COMMENTAIRE DU CORAN                 

COMMENTAIRE DU CORAN

Nous proposons à nos lecteurs un commentaire de la Sourate al Fatiha (premier chapitre du Coran), fait par lAyatollah Khomeiny à la télévision iranienne à la demande du peuple dIran.

LImam Khomeiny nest connu en Occident quen tant quhomme politique. Mais en Islam, la politique nest rien dautre que lapplication des enseignements du Coran et de la vie du Prophète. Ces enseignements font lobjet dune méditation et dune interprétation de la part de savants autorisés. LAyatollah Khomeiny est donc aussi lauteur de nombreux livres dexégèse et de loi islamique.

Au nom de Dieu le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux.

Il ma été demandé de commenter quelque peu certains versets du Noble Coran. Le commentaire coranique nest pas laffaire de gens comme moi. Même les savants les plus illustres, aussi bien Sunnites que Shiites, qui, au cours de lhistoire, se sont consacrés à ce domaine, ont écrit de nombreux ouvrages, nont pas réussi à fond. En effet chacun de ces savants, malgré tout le mal quils se sont donnés, nont abordé quun seul aspect du problème, laspect dans lequel ils étaient plus ou moins versés; néanmoins leurs œuvres ne sont pas tout à fait satisfaisantes, même dans leur propre domaine. Par exemple lorsque nous examinons les commentaires écrits par certains Arif (grands spirituels), tels que Muhy-al-Dîn, Mulla Sultan-Ali, ou bien le Tavilat (Interprétations ésotériques) de Abd­al-Razzaq-Kachani, nous constatons en effet que ces savants qui étaient des hommes de réalisation spirituelle, ont produit des œuvres dune valeur indéniable certes, mais, à vrai dire ce nest pas encore tout, et ce quils ont écrits ne représente que quelques aspects du Coran et nen sont que quelques aspects parmi dautres. De même lœuvre de Tan­tâvi ou de Outb et de leur semblable ne sont pas vraiment des commentaires exhaustifs, ils nen sont que des approches. II en est de même des œuvres des commentateurs nappartenant pas à ces deux groupes;

le bon Majma al-Bayan, commentaire coranique qui récapitule les interprétations du Commun et de lElite, ainsi que dautres ouvrages en ce domaine. Le Coran nest pas un livre dont on puisse donner un commentaire en tout point satisfaisant, qui en épuise le sens. II contient des connaissances qui ne sont pas à la portée ni de nous-même, ni des autres. Non, il y a dans le Livre de Dieu des hauteurs dhorizons transcendant absolument notre entendement. Nous navons, au juste, quune certaine représentation du Coran et le reste à besoin de lenseignement des Membres Infaillibles de la Maison prophétique, eux-mêmes étant initiés directement par lEnvoyé de Dieu. Il sest trouvé ces derniers temps des gens, totalement étrangers à la science du commentaire, qui essayent dattribuer au Coran leurs propres doctrines sous forme dune quelconque interprétation mais quà vrai dire nont rien à voir avec le Livre de Dieu et la Tradition. Il se trouve même des politiciens de Gauche et des Communistes qui pour justifier leur doctrine sappuient sur le Coran! Pour eux le Livre de Dieu et son commentaire ne représentent quun prétexte pour appuyer leurs idées et pour détourner nos jeunes au nom de lIslam. Cest pourquoi je répète que ceux qui nont pas le pied ferme dans la science (les gens qui ne sont pas versés dans la connaissance exégétique) ne doivent pas aborder ce domaine. Dautre part-il nest pas dans lintérêt de nos jeunes de les prendre au sérieux.

Commenter le Coran selon son propre avis est parmi les interdits de lIslam. Il est en soi un péché que chacun essaye de dévier le sens de la Parole pour expliquer son point de vue particulier: ainsi par exemple, un tel est matérialiste et trouve appui dans certains Ayat, tel autre a des tendances spirituelles, recherche uniquement les significations correspondantes à sa propre vision. Cest larbitraire et nous devons éviter les uns et les autres. Cest pourquoi nous sommes vraiment contraints dans ce domaine. On ne peut pas dire nimporte quoi au sujet du Coran et attribuer son propre avis au Livre de Dieu. Si à propos de certains Versets je porte à votre connaissance quelques réflexions je ne prétends pas quelles représentent le sens plénier des Versets en question, mais plutôt je vous les propose en tant que certaines réalités possibles dans la Parole de Dieu. Donc puisquil mavait été demandé de dire quelques mots à ce sujet jenvisage de consacrer, un jour par semaine et dans un laps de temps limité, à un bref commentaire dune Sourate du début et une de la fin du Coran. Dailleurs pour moi, comme pour dautres, il ny a pas assez de temps pour le commentaire, cest pourquoi je me contente de donner un bref aperçu au sujet de certaines des nobles Ayats, et je répète encore que ces propos ne vous sont présentés quen tant que des réflexions portant sur certains des aspects du Coran sans avoir la prétention de les considérer comme définitifs, ceci afin déviter de tomber dans le piège: commenter le Coran à son propre avis. Ceci dit je commence à expliquer la Sourate de al-Hamd [Fati­hat] (de lOuverture)

(Je me réfugie auprès dAllah contre Satan, le Maudit. Au nom de Dieu le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux. Louange à Dieu le Seigneur des mondes ... ) Il semble que dans toutes les Sourates coraniques ces Basmalah (Au nom dAllah) soient relatifs aux Versets qui viennent juste après eux. Il a été dit que ces Basmalahs ont comme sens virtuel celui dêtre une invocation commune à toutes les Sourates, mais il est plutôt possible que le Basmalah de chaque Sourate appartienne à la Sourate même, et non pas à toute Sourate sans distinction. Par exemple dans la Sou­rate al-Fatihat le sens de Au nom de Dieu le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux. Louange à Allah. serait. «La Louange est au Nom de Dieu, pour Lui le Béni, le Transcendant ».

Le nom (Ism) est un signe servant à désigner les objets et les personnes. Par exemple distinguer ce qui est « Zayd ». De même les Noms de Dieu sont des signes pour désigner son Essence Bénie. Mais quant au contenu de lEssence de Dieu le Transcendant, lintelligence de lhomme ne peut jamais latteindre; même le Prophète qui est le Savant par excellence et le sommet suprême de lhumanité ne peut concevoir la profondeur de lEssence divine. A part Dieu lui-même, il nest donné à personne de connaître son Essence Bénie. Ce que lhomme peut atteindre et savoir ce sont les Noms. Ces noms à leur tour ont des hiérarchies. Parmi eux il y en a qui sont à la portée de notre connaissance. Il se trouve des Noms qui ne, sont concevables que par les élus, de Dieu, le Prophète Béni et ceux qui ont été initiés par lui.

Le monde créé dans son ensemble est constitué par les « noms », des signes: Puisque les noms servent à désigner et puisquils ne sont que des signes, donc la création tout entière se compose des signes indiquant lEssence suprême du Créateur Béni et Transcendant. Pourtant, comme nous venons de dire, la signification profonde de ces « signes» ou symboles ne sont pas à la portée de tout le monde. Il y a des personnes qui peuvent concevoir de quelle manière ces signes fonctionnent et accomplissent leur tâche en nous conduisant au signifié, mais dautres ne peuvent en avoir quune représentation globale. La façon la plus élémentaire de comprendre ces signes, donc ces réalités désignées, cest quils ont une existence et quaucune existence ne peut venir telle quelle est par elle-même.

La Nature primordiale (Filtrat) et lintelligence innée de lhomme lui font comprendre quaucun être contingent, à égale distance entre létant et le néant, ne peut accéder au rang de lexistence par soi-même. Un possible ne peut avoir pour origine des possibles, à moins que ces possibles naboutissent à lEtre en soi dont lEssence sidentifie à lExistence: une Es­sence dont lExistence ne peut en être séparée. Les autres «étant» pourraient bien ne pas être promus à létat de lexistence. Il serait absurde de dire que quelque chose, sans aucun concours extérieur à lui, vienne au monde, ou quelle se transforme toute seule en quelque chose dautre. Ceux qui disent que le monde a été au début un espace infini (dailleurs la notion de linfini étant en soi discutable) et quensuite il y eut une certaine vapeur informe, transformée plus tard en autre chose pour donner naissance au monde, ne répètent que des réflexions absurdes. Lintelligence rejette lidée quun être vienne à lexistence, ou quun être se transforme sans cause extérieure. Par exemple pour que leau se transforme en glace ou quelle vienne à ébullition il faut une cause extérieure. Si le degré de la température de leau reste ce quil est et ne descend pas à zéro ou sous le zéro, ou bien si sa température ne monte pas à cent degrés, par une cause extérieure, elle reste ce quelle est éternellement. Même si elle doit changer et devenir une eau trouble et putréfiée, pour cela également il faut envisager une cause! Bien entendu la non-existence dune chose na pas besoin de cause mais lorsquune chose vient à lexistence, lintelligence pour être convaincue exige une cause efficiente.

Lentendement humain peut saisir dans son ensemble, dune façon globale et succincte, sans pour autant arriver à approfondir le problème, que la création et toutes les créatures sont des noms de Dieu et en sont des «signes ». Mais il ny a là quune certaine approche: Si par exemple nous voulons indiquer et désigner quelque chose pour employer son nom dans nos conversations, nous les nommons «lampe» ou «Zayd », etc., il nen va pas de même lorsquil sagit de parler à laide des noms dune réalité infinie, dune existence totale avec des attributs totalisant toutes les perfections, sans limite, sans fin. En effet lêtre pour lequel on peut concevoir une fin nest pas lEtre total et nécessaire. Cest le contingent qui a des limites. Mais lEtre qui na pas de limite et que rien ne contraint de lextérieur, cet Etre récapitule toutes les perfections. Sil lui manquait lune des perfections il serait limité et serait alors non-nécessaire et non pas ce que nous imaginons, à savoir lEtre total.

Toute la création découle de lEtre nécessaire et lensemble représente une unité dexistence qui a pour origine un seul point de départ. Tout créé possède les attributs de la perfection selon sa façon dêtre; mais il y a des hiérarchies. Il y a des noms qui possèdent lensemble des Attributs divins dans la mesure où un être non-nécessaire peut les porter et quun être créé peut les contenir: cest le cas du Nom Suprême «Ism-Azam ». Cest un Nom qui récapitule tous les Attributs de la perfection, néanmoins dune façon limitée et non-nécessaire. Il est la perfection par rapport au reste de la création. Il est le Nom Total ou Suprême. Les autres noms qui viennent après lui possèdent, à leur tour, les mêmes perfections, mais chacun selon sa limite propre et conformément à son état dêtre. Il en est ainsi jusquà aboutir à ces créations matérielles. La matière que nous appelons inanimée par exemple ne lest en effet quà nos yeux, car nous pensons quelle ne comporte aucune perfection; nous la concevons comme une existence dépourvue de conscience, donc sans pouvoir, et par là imparfaite! Alors quil nen est point ainsi. Cest à cause de nos limites quil ne nous est pas donné de comprendre que les existences possédant des degrés de lêtre au-dessous de lhomme et des animaux, possèdent cependant tous les attributs de la perfection et reflètent lexistence totale à leur manière et dans le mesure de leurs limites. Elles possèdent même un certain entendement, le même qui se trouve chez lhomme! Elles ne cessent de glorifier le Seigneur. Ceux qui ne peuvent en comprendre la réalité, lorsquils entendaient des propos pareils, interprétaient cet acte de glorification « tasbîh» de la matière, comme une certaine métaphore, désignant une glorification existentielle et non pas proférée. Alors que le Coran approuve chez ces êtres une glorification dans son sens plénier.

Ce sont des êtres reliés ontologiquement à leur cause et glorifiant leur cause. Nous avons certaines « Rivayat », traditions authentiques, qui confirment cette réalité et lexpliquent. Vous avez certes entendu lhistoire dun caillou qui, dans la main de lEnvoyé de Dieu, glorifiait son Créateur! Bien sûr nos oreilles à nous, les miennes et les vôtres sont étrangères pour saisir à elles seules une telle parole, une telle glorification, qui serait composée de lettres et de mots; en effet ce ne sont pas les mots par lesquels nous nous exprimons, mais cependant cest par la parole quil sexprimait.

Les êtres inanimés possèdent en effet la parole et la pensée, mais comme il vient dêtre dit, selon leur degré dêtre. Lhomme, puisquil se base sur sa propre intelligence et la considère comme un critère pour juger la perfection de tout autre être, imagine que, du moment quun existé ne possède pas ce genre dintelligence, il ne peut nécessairement posséder la perfection, alors que cest sa propre limite à lui, lhomme, qui lempêche de comprendre les vérités cachées et les lui voile. Nous ignorons beaucoup de choses. On parle aujourdhui des phénomènes qui se sont récemment révélés à lhomme, alors quils étaient des secrets il y a quelques années. Par exemple en parlant des végétaux on les considérait généralement comme dépourvus de lâme. On dit quà lheure actuelle il y a des antennes spéciales qui captent certains bruits provenant des racines des plantes! Ils ont détecté un certain murmure! Que ces propos soient vrais ou pas je nen sais rien, mais il nen reste pas moins que le monde entier est plein de murmures. Lensemble de la création possède la vie qui est tirée par les Doms de Dieu. Toute chose est un nom dAllah; vous­-mêmes, vous êtes des noms dAllah, votre langue est parmi les noms dAllah, et vos mains aussi sont des noms dAllah, cest-à-dire ses Signes.

Lorsquon profère «Au Nom dAllah, la louange est pour Allah », cet acte de louer Allah est également parmi lun de ses Noms. Il en va de même de larticulation des mots, des mouvements de vos pieds lorsque vous vous rendez chez vous, il en est ainsi pour vous-même, pour le battement de vos cœurs, de vos pouls, des vents qui soufflent, etc., etc. Tous et tous sont des Noms dAllah. Mais vous ne pouvez pas discriminer entre eux. Il semble donc que ce Noble Ver[ainsi commenté], de même que tant dautres, dans lesquels il sagit des Noms dAllah, veulent expliquer cet état de choses. Ils veulent faire comprendre que toute chose est vraie et est un nom de Dieu, il ny a donc rien dautre quAllah! Le Nom est donc résorbé en son essence (Allah)!

Nous nous imaginons comme des êtres possédant un certain degré dindépendance et que nous sommes des réalités au sens absolu, alors que si un seul instant, le rayon exis­tentiateur par lequel Dieu nous a sorti du néant venait à sinterrompre, ou si un instant la Manifesta­tion par laquelle le Créateur a fait existé le monde créé grâce à sa Volonté venait dêtre arrêtée, toute la création se serait résorbée et cesserait dêtre existente. En effet la continuité de lexistence des étant est également fonction de lEpipha­nie (tajalli) par laquelle ils sont venus à lexistence. Cest avec lEpi­phanie de Dieu Transcendant que toute la création est sortie du néant et cette Epiphanie est la Lumière principale et la réalité de lEtre, elle est le Nom de Dieu, « Allah est la lumière des cieux et de la terre ... » (Coran XXIV, 35 ... ), cela veut dire que chaque chose est en soi une épiphanie; la lumière de chaque existant est de Dieu. Il ne sagit pas, dans le Verde la Lumière, de lillumination des cieux et de la terre par Allah, ce qui amènerait à concevoir une certaine séparation entre la lumière et lobjet éclairé par cette lumière, mais bien plutôt il nous fait comprendre que les phénomènes et les étant ne sont rien en soi, ni ne possèdent un certain degré dindépendance. Il nexiste aucun être créé qui ait son être en soi. Etre en soi veut dire que quelque chose transgresse les limites du possible et devienne nécessaire, alors quil ny a dEtre Nécessaire quAllah, le Suprême. Cest pourquoi le Coran nous enseigne de dire: «Au Nom dAllah. La Louange à Dieu », « Au Nom dAllah dis Allah est Unique », etc. Dans la Sourate de «IKHLAS », par exemple, il y a une vérité qui est en rapport avec sa Basmalah, au Nom de Dieu. Ce qui veut dire: Dit, alors que ton dire est aussi par la grâce du Nom dAllah quAllah est Unique ». Dans le Verset: « Tout ce qui est dans les cieux et sur la terre glorifie Allah» (Coran LXIV, 1), dans [YUSABBIHU MA FI AL-SAMA V A T. .. ] il Y a à comprendre que sil na pas été dit:

Tous ceux qui sont... [YUSABBIHU MAN FI AL-SAMAVAT ... ] cest pour attribuer lacte de la glorification à tous les êtres, aussi bien animés que non animés !

Tout ce qui se trouve dans la terre et dans le ciel glorifient lEtre et sont unis par le Nom de Dieu qui sépiphanise en eux; de même tous les mouvements et tout ce qui se produit dans le monde est le reflet de la même « Epiphanie» et aucun créé na rien par lui-même, il ny a pas de soi autre que Lui. Qui peut prétendre quil a quelque chose de par lui-même et se comporte comme étant égal à la source de la Lu­mière ? Dire que jai par moi-même quelque chose veut dire que je suis de par moi-même. Lœil que tu possèdes nest pas à toi, cest un œil qui a vu le jour par son Epiphanie. Donc tout ce par quoi nous louons Dieu et toutes les louanges que lui rendent les autres, les reconnaissances et remerciements, tout cela est avec la Basmalah et par la Bas­malah; cest pourquoi il a dit au Nom dAllah, «Bism-Allah».

Le nom dAllah est lEpiphanie récapitulant lensemble des épiphanies de Dieu le Très haut; le Tout Miséricordieux et le Très Miséricordieux sont donc à leur tour les aspects de cette Epiphanie. Le Miséricordieux a créé les créatures et les mondes par la Grâce et la Miséricorde. Lexistence en soi est une miséricorde, même les êtres considérés comme méchants et vils leur aspect existentiel est une miséricorde, la Grâce et le Don qui recouvre toutes les existences et le nom dAllah en est lApparition parfaite. Il est lEtat et la Station qui extériorise lensemble des Noms. Bien sûr, ce Nom totalisant nest à son tour quune épiphanie, lEssence du Dieu le Transcendant na pas de nom, «là il ny a ni nom ni surnom» (la ism wa la rasm).

Les noms tels que Allah, Rahman, Rahim, sont des états extériorisés sous forme de noms. Par le nom dAllah qui récapitule toutes les perfections Il a mentionné létat dépiphanie de la Grâce et de la Clémence. Ce sont des attributs de perfection de lEssence; il y a aussi des attributs tels que la Vengeance et la Colère qui se surajoutent à la nature des choses accidentellement et par la suite.

De par le Nom dAllah, de Rah­man et de Rahîm la louange est à Dieu; de même tout acte de reconnaissance et de remerciement retourne à Lui. Lorsquon mange un repas délicieux et lon loue, cette louange est en effet une reconnaissance envers Dieu, que lon soit conscient ou inconscient! En écoutant un savant, un philosophe, vous dites quelle connaissance, quel homme! Vous le louez; cette louange retourne à Allah, puisque le philosophe, le connaissant na rien de par lui-même, vous louez à ce moment-là le Seigneur. Celui qui conçoit, qui comprend et saisit les états de choses na compris que par lintermédiaire de lintelligence et lintelligence nest à son tour quune épiphanie. En louant les beaux objets, un beau tapis par exemple, ou les individus ou une personne, on imagine quon loue leur quiddité, alors que ce nest en vérité que la louange dAllah! Il ny a de louange que pour Allah; aucune reconnaissance que pour Dieu. Vous louez les gens; vous les remerciez, vous navez loué que le Seigneur.

Dans la Noble «Ayat », Verset, donc Alhamdu li-Llâh veut dire que toutes les louanges, tous ce qui est de laction de grâce, de remerciement est pour Dieu, la vérité de la louange appartient à Dieu. Nous louons daprès nous Zaid, Amr, lumière du soleil ou celle de la lune nous imaginons que nous les louons pour eux-mêmes et cest parce que la vérité nous est cachée par les voiles des réalités spécifiques qui nous cachent les réalités prééternelles. Lorsque les voiles se lèveront nous saurons alors que nos louanges étaient pour Dieu seul et que lapparence des dehors nétaient que lApparition de Lui-même. « Allah est la lumière des cieux et de la terre ». Toutes les bontés sont de Lui, de même toutes les perfections sont de Lui. La personne ou nimporte quelle chose que tu vois chacune nest quune apparition existenciée de Dieu. Nous imaginons que nos actes sont nos œuvres à nous alors quil nen est point ainsi. « Tu ne tiras pas lorsque tu tiras mais cest Allah qui tira » (Co­ran VIII, 17). Tu tiras et ne tiras pas. Tu es une épiphanie, ainsi que ton acte de tirer à larc, donc en vérité cest Allah Epiphanisé qui tira! Dieu dit à son Prophète: Ceux qui firent un pacte avec toi [en te donnant la main] le firent avec Allah. Cette main aussi est parmi les Apparitions de Dieu, mais la vérité nous est cachée, à lexception de ceux qui sont enseignés directement par Allah. On peut donc considérer, comme je lai dit plus haut, que la Basmalah appartient à Alhamd, la louange, et le sens serait: Au nom dAllah toutes les louanges, toutes les louanges sont pour Lui et appartiennent à Lui. Vous imaginez louer quelque chose dautre quAllah, vous vous y efforcez, mais quel est cet autre sinon une imperfection, une possibilité? Vous louez son degré dexistentialité et cest louer Dieu!

Toute créature et tous les créés possèdent un degré dexistentialité et un aspect dimperfection. Le degré dexistentialité est la lumière qui est de Dieu et laspect dimperfection est le néant existentiel, nos louanges ne peuvent être adressées au néant existentiel, elles sont adressées à ce qui est, à ce qui possède lexistence et la perfection, non pas à la négativité ; la perfection ne se retrouve que dans Allah, il ny a quune seule perfection: cest la Perfection dAllah; les imperfections et les négativités sont les nôtres. De même il ny a quune seule beauté et cest la Beauté dAllah. Nous devons comprendre profondément ce que cela signifie, il faut le comprendre du fond de notre cœur. Il est facile de le prononcer verbalement, le saisir véritablement ne lest pas. Si nous saisissons dans notre cœur le sens profond de ce qui vient dêtre dit, nous serons rectifiés et sauvés certes; mais la compréhension de ce sens intelligible du fond du cœur nest pas chose facile. On profère parfois verbalement des mots, on parle de lEnfer et même quelquefois lon y croit, mais en avoir la certitude est autre chose. On peut même prouver logiquement et par lintermédiaire des arguments scientifiques ce dont il sagit, mais encore la certitude inébranlable de ce quon énonce est différente. Linfaillibilité des prophètes est fonction de cette certitude; lorsquil y a la certitude il est impossible déchouer. Si vous avez la certitude et sans aucune ombre de doute en voyant un homme brandissant son épée pour vous trancher la tête pour un seul mot prononcé contre lui, vous deviendrez infaillible sur ce point. Puisque vous vous aimez et avez lamour de votre conservation, il vous sera impossible davoir la moindre tentation. Celui qui a la certitude dans le fait que sil disait ici-bas du mal de son prochain en son absence, il en serait châtié dans lau-delà, et que sa langue sallongerait, dune certaine façon, à la mesure de la distance qui le séparait, au moment de médire, de celui duquel il disait du mal; ou encore celui qui confesse avec certitude que les chiens du feu lengloutiraient au Jugement sil commettait ce péché (non pas quils lengloutissent de façon à ce quil disparaisse, mais dun engloutissement qui labsorbe sans lanéantir en lengloutissant éternellement), eh bien, une telle personne, ayant une telle certitude, ne commettrait jamais ce péché. Si quelquefois (ne plaise à Dieu) nous avons la tentation de médire sur notre prochain en son absence, cest que nous navons pas la certitude dans les châtiments qui sensuivraient. Celui pour qui il ne reste aucun doute que tout ce quil commet ici-bas se transfigurent dans lau-delà selon une certaine forme - ninsistons pas pour le moment sur les formes que prendront nos actes -, bonne pour lacte méritoire et mal pour le péché; celui qui a la certitude dans le Jugement et le règlement des comptes (imaginons le fait dans son ensemble sans entrer dans le détail et lexplication de la transmutation) celui-là prendrait soin de ce quil commet. Evidemment si quelquun dit par exemple du mal de son prochain en ignorant les conséquences graves de ce péché, celui-ci recevra néanmoins à son tour un châtiment, bien entendu proportionnel à son intention. Pour qui il ne reste aucun doute et croit avec une ferme certitude que dans lautre monde il y a pour les bons croyants le Paradis et la Béatitude; celui qui connaît cette vérité du fond de son cœur et non pas seulement pour lavoir lue et apprise dans les livres [puisquil y a une grande différence entre la connaissance par le Cœur (non pas ce cœur de chair) et le savoir livresque ou intellectif] celui-là ne sabstiendrait point daccomplir les bons actes. Ceux qui sen abstiennent nont pas la certitude; ils en ont une figure relative et propre à la science représentative et imaginative.

Connaître Dieu le Très Haut et le Prophète par voie de raisonnement logique naboutit pas à la croyance ferme et nengage pas la totalité de notre personne; cest uniquement par la foi et la connaissance du cœur quon arrive à avoir le pied forme dans la religion. Suivra alors lhumilité et la piété. Cette certitude inébranlable dans la Divinité et la Source de lExistence, la foi dans limmortalité de lâme et de concevoir la mort, non pas comme une fin mais, comme un transfert vers un monde plus parfait, cette certitude est une garantie contre le péché et lenlisement. Tout le problème cest comment atteindre à cette certitude?

« Au Nom de Dieu, la Louange à Dieu... Eh bien, jai expliqué quelque peu le sens de ces mots sans en approfondir bien sûr la signification; je nen ai parlé que dune manière très partielle et limitée. Il sagit de connaître ce principe selon lequel il ne peut y avoir de louange, au sens plénier, que pour Lui. On loue par exemple lEmir des Croyants (Ali) et on compose un panégyrique à son adresse, au fond on a loué Dieu, puisque sa majesté ne représente quun aspect de la Majesté divine, il est en effet lun des grands Ayats, Signes de Dieu. Donc puisquil ne se trouve aucune indépendance dans les choses créées, toutes les louanges reviennent à Dieu. De même un gouverneur sil se croit quelquun ayant une certaine importance et orgueilleusement déclare: qui peut se mesurer avec moi et contester mon pouvoir? Cest parce quil ne se reconnaît pas véritablement. En effet «celui qui se connaît connaît son Seigneur ». Il ignore quil nest rien et que tout est Lui (Allah). Sil se connaissait, il connaîtrait son Seigneur.

Le problème est que nous ne connaissons ni nous-mêmes, ni notre Dieu. Nous navons la foi ni en nous ni en notre Créateur. Il ne nous est donné ni la certitude dans la nullité de notre personne, ni dans la surabondance de notre Seigneur. Cest là le malheur et les arguments coraniques, non plus, ne peuvent redresser cette insuffisance. Le fait quon se considère comme étant vraiment quelquun aboutit à légoïsme de se voir digne de mépriser les autres et daimer la puissance. Cest un fait que lindividu saime nécessairement; lamour de la conservation de soi est légitime certes, mais lerreur consiste de voir en ce soi une chose séparée et indépendante, et de ne pas comprendre que saimer revient à aimer lautre à qui appartient ce soi. Cette erreur dégrade lhomme, el1e lamène à son autodestruction. Tous les malheurs viennent à la suite de cet amour inconsidéré de soi, il conduit lhomme à la mort, à lanéantissement, à lEnfer. « Lamour de soi est à la base de toutes les erreurs ».

Puisque lhomme est égoïste et ne voit effectivement que son propre être, veut posséder tout, ne connaît plus de limite, ne respecte point le domaine des autres. Ceci constitue la source de tous les malheurs. Cest pourquoi le Livre de Dieu commence à nous enseigner une vérité qui récapitule tous les problèmes. Lorsquil dit: «la Louange est intégralement pour Allah, et non pas certaine louange à lexception des autres; quand il déclare quil est impossible de louer véritablement quelque chose ou quelquun à lexception de Dieu, et attribue toutes les catégories de louange comme appartenant uniquement à Allah, cest pour nous dévoiler le secret principal dont la compréhension nous préserve de toute sorte didolâtrie. Celui qui déclare quil na, au cours de sa vie, adoré que le Dieu Unique et quaucune sorte didolâtrie na atteint son cœur, cest parce quil a compris ce secret et a trouvé lessentiel. Pour une telle personne le problème des problèmes est résolu.

Le raisonnement a certes sa place mais il nest quun moyen pour les efforts intellectuels, pour lentendement, il lui manque pourtant le fondement principiel. La philosophie en soi nest quun moyen mais elle nest pas le but. Au plus elle nous aide à concevoir les problèmes et à les intelliger, pas autre. Le raisonnement est pareil à une jambe de bois: «La jambe des logiciens est du bois» [citation daprès Rumi, Mathnavi). La jambe de bois sert tout au plus à marcher, mais la vraie jambe est celle qui nous achemine vers Dieu, qui amène vers la Lumière divine, vers la certitude qui descend dans le cœur et conduit à lintégration de notre être dans la Totalité ... , il y a encore dautres degrés plus haut.

Jespère que, par la Grâce dAllah notre lecture du Coran ne soit pas pour nous une simple récitation et que le commentaire ne soit pas chose verbale, mais quelle nous soit plutôt à chaque instant loccasion daccéder au sens plénier et davoir la «Certitude ». Cest un livre qui veut éduquer lhomme et le conduire vers la perfection. Dieu a créé lhomme par lintermédiaire du Nom Suprême, Allah, qui est toute chose mais dune façon synthétique. Il veut transcender lhomme de létat indigent au degré qui lui est dû. La descente du Coran est pour la réalisation de cette ascension. Les prophètes aussi ont eu la même mission; ils avaient comme tâche de prendre lhomme par la main et de le délivrer de ce puits de linconscience dans lequel il est précipité, linconscience de lamour excessif de son égo, et lui montrer lEpiphanie de lEternel afin quil oublie tout autre chose; que Dieu nous en fasse don à tous ...

Que la Paix et la Miséricorde dAllah soit sur vous. (A suivre.)

Traduit par le Dr Akbar TADJVIDI*.

* Nous remercions M. Amanullah Djabir, Devos, pour ses précieuses remarques dans le choix de certains termes de cette traduction.

 

 








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