications du simple fait de cette conviction, née chez des individus ignares en ce domaine et répandue par eux, comme quoi la voie de la connaissance de Dieu est totalement close, et du fait qu’ils ont assimilé la connaissance de Dieu et la contemplation de la Beauté à la réflexion sur l’Essence sous le rapport où elle est interdite et même impossible ; ou alors ils ne s’engagent carrément pas en ce domaine et ne se familiarisent pas avec des connaissances qui sont la grande joie des Prophètes et des Awliyâ’ ! Voilà qui afflige profondément les gens de Dieu, que l’on ait [ainsi] fermé aux gens une porte de la connaissance dont on peut dire qu’elle est la finalité de la mission des Prophètes et le terme de la quête des Awliyâ’, à tel point qu’en souffler mot est considéré comme pure infidélité et parfaite hérésie. Ces gens-là mettent sur un même plan les connaissances des Prophètes et Awliyâ’ et celles du commun et des femmes en ce qui concerne l’Essence, les Noms et les Attributs de la Réalité divine. Bien plus, on entend parfois de leur part des choses encore plus énormes : « Untel, disent-ils, a une bonne foi de charbonnier, si seulement nous avions la même ! ». Il a raison, parce que le malheureux qui prononce ces paroles a perdu les convictions du commun et qu’il considère les autres connaissances, celles de l’élite et des gens de Dieu, comme nulles. Ce souhait est exactement comme celui qu’un verset divin rapporte des infidèles : « L’infidèle dira : “Ah ! Si seulement j’étais poussière !” » (Cor. 78.40).

Si nous voulions évoquer en détail les versets et hadiths* relatifs à la rencontre de Dieu, pour que soit clairement discréditée cette fausse conviction née de l’ignorance et d’une fatuité satanique, il y faudrait un livre à part, sans parler [de ce qu’il faudrait] si nous voulions faire état des connaissances qui sont tombées dans l’oubli du fait de cet épais voile satanique, pour que l’on se rende compte qu’il s’agit là d’un des degrés de la séparation d’avec le Coran et de l’abandon du Coran – chose qui, de toutes, est sans doute la plus affligeante –, [abandon] dont il est fait mention dans le noble verset : « l’Envoyé* dit : “O Seigneur, mon peuple a laissé ce Coran à l’abandon” » (Cor. 25.30).

Des degrés d’abandon du Coran

Abandonner le Coran comporte bien des niveaux et d’innombrables degrés, dont la plupart nous concernent peut-être bien nous-mêmes. Si, par exemple, nous revêtons ce Livre divin d’une précieuse et jolie reliure, l’embrassant et le posant sur nos yeux au moment de le lire ou de l’ouvrir pour en tirer un augure, ne l’aurons-nous pas laissé à l’abandon ? Si nous occupons la plupart de notre vie à sa psalmodie et à ses aspects linguistiques et rhétoriques, aurons-nous fait sortir ce Noble Livre de son état d’abandon ? Si nous apprenons les diverses lectures et autres choses semblables, aurons-nous évité la honte d’avoir abandonné le Coran ? Si nous étudions les aspects d’inimitabilité du Coran et ses figures de style, serons-nous quitte de la plainte de l’Envoyé de Dieu, que Dieu prie sur lui et sa famille et leur donne la Paix ?

Loin de là ! Rien de tout cela n’est ce que le Coran et Celui qui l’a révélé ont en vue : le Coran est un Livre divin et ce qu’il y a en lui, ce sont des choses relevant de la Divinité ! Le Coran est la corde tendue entre le Créateur et la créature, et c’est par le biais de ses enseignements que doit s’établir une relation spirituelle et une communication surnaturelle entre les serviteurs de Dieu et leur Maître : c’est du Coran que doivent être obtenues les sciences spirituelles et les connaissances inspirées. L’Envoyé de Dieu, que Dieu prie sur lui et sa famille, a dit, d’après un hadith du Kâfî : « Il n’est que trois savoirs : un signe solide, un devoir juste et une pratique établie. »[16] Le Noble Coran est porteur de ces savoirs : si nous apprenons du Coran ces savoirs, nous ne l’aurons pas laissé à l’abandon. Si nous répondons aux appels du Coran et que nous tirons des enseignements des récits des Prophètes*, que la Paix soit avec eux, qui sont pleins d’exhortations, de connaissances et de sagesses, et si nous tirons des leçons des exhortations de Dieu le Très-Haut et de celles des Prophètes et des sages qui sont mentionnées dans le Coran, nous n’aurons pas laissé le Coran à l’abandon. Mais sinon, l’étude approfondie de la forme apparente du Coran est encore de « l’attachement indéfectible à la terre »[17] et fait partie des tentations de Satan contre lesquelles il faut chercher refuge en Dieu.

Comment tirer profit du Coran sans faire de
l’interprétation selon son opinion

Un autre voile qui empêche de bénéficier de ce Livre lumineux est de croire que personne n’a le droit de tirer du Noble Coran autre chose que ce que les commentateurs ont écrit ou compris. On a confondu la réflexion et la méditation sur les nobles versets avec le commentaire selon son opinion, lequel est interdit. Du fait de cette fausse opinion et de cette conviction erronée, on s’est privé de toutes sortes de bénéfices du Noble Coran et on l’a laissé complètement à l’abandon, alors que retirer des bénéfices relevant de l’éthique, de la foi et de la gnose* n’a rien à voir avec un commentaire pour que ce puisse être un “commentaire selon son opinion”. Par exemple, si quelqu’un déduit de la nature des entretiens de Sa Seigneurie Moïse avec Khe*r, de la manière dont ils se comportent ensemble, du voyage de Sa Seigneurie Moïse – nonobstant l’importance du rang de la Prophétie – pour obtenir un savoir qu’il n’avait pas, de la manière dont il expose sa requête à Sa Seigneurie Khe*r – comme cela est mentionné dans le noble verset « puis-je te suivre pour que tu m’enseignes quelque chose de la guidance que tu as reçue ? » (Cor. 18.66) –, de la manière dont Khe*r lui répond et des excuses que présente Sa Seigneurie Moïse, [si quelqu’un déduit de tout cela] l’importance du rang du savoir et les règles de comportement de l’élève avec le maître – qui sont peut-être vingt dans ce [récit] –, quel rapport cela a-t-il avec un commentaire pour que ce puisse être un commentaire selon son opinion ? Or bien des bénéfices que l’on retire du Coran sont de cet ordre. Dans le domaine des connaissances spirituelles, par exemple, si à partir de la parole de Dieu le Très-Haut « la louange est à Dieu, Seigneur des mondes » (Cor. 1.2) – qui restreint toutes les louanges et attribue exclusivement tous les éloges à la Réalité suprême –, quelqu’un déduit la doctrine de l’unité des Actes et dit que l’on peut déduire de ce noble verset que toute beauté et perfection ainsi que toute puissance et majesté qui se trouve dans le monde – et qu’un regard qui louche et un cœur* empêtré dans ses voiles attribuent aux existants – provient [en réalité] de Dieu le Très-Haut, qu’aucun existant n’a rien de par lui-même, et que pour cette raison louange et éloge sont exclusivement pour la Réalité divine sans que personne n’y soit associé, quel rapport cela a-t-il avec un commentaire pour que l’on puisse ou non le nommer “commentaire selon son opinion”. Et ainsi de suite pour d’autres choses que l’on retire de ce qui est impliqué dans les propos, ce qui n’a aucun rapport avec un commentaire.

Comme quoi l’interprétation selon son opinion [qui a été interdite] porte proprement sur les versets relatifs aux prescriptions légales et ne concerne pas les versets relatifs aux connaissances spirituelles
et à l’éthique

Du reste il faut dire, à propos du commentaire selon son opinion, qu’il est bien possible qu’il ne concerne pas les versets portant sur les connaissances et les savoirs intelligibles – car ils répondent aux critères de la démonstration­ –, ni les versets au contenu éthique – car l’intelligence y intervient –, parce que les commentaires [de ces versets] sont conformes à une démonstration intellectuelle solide ou à des considérations intellectuelles patentes, à telle enseigne que si le sens apparent [d’un verset] est en contradiction avec ces [données de l’intelligence], il faut détourner ce [verset] de ce sens apparent. Les nobles versets « et ton Seigneur viendra » (Cor. 89.22) et « le Tout-Miséricordieux, établi sur le trône » (Cor. 20.5), par exemple, à propos desquels ce que l’on comprend selon le langage courant est en contradiction avec la démonstration [comme quoi Dieu n’a pas de corps ni de lieu], rejeter ce sens apparent et les commenter en conformité avec la démonstration n’est pas faire un “commentaire selon son opinion” et n’est en aucune manière interdit. Il est donc probable, et même vraisemblable, que le commentaire selon son opinion se rapporte aux versets portant sur les prescriptions [légales], qui sont hors de portée des opinions et des intelligences et qu’il faut recevoir avec pure servitude et soumission de la part des trésoriers de la révélation et des lieux où descendent les anges de Dieu [c’est-à-dire les Prophètes* et les Imams*]. Ainsi, la plupart des nobles hadiths* à ce propos sont venues en opposition avec les docteurs de la Loi sunnites qui voulaient comprendre la religion de Dieu au moyen de leur propre intelligence et de raisonnements par analogie. Le fait qu’il soit dit dans certain noble hadith que « rien n’est plus éloigné des intelligences humaines que le commentaire du Coran » [18], et de même le noble hadith qui dit que « la religion de Dieu ne s’atteint pas par les intelligences » [19], atteste que ce qui est visé par “la religion de Dieu”, ce sont les prescriptions religieuses auxquelles il faut se soumettre, car sinon, établir l’existence du Créateur, Son unité, Sa transcendance, établir la réalité de la Prophétie et du retour [final à Dieu], voire la totalité des connaissances spirituelles, tout cela est un droit absolu des intelligences et leur revient en propre. Et si l’on trouve dans les propos de certain traditionniste de haut niveau que pour établir l’unicité divine on s’en remet à ce qu’indique la tradition, c’est là une bizarrerie et même une calamité contre laquelle il faut chercher refuge en Dieu le Très-Haut ; il n’est pas besoin de faire ressortir les vices et les faiblesses de ces propos, c’est à Dieu que l’on se plaint !

Le voile des désobéissances

Un autre voile qui empêche de comprendre le Noble Coran et de bénéficier des connaissances et des exhortations de ce Livre céleste est le voile des désobéissances et des ternissures qui résultent de la rébellion et de l’insoumission à l’égard du Saint Seigneur des mondes, [voile] qui empêche le cœur* de saisir les vérités. Il faut savoir que, de même que chaque acte, bon ou mauvais, a une forme qui lui correspond dans l’Empire* du monde intermédiaire, il a aussi dans l’empire de l’âme une forme par le biais de laquelle, — soit il se produit dans le fond intérieur de l’empire de l’âme un état lumineux, le cœur devenant pur et illuminé et l’âme devenant alors comme un miroir poli et limpide, propre à être le lieu des théophanies métaphysiques et de l’apparition des vérités et connaissances, — soit l’empire de l’âme devient enténébré et impur, le cœur devenant alors comme un miroir oxydé et sale en lequel les connaissances spirituelles et les réalités métaphysiques ne se reflètent pas. Et comme le cœur passe alors peu à peu sous la domination de Satan et que le Diable prend possession du domaine de l’esprit, l’ouïe, la vue et toutes les autres facultés tombent aussi aux mains de cet infâme : l’ouïe se ferme totalement aux connaissances et aux exhortations spirituelles, l’œil ne voit pas les éclatants signes divins et devient aveugle à la Réalité divine, à Ses effets et à Ses signes, le cœur ne comprend rien à la religion et se voit privé de la réflexion sur les signes et les preuves évidentes et privé du souvenir de la Réalité divine, des Noms et des Attributs. Ainsi que la Réalité suprême l’a dit : « Ils ont des cœurs par lesquels ils ne comprennent pas, des yeux par lesquels ils ne voient pas, des oreilles par lesquelles ils n’entendent pas : ils sont comme des bestiaux, et même plus égarés encore ! » (Cor. 7.179). Leur regard sur le monde devient celui de bestiaux et d’animaux, vide de toute considération et méditation, et leur cœur devient comme celui des animaux, dépourvu de réflexion et de prise de conscience. Pire, à voir les signes divins et à entendre les exhortations et les connaissances spirituelles, leur état d’inattention et leur orgueil arrogant augmentent de jour en jour, et ils sont donc plus vils et plus égarés que les animaux.

Le voile de l’amour du monde

Un autre voile dense, qui est un écran épais entre nous et les connaissances et exhortations du Coran, est le voile de l’amour de ce monde, qui fait que le cœur y consacre toute sa préoccupation et devient totalement mondain. En raison de cet amour, le cœur devient inattentif au rappel de Dieu et se détourne de ce rappel et de Celui qu’il rappelle. Et plus l’attachement au monde d’ici-bas et à ses dispositions augmente, plus l’écran et le voile du cœur s’épaissit, et il arrive parfois que cet attachement et le pouvoir de l’amour des honneurs dominent à tel point le cœur que la lumière de la nature originelle s’éteint complètement et que les portes du bonheur se ferment devant l’homme. Il se peut bien que les verrous du cœur, dans le verset qui dit : « Ne méditent-ils donc pas le Coran, ou bien leurs cœurs sont ils fermés aux verrous ? » (Cor. 47.24), soient ces liens et verrous des attachements à ce bas monde. Celui qui veut bénéficier des connaissances du Coran et retirer un bénéfice des exhortations divines doit purifier son cœur de ces souillures et éliminer la tache des désobéissances du cœur – qui sont le fait de s’occuper à ce qui est “autre” [que Dieu] –, car celui qui n’est pas purifié n’est pas digne de ces secrets. Dieu a dit : « Certes, c’est un Noble Coran, dans un Livre celé, seul le touchent ceux qui sont purifiés » (Cor. 56.77-79). De même que, de par la Loi révélée et par obligation religieuse, l’apparence extérieure de ce Livre et le fait de la toucher dans le monde extérieur sont interdits à qui n’a pas fait la purification extérieure rituelle, de même ses connaissances et exhortations, sa dimension intérieure et secrète, sont interdites à celui dont le cœur est entaché des souillures des attachements mondains. Le Très-Haut a dit : « Voilà le Livre, guidance pour ceux qui sont scrupuleux [vis-à-vis de Dieu], [ceux qui ajoutent foi au surnaturel, qui accomplissent la Prière rituelle et qui donnent de ce dont Nous les avons pourvus…] » (Cor. 2.2-3). Celui qui n’a pas le degré élémentaire de scrupule religieux et de foi se voit privé des lumières formelles de ses exhortations et de ses dogmes authentiques, et celui qui n’a pas les autres degrés de scrupule et de foi – scrupule de l’élite, de l’élite de l’élite et de la super-élite de l’élite – se voit privé des autres degrés [des lumières de ce Livre].

Il serait trop long de développer ce sujet et de mentionner d’autres versets qui montrent ce qui est en question. Nous terminerons toutefois ce chapitre par un noble verset divin qui, s’ils le méditent, suffira aux gens éveillés. Dieu le Très-Haut dit : « De Dieu vous est venu une lumière et un Livre explicite par lequel Dieu guide sur les voies du salut ceux qui recherchent Sa satisfaction : Il les fait sortir des ténèbres vers la Lumière et les guide vers une voie droite » (Cor. 5.15-16). Il y a bien des points dans ce noble verset et les exposer nécessiterait une épître à part, ce qui ne peut se faire ici.

Chapitre 5
De la réflexion

L’une des règles spirituelles de la lecture du Coran est la présence du cœur […]. Une autre de ses règles importantes est la réflexion. Ce que nous voulons dire ici par réflexion, c’est de rechercher l’objectif et le propos des nobles versets. Comme l’objectif du Coran, ainsi que le dit ce Noble Livre, est de guider sur les voies du salut, de faire sortir de tous les degrés de ténèbres vers le monde de la lumière et de guider sur la voie droite, l’on doit trouver, par la réflexion dans les nobles versets, les divers degrés de salut, du degré inférieur, qui se rapporte aux facultés du monde physique, jusqu’au degré ultime, qui est la réalité essentielle du « cœur* intact » (Cor. 26.89) – en vertu du commentaire donné par les Gens* de la Demeure comme quoi il s’agit de rencontrer la Réalité divine le cœur vide d’autre qu’Elle[20]. Il faut que le salut de ses facultés matérielles et immatérielles soit l’objectif auquel aspire celui qui lit du Coran, objectif qui se trouve dans ce Livre révélé et d’où il lui faut l’extraire par la réflexion. Lorsque les facultés de l’homme sont sauves des agissements sataniques, qu’il a trouvé la voie du salut et l’a mise en pratique, à chaque niveau de salut réalisé, il est délivré d’un état ténébreux et, nécessairement, une éclatante lumière divine se manifeste en lui, jusqu’au point où – s’il est dégagé de toutes les sortes de ténèbres, dont les premières sont celles du monde de la nature physique et de tout ce qu’il contient et dont la dernière est l’attention portée à la multiplicité sous toutes ses formes – la Lumière absolue se manifeste en son cœur et le guide sur la voie droite de l’humanité, qui est à ce niveau la voie du Seigneur : « Mon Seigneur est sur une voie droite » (Cor. 11.56).

Dans le Coran, les appels à la réflexion ainsi que son éloge et son apologie, sont fréquents. Dieu le Très-Haut dit : « Nous t’avons révélé le Rappel afin que tu explicites aux gens ce qui leur a été révélé, peut-être bien qu’ils réfléchiront » (Cor. 16.44). Il y a dans ce verset un profond éloge de la réflexion, puisqu’il a été fait de la probabilité d’une réflexion la finalité de la révélation de ce grand et vénérable Livre céleste et lumineux : c’est en raison du grand cas qui est fait [de la réflexion] que sa simple probabilité implique une si immense grâce. Dans un autre verset, Il dit : « Raconte le récit, peut-être bien qu’ils réfléchiront » (Cor. 7.176), et il y a bien des versets de cet ordre ou approchants, et les hadiths* concernant la réflexion sont également nombreuses. Il est rapporté que, lorsque fut révélé le noble verset « il y a certes dans la création des cieux et de la terre et dans l’alternance du jour et de la nuit des signes [pour ceux qui sont doués d’intelligence, ceux qui se rappellent de Dieu qu’ils soient debout, assis ou allongés, et qui réfléchissent sur la création des cieux et de la terre…] » (Cor. 2.190 et suivants), Sa Seigneurie le Sceau* des Prophètes, que Dieu prie sur lui et sa famille, déclara : « Malheur à qui lit cela et n’y réfléchit pas » [21].

De quelle réflexion est-il question ?

L’essentiel, à ce propos, c’est de comprendre quelle est la réflexion louable, car le fait même que la réflexion sur le Coran et les hadiths* soit louable ne fait aucun doute. La meilleure expression de cela est celle de Khwâdje ‘Abd Allâh Anùârî[22] : « Sache que la réflexion est la recherche de la clairvoyance – qui est le regard du cœur* – pour atteindre l’objectif visé – qui est le terme de la perfection. »[23] Or on sait que l’objectif visé est le bonheur total, qui s’obtient par la perfection sous le rapport du savoir et de la pratique : l’on doit donc trouver, dans les nobles versets du Livre divin et dans ses récits et anecdotes, l’objectif et la finalité de l’état humain, à savoir le bonheur. Et comme le bonheur consiste à parvenir au salut complet, au monde de la lumière et à la voie droite, l’on doit rechercher à partir du Noble Coran les voies du salut, la source de la lumière absolue et la voie droite, ainsi que cela a été indiqué dans le verset cité auparavant[24]. Lorsque celui qui lit [le Coran] a trouvé l’objectif, il devient clairvoyant pour ce qui est de le réaliser : la voie pour bénéficier du Noble Coran s’ouvre devant lui et les portes de la Miséricorde sont pour lui grandes ouvertes ; il ne gaspille pas sa précieuse et courte vie et son capital pour l’acquisition du bonheur en des choses qui ne sont pas visées par la Mission prophétique, et il se garde bien de discutailler à propos d’une chose aussi importante. Après avoir un certain temps fixé son regard sur cet objectif et renoncé aux autres choses, l’œil du cœur se fait clairvoyant et aigu, la réflexion sur le Coran devient coutumière à l’âme, les voies pour en bénéficier s’ouvrent ainsi que des portes qui jusque là ne l’étaient pas, et [le lecteur] retire du Coran des thèmes et des connaissances qu’il ne retirait absolument pas jusque là. Alors il comprend en quoi le Coran est “guérison” pour les maladies du cœur et saisit le sens du noble verset « et Nous faisons descendre comme Coran ce qui est guérison et miséricorde pour les fidèles et ne fait qu’augmenter la perdition des injustes » (Cor. 17.82) et le sens du propos du Commandeur* des Fidèles, que les Prières de Dieu soient sur lui, « apprenez le Coran, car il est le printemps des cœurs, et guérissez-vous par sa lumière, car il est guérison des cœurs. »[25] Du Noble Coran, il ne recherche pas seulement la guérison des maladies physiques, mais fait de la guérison des maladies spirituelles, qui est l’objectif du Coran, son objectif principal. Le Coran n’a pas été révélé pour la guérison des maladies physiques, même s’il se produit bien des guérisons de maladies physiques par le Coran, de même que les Prophètes*, que la Paix soit avec eux, ne sont pas venus pour guérir les corps, même s’ils opéraient des guérisons : ils sont les médecins des âmes et les guérisseurs des cœurs.

Chapitre 6
Du fait d’appliquer [les versets à son propre état]

L’une des règles spirituelles importantes de la lecture du Coran, qui permet d’atteindre à des résultats importants et d’en tirer des profits innombrables, est la mise en application (taxbîq). Cela consiste [pour le lecteur] à appliquer à son propre cas le contenu de chacun des nobles versets sur lesquels il réfléchit et, par ce moyen, à remédier à ses défauts et à guérir ses maladies.

Par exemple, lorsqu’il voit dans le noble récit de l’histoire d’Adam, que la Paix soit avec lui, quelle fut la raison pour laquelle Satan fut exclu du Haut Lieu de Sainteté, malgré toutes ses prosternations et sa longue pratique du service divin, qu’il s’en purifie, car la station de la proximité divine et le lieu des purs : on ne peut poser le pied en ce Haut Lieu de Sainteté avec des attributs et des caractères sataniques.

On peut déduire des nobles versets que la cause première du refus d’Iblîs de se prosterner [devant Adam], étaient son narcissisme et son infatuation, de sorte qu’il s’écria : « Je suis meilleur que lui : Tu m’as créé de feu et Tu l’as créé de glaise ». Ce narcissisme entraîna égoïsme et vanité — qui est de l’orgueil arrogant —, qui entraînèrent le fait de ne vouloir en faire qu’à sa tête — qui est une volonté d’indépendance et un acte d’insoumission —, et il fut donc exclu de ce Haut Lieu.

Nous, depuis le début de notre vie, nous qualifions Satan de maudit et d’exclu, or nous sommes nous-mêmes revêtus de ses vils attributs et nous n’avons jamais eu l’idée que ce qui fut la cause de l’exclusion du Haut Lieu de Sainteté est exécrable en toute personne en qui cela se trouve. Satan n’est pas un cas à part : ce qui l’a éloigné du Haut Lieu de la Proximité [de Dieu] ne nous permet pas non plus d’accéder à ce Haut Lieu. J’ai bien peur que nous soyons nous-mêmes associés aux malédictions que nous lançons contre Iblîs !

Réfléchissons encore à ce noble récit et voyons ce qui faisait la différence et la supériorité d’Adam sur les anges de Dieu et, dans la mesure du possible, faisons en sorte d’en être nous-mêmes qualifiés. Nous voyons qu’il s’agissait de “l’enseignement des Noms”, ainsi que [Dieu] le dit : « Il enseigna à Adam tous les noms ».

Le degré suprême de l’enseignement des noms, c’est de réaliser en soi-même le niveau des Noms de Dieu, tout comme le degré suprême du “recensement des Noms” — qui est évoqué dans la noble tradition [qui dit] : « Dieu a 99 Noms : celui qui les recense entrera au Paradis » —, [le degré suprême de ce recensement des Noms] est de réaliser en soi la réalité de ces Noms, ce qui fait entrer l’homme dans le Paradis des Noms divins.

Par l’ascèse du cœur, l’homme peut devenir le lieu de manifestation des Noms de Dieu et le suprême signe de Dieu, son existence devenant seigneuriale et les deux mains de la Beauté et de la Majesté divines prenant le contrôle du royaume de son être. On trouve dans les hadith quelque chose de proche de ce sens là où il est dit que « l’esprit du fidèle est plus en contact avec l’Esprit de Dieu que le rayon du soleil avec le soleil ou avec la lumière du soleil ».

Il est aussi rapporté dans un hadith authentique que « lorsque Mon serviteur se rapproche de moi par des œuvres surérogatoires, Je l’aime, et lorsque Je l’aime, Je devient l’ouïe par laquelle il entend, l’œil par lequel il voit, la langue par laquelle il parle et la main par laquelle il saisit ».

Il est encore dit dans des hadiths que « ‘Alî est l’œil de Dieu et la main de Dieu », etc., et dans d’autres [les Gens de la Demeure ont dit] : « Nous sommes les plus beaux Noms de Dieu », et il y a à ce sujet bon nombre de preuves intelligibles ou rapportées par la traditions.

Bref, quiconque veut retirer du Noble Coran un profit abondant doit appliquer chacun des nobles versets à ses propres états d’âmes afin d’en profiter parfaitement. Par exemple, [Dieu] dit dans le noble verset 2 de la sourate 8 :

« Les fidèles, ce sont uniquement ceux dont les cœurs tremblent lorsqu’il est fait mention de Dieu, dont la foi augmente lorsqu’ils entendent réciter Ses versets et qui s’en remettent à leur Seigneur… »

Le Pèlerin spirituel doit voir si ces trois qualités se retrouvent en lui ? Lorsqu’il est fait mention de Dieu, son cœur fond-il et devient-il craintif ? Lorsqu’il entend réciter des nobles versets divins, la lumière de la foi augmente-t-elle en son cœur ? Et la Réalité suprême est-elle son appui et ce en quoi il se remet ? Ou bien est-il boiteux en chacune de ces trois choses, voire dépourvu de chacune de ces qualités.

Veut-il comprendre s’il craint la Réalité divine et si son cœur fond de par la crainte de Dieu ? Qu’il considère ses actes ! Un homme craintif ne s’enhardit pas contre le Saint en Son auguste présence et ne transgresse par les tabous divins en présence même de la Réalité divine !

Si sa foi se renforce par les versets divins, la lumière de cette foi se répandra jusque dans le royaume de son apparence extérieure ! Il n’est pas possible que le cœur soit lumineux et que la langue et les propos, l’œil et les regards, l’ouïe et l’audition ne le soient pas.

Un homme lumineux est un homme dont toutes les facultés intérieures et extérieures rayonnent et — outre le fait qu’elles le guident lui-même vers le bonheur et la voie droite — illuminent les autres et les guident vers la voie de l’humanité.

Enfin, si quelqu’un s’en remet à Dieu le Très-Haut et s’appuie sur Lui, il ne convoitera plus l’assistance des autres mais déposera le fardeau de son besoin et de son indigence auprès de Celui qui est absolument riche, et il ne considérera pas que les autres — qui sont tout autant que lui pauvres et indigents — peuvent régler ses problèmes.

Il est donc du devoir de celui qui accomplit le Pèlerinage spirituel vers Dieu de se confronter au Noble Coran. Tout comme le critère pour déterminer l’authenticité et l’inauthenticité, la validité et l’invalidité d’un hadith consiste à le confronter au Livre de Dieu et à considérer celui qui le contredit comme une aberration sans valeur, [de même] pour ce qui est de la droiture et de la déviation, de la félicité et du malheur, le critère est que la chose apparaisse juste et droite selon le critère du Livre de Dieu. Et comme [selon les termes d’un hadith] le caractère de l’Envoyé de Dieu est le Coran, il faut conformer son propre caractère au Coran afin qu’il s’accorde avec celui du Proche-Ami parfait, et tout caractère en contradiction avec le Livre de Dieu est une aberration sans valeur.

Et de la même manière, il faut mesurer et confronter toutes ses connaissances, ses états d’âmes et ses œuvres intérieures et extérieures au Livre de Dieu afin de réaliser en soi-même la réalité du Coran et que le Coran devienne notre propre forme intérieure.

Conclusion
Citation de quelques hadiths afin de parfaire le profit [de ce qui précède] et de bénir [ces pages] avec des propos
de la Sainte Famille


Second flambeau
Aperçu des règles spirituelles spécifiques à la récitation du Coran dans la Prière
(en plusieurs chapitres)

Chapitre 1
Des divers degrés de la récitation du Coran dans la Prière

Hadith du partage de la Prière entre Dieu et Son serviteur

Des fondements de la servitude dans la récitation coranique.
Premier fondement : le rappel par la mention du Nom de Dieu

Second fondement : la louange

Troisième fondement : la vénération

Quatrième fondement : la sanctification
qui est la réalité essentielle de la glorification

En complément :
comme quoi c’est toute la Prière qui est partagée
entre la Réalité divine et sa créature

Chapitre 2
De quelques règles spirituelles de la prise de refuge
[en Dieu contre Satan]

De la pure consécration à Dieu

Entrer dans la forteresse de Dieu

Des degrés de la prise de refuge

Comme quoi la foi est une condition de la prise de refuge

Complément et aboutissement

Chapitre 3
Des quatre fondements de la prise de refuge

Premier fondement : celui qui prend refuge

Second fondement : celui contre qui il est pris refuge

Troisième fondement : celui en qui il est pris refuge

Quatrième fondement : ce pourquoi il est pris refuge

Chapitre 4
De quelques règles spirituelles de la mention du Nom de Dieu

De ce qui est désigné par le terme “marques de Dieu”

Des règles spirituelles lorsque l’on ordonne de faire le bien

Versets relatifs au règles spirituelles de l’appel à Dieu

 


 



[1]. Cf. le hadith « seul connaît le Coran celui à qui il a été adressé » (Bi$âr al-anwâr t.46 p.349, cité dans Serr, p.92)

[2]. Cité ici en tant que prototype et sceau de la Proche-amitié, non pas comme seule exception : tous les Saints Imams étant les « porteurs du Livre de Dieu » (voir Ziyâra djâmi‘a, Mafâtî$, p.545).

[3]. Voir Behâr al-anwâr, v.58 p.45, Ketâb as-samâ’ wa l-‘âlam, bâb 5, hadith 13.

[4]. Les quatre piliers du domaine de la réalité sont la vie, la mort, la subsistance et la connaissance, auxquels sont préposés quatre anges – Esrâfîl (vie), Azraël (mort), Michaël (subsistance) et Gabriel (connaissance) –, anges qui sont eux-mêmes les manifestations de quatre Noms divins : « Le Nom béni “le Seigneur” (rabb) est la réalité intérieure de Michaël qui, en tant que lieu d’apparition de la seigneurie, est en charge de la subsistance et de la croissance de tous les existants ; le noble Nom “le Tout-Miséricordieux” est la réalité intérieure de Esrâfîl qui est le producteur des âmes, celui qui soufflera dans la trompe [au Jour de la résurrection] et qui dispense âmes et formes, tout comme leur existence est dispensée par le Nom “le Tout-Miséricordieux” ; le noble Nom “le Très-Miséricordieux” est la réalité intérieure de Gabriel, qui est en charge de l’enseignement et du perfectionnement des existants ; et le noble Nom “le Possesseur” est la réalité intérieure de Azraël, qui est en charge de reprendre les formes [dans tous les passages d’une forme à une autre] et les âmes [lors du passage de ce monde à l’autre que l’on appelle mort], et de faire revenir les apparences extérieures à leurs réalités intérieures. » (Adâb as-salât, p.274). (Note du traducteur)

[5]. Voir par exemple Cor. 2,97-8; 26,193; 53,5-9; 66,4; 81,19-21 ; Behâr al-anwâr, v.56 p.258, Ketâb as-samâ’ wa l-‘âlam, abwâb al-malâ’ika, bâb âkhar fî wasfi l-malâ’ikati l-muqarrabîn, hadith 23-24.

[6]. Ahmad est un autre nom du Prophète* Mohammad. Le nom Ahmad, qui signifie “le plus loué”, est mis en relation avec le Nom divin Ahad, l’Un, dont il ne diffère que par une seule lettre. Le Cœur du Prophète en tant qu’il est Ahmad correspond donc à la Présence de l’Unité essentielle (ahadiyyat-e dhâtiyya). Le nom Mohammad signifie “le loué” ou “le lieu de la louange”, et le Cœur du Prophète en tant qu’il est Mohammad correspond donc à la Présence de l’Unicité (wâhediyyat), qui est le lieu du dévoilement de tous les Noms et Attributs divins en une synthèse unique, et qui est donc le lieu et l’objet de toutes les louanges adressées par les créatures aux Noms divins qui les régissent. (Note du traducteur)

[7]. La Nuit de la valeur (laylat al-qadr) est une nuit du mois de Ramadân au cours de laquelle le Coran fut tout entier et synthétiquement révélé dans le cœur du Prophète.* C’est également la nuit au cours de laquelle les décrets du destin concernant l’année à venir descendent en ce monde apportés par les anges et l’Esprit. Les hadiths* rapportés du Prophète* et des Imams* ne la déterminent pas strictement, mais désignent plusieurs nuits de la fin de ce mois béni, tout particulièrement les nuits du 19, du 21 et du 23. En raison de la valeur propre à cette nuit et de ses multiples vertus, il est vivement recommandé aux fidèles de la veiller en prière et en adoration ; quantités de rites spécifiques sont rapportés à cette fin dans les hadiths.

[8]. Voir Principes du droit al-Kâfî, v.1 p.91, Ketâb at-tawhîd, bâb an-nesba, hadith 3. Sur le Kâfî, voir le lexique.

[9]. La proximité relevant des œuvres surérogatoires et la proximité relevant des œuvres obligatoires sont deux stations de la réalisation spirituelle. La première proximité est évoquée dans un hadith qodsî – un hadith* que le Prophète* transmet d’après Dieu et dans lequel Dieu parle donc à la première personne – qui énonce : « Mon serviteur ne se rapproche pas de Moi par quelque chose qui Me soit plus aimable que ce que Je lui ai imposé, et il se rapproche de Moi par les œuvres surérogatoires jusqu’à ce que Je l’aime ; dès lors que Je l’aime, Je deviens l’ouïe par laquelle il entend, la vue par laquelle il voit, la langue par laquelle il parle et la main par laquelle il prend, s’il Me prie Je l’exauce et s’il Me demande Je lui donne » (Voir le commentaire de Quarante hadiths par l’Imam Khomeyni, Fondation des œuvres de l’Imam, p.581, d’après Osûl al-Kâfî, v.2 p.352, Ketâb al-îmân wa l-kofr, bâb man adhâ l-moslemîn…, hadith 8). Dans les œuvres surérogatoires, il y a place pour la volonté propre du serviteur, car il choisit de son propre chef de les accomplir, tandis qu’il n’a pas ce choix dans les œuvres obligatoires. De même, dans la proximité relevant des œuvres obligatoires, le serviteur s’efface complètement, si bien que ce n’est plus lui qui agit par Dieu, mais Dieu qui agit par lui, car il devient l’oreille de Dieu, l’œil de Dieu, la langue de Dieu, la main de Dieu, etc., autant de qualificatifs que les Imams* infaillibles s’attribuent explicitement dans leurs hadiths* (voir par exemple Osûl al-Kâfî, v.1 p.143-146, Ketâb at-tawhîd, bâb an-nawâder, hadiths 3, 5, 7-11, et tout particulièrement la salutation adressée à l’Imam ‘Alî* citée dans Mafâtîh al-djenân p.355-356). (Note du traducteur)

[10]. Mohammad ‘Alî Sakkâkî, fut un savant faqîh et expert dans diverses branches du savoir de son temps. Il se consacrait à l’enseignement et à l’exhortation, s’efforçant de réformer et de guider les gens et les appelant à ce qui était à même de les sauver et de leur donner la paix spirituelle. En 1153hl./ 1740, à l’âge de 60 ans, il tomba martyr lors de l’invasion afghane et fut enterré dans sa maison. — Le Shaykh désigne ici le maître de Sakkâkî, Shâh Mohammad Shîrâzî – ‘Aref de son nom de plume –, qui vécut prés de 130 ans et fut l’auteur d’un Commentaire du Recueil de l’Imam Sadjdjâd (Sharh as-Sahîfa s-sadjdjâdiyya).

[11]. Abû Beshr ‘Amr b. ‘Othmân b. Qanbar dit Sîbawayh (148-180hl./765-796) fut un des plus grand maîtres de la grammaire arabe et il est considéré comme le chef de file de l’école de Basra. Son traité de grammaire est tout simplement désigné comme le Livre (al-Ketâb). Sa tombe se trouve au lieu-dit Sang-e siâh à Shîrâz. — KhAlîl (Abû ‘Abd ar-Rahmân b. Ahmad Farâhîdî, 100-175hl./719-791) fut l’un des fondateurs des sciences de la grammaire, de la lexicographie et de la prosodie arabes. Son ouvrage le plus célèbre est le Ketâb al-‘ayn.

[12]. Abû l-Hossayn ‘Alî b. al-Hossayn Mas‘ûdî (m. en 344hl./955 ou 346hl./957) est un grand historien des débuts du 4e/10es., auteur des célèbres Prairies d’or (Morûdj adh-dhahab). — Abû l-‘Abbâs Shams ad-dîn Ahmad b. Ebrâhîm Barmakî Ibn Khallekân (608-681hl./1212-1282) est l’auteur d’un célèbre répertoire biographique et obituaire intitulé Wafâyât al-a‘yân.

[13]. Voir Coran 7.107-108, 20.17-22, 26.32-33, 45 (Cf. Ancien testament, Exode, IV/1-7, VII/12).

[14]. Voir Coran 3.49 et 5.110.

[15]. Adâb as-salât, p.191-195.

[16]. Principes du droit al-Kâfî, v.1 p.32, Ketâb fadle l-‘elm, bâb sefate l-‘elm…, hadith 1. L’Imam Khomeyni a commenté ce hadith* dans Quarante hadiths, Fondation… des œuvres de l’Imam, p.386-389. Il y montre que ces trois savoirs sont respectivement « un savoir qui se rapporte aux perfections intellectuelles et aux devoirs spirituels, un savoir qui se rapporte aux œuvres et aux devoirs du cœur, et un savoir qui se rapporte aux œuvres corporelles et aux devoirs du domaine apparent de l’âme » (p.386). Ceux qui assurent ces savoirs « après les Prophètes* et les Awliyâ’, que la Paix soit avec eux » sont, pour le premier savoir, « les philosophes, les grands sages et les adeptes de la connaissance de de la gnose », pour le second « les savants en éthique et les adeptes des pratiques ascétiques et des connaissances spirituelles » et pour le troisième « les savants de la lettre et docteurs de la Loi » (ibid.). (Note du traducteur)

[17]. Voir Cor. 7.176.

[18]. Behâr al-anwâr, v.89 p.95, Ketâb al-Qor’ân, bâb 8 hadith 48.

[19]. Behâr al-anwâr, v.2 p.303, Ketâb al-‘elm, bâb 34 hadith 41.

[20]. Principes du droit al-Kâfî, v.2 p.16, Ketâb al-îmân wa l-kofr, bâb al-ekhlâs, hadith n° 5.

[21]. Nûr ath-thaqalayn, v.1 p.422-423 (légère variante).

[22]. Khwâdje ‘Abd Allâh Ansârî de Hérat (396-481hl./1011-1088) fut un savant en hadith* et surtout un grand gnostique*, disciple et successeur du shaykh Abû l-Hassan Kharâqânî. Son œuvre la plus célèbre porte sur les Etapes des itinérants vers Dieu (Manâzel as-sâ’erîn).

[23]. Manâzel as-sâ’erîn (Qom, Bîdâr, 1372hs./1994), p.60, Qesm al-bedâyât, bâb at-tafakkor.

[24]. Dans le dernier paragraphe du texte précédent, p.Error! Bookmark not defined..

[25]. Nahdj al-balâgha, khotba 110, p.164.


[y1]passage ajouté d’après la source

[y2]note


 

 








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